C'est ce qu'on en a dit qui m'a fait me tourner vers ce livre. Plusieurs ont parlé en bien de cette histoire qui vogue entre l'étrange et l'horreur. Ok. J'assume: je serai le badboy.
Mais quand même, il faut commencer par dire que Martine Desjardins écrit fabuleusement bien. L'histoire qu'elle nous raconte coule sans un mot de trop. Ses sectons courtes permettent de reprendre son souffle et sa langue est celle d'une excellente conteuse.
J'ai justement pris ce livre pour un conte, à la limite de la fable. Oui, c'est dans le registre de l'étrange et du glauque. Rien pour faire des cauchemars, mais assez pour ressentir parfois du dégout. Les personnages sont "gros": un urbain, dans tout ce qu'il y a de plus urbain (beaux vêtements, amateur d'épiceries fines, de petits cafés, végé, etc,) s'amène dans un village en plein bois pour y rencontrer une branche inconnue de sa famille. Les personnages sont rustres, dans tout ce qu'il y a de plus rustres: taiseux, antisociaux, violents, chasseurs, braconiers, carnivores, etc. Tous les personnages sont masculins. On est dans un monde de gars où les femmes ne sont rien, l'autrice prend souvent la peine de le rappeler.
Le décor est menaçant pour l'urbain désorienté. Les arbres semblent se liguer contre lui, l'habitation familiale est aussi rustre que ses habitants, et l'alimentation n'a rien de léger. Dans l'érablière familiale, un arbre fait figure de patriarche qui cache un être mi naturel et monstrueux à figure féminine emprisonné sous les racines depuis des centaines d'années.
J'ai perçu ce conte comme une collection de métaphores: les hommes qui imposent leur violence à la nature, l'héritage ancestral malsain, la nature vengeresse, l'irrespect de la part féminine. Martine Desjardins n'y va pas par quatre chemins pour nous montrer comment elle perçoit le monde. Disons que c'est pas tellement positif, mais surtout... c'est gros. J'ai parfois eu l'impression d'un conteur qui me racontait quelque chose comme la chasse-galerie ou l'arche de Noé pendant le déluge.
Je n'étais peut-être pas disposé pour cet univers-là, ou je ne possède tout simplement pas les clés pour entrer de plein pied dans un tel univers sans trouver ça exagéré. Bref, vous me voyez dubitatif pour un livre fort bien écrit, mais au scénario pas assez subtil à mon goût.
dimanche 11 mai 2025
dimanche 4 mai 2025
Bristol, par Jean Echenoz, éditions de Minuit
Imaginez une histoire avec juste des personnages secondaires. C'est du genre de Jean Echenoz de nous raconter les choses d'une manière différente. Entoucas, c'est comme ça que j'ai perçu ce Bristol et que je m'en suis délecté, parce qu'une fois encore, Jean Echenoz ne m'a pas déçu, avec peut-être juste un petit "mais"...
Je croyais que c'était la ville, en Angleterre. Mais non. Bristol, c'est un homme. Il vit à Paris et réalise des films qui ont peu de succès. Sa vie est ordinaire, ses projets, les gens qui l'entourent aussi mais... c'est Jean Echenoz, donc, rien ne sera ordinaire. Ça commencera sur un drame vécu dans l'indifférence, on passera par des jours de tournages plus ou moins bâclés au Botswana, et ça se terminera... avec l'air inévitablement dubitatif du lecteur. D'ou mon petit "mais". Mais qu'importe la chute, lire Échenoz, c'est un plaisir qui se vit une page après l'autre.
Vraiment, Jean Échenoz ne m'a jamais déçu. C'est celui qui vous raconte une histoire comme si son souvenir lui parvenait au fur et a mesure: "Il est arrivé ça... ah mais j'y pense, avant il est arrivé ça aussi... oh mais ça me fait penser à ça". Et ça va ainsi jusqu'à la fin. Ce sont des histoires qu'on lit avec un sourire amusé par ce style débonnaire, familier et tellement sympathique, rempli de personnages qui n'ont l'air de rien, mais qui se retrouvent dans des scènes souvent hilarantes, toujours divertissantes.
Je ne peux m'empêcher de faire un lien avec la façon de raconter de Pierre Lemaitre. Les deux captent mon attenton avec la même magie. Échenoz y va toutefois avec des histoires plus courtes, mais qui ne manquent pas de punch.
Pas que ce soit léger, mais lire Jean Échenoz l'été, c'est fortement recommandé, que ce soit cette fiction, ou un de ses magnifiques et courts récits biographiques, comme Ravel, Courir, (Émile Zatopek) ou Des éclairs (Nicolas Tesla). À découvrir, si ce n'est pas déjà fait!
Je croyais que c'était la ville, en Angleterre. Mais non. Bristol, c'est un homme. Il vit à Paris et réalise des films qui ont peu de succès. Sa vie est ordinaire, ses projets, les gens qui l'entourent aussi mais... c'est Jean Echenoz, donc, rien ne sera ordinaire. Ça commencera sur un drame vécu dans l'indifférence, on passera par des jours de tournages plus ou moins bâclés au Botswana, et ça se terminera... avec l'air inévitablement dubitatif du lecteur. D'ou mon petit "mais". Mais qu'importe la chute, lire Échenoz, c'est un plaisir qui se vit une page après l'autre.
Vraiment, Jean Échenoz ne m'a jamais déçu. C'est celui qui vous raconte une histoire comme si son souvenir lui parvenait au fur et a mesure: "Il est arrivé ça... ah mais j'y pense, avant il est arrivé ça aussi... oh mais ça me fait penser à ça". Et ça va ainsi jusqu'à la fin. Ce sont des histoires qu'on lit avec un sourire amusé par ce style débonnaire, familier et tellement sympathique, rempli de personnages qui n'ont l'air de rien, mais qui se retrouvent dans des scènes souvent hilarantes, toujours divertissantes.
Je ne peux m'empêcher de faire un lien avec la façon de raconter de Pierre Lemaitre. Les deux captent mon attenton avec la même magie. Échenoz y va toutefois avec des histoires plus courtes, mais qui ne manquent pas de punch.
Pas que ce soit léger, mais lire Jean Échenoz l'été, c'est fortement recommandé, que ce soit cette fiction, ou un de ses magnifiques et courts récits biographiques, comme Ravel, Courir, (Émile Zatopek) ou Des éclairs (Nicolas Tesla). À découvrir, si ce n'est pas déjà fait!
mardi 29 avril 2025
Poudre à danser, par Stéphane Lafleur, éditions L'Oie de Cravan
J'ai voulu le lire parce que j'aime les surdoués, comme une Anaïs Barbeau-Lavalette (réalisatrice et autrice) ou un Marc Séguin (peinte, réalisateur et auteur). Pour Stéphane Lafleur, ce sont des films, un groupe de musique dont je suis un fan fini, et maintenant, un auteur et (on le savait), un poète. J'ai donc eu envie de vivre l'univers d'Avec pas d'casque sur papier. C'était ça, oui, mais peut-être pas autant que je l'aurais cru.
C'est certain que les attentes sont hautes lorsqu'un parolier publie des textes. On s'attend à ressentir le même vibrato en lisant ses mots qu'en écoutant ses chansons. Et pourtant, Poudre à danser (j'aime trop ce titre) ne contient pas des paroles de chansons, mais de simples strophes tirées de son univers, de sa tête, bref, on reconnait Stéphane Lafleur.
C'est parfois piquant et le plus souvent tendre. Une majorité de ces textes sont écrit au "tu". Alors on les imagine sortis de la vie quotidienne, et on se les approprie facilement. Agréables à lire, les poèmes de Lafleur font sourire ou touchent, mais chaque fois, mon dieu que c'est court. Chaque poème est hyper court, 7 ou 8 lignes max, parfois seulement trois, et certaines lignes ne contiennent parfois pas plus de 2 ou 3 mots.
Au final, le petit lecteur de poésie que je suis dû transformer la Poudre à danser en Boîte à bonbons, en les prenant un à la fois et en faisant durer chacun le plus longtemps possible. Puisqu'ils étaient si courts, on aurait dit que les textes ne me donnaient pas assez de temps pour les apprécier. Mes émotions de lecteur étaient là, mais à fleur de peau, en superficie, bref, pas profondément.
Stéphane Lafleur m'a donc fait travailler, je ne m'y attendais pas. Ça n'empêche pas que je l'ai quand même reconnu à travers ses mots, et je confirme que j'aime toujours son univers, sa tête, bref, oui, j'ai reconnu Stéphane Lafleur. Donc, malgré les petites frustrations ici et là, oui, j'ai aimé sa Poudre à danser.
C'est certain que les attentes sont hautes lorsqu'un parolier publie des textes. On s'attend à ressentir le même vibrato en lisant ses mots qu'en écoutant ses chansons. Et pourtant, Poudre à danser (j'aime trop ce titre) ne contient pas des paroles de chansons, mais de simples strophes tirées de son univers, de sa tête, bref, on reconnait Stéphane Lafleur.
C'est parfois piquant et le plus souvent tendre. Une majorité de ces textes sont écrit au "tu". Alors on les imagine sortis de la vie quotidienne, et on se les approprie facilement. Agréables à lire, les poèmes de Lafleur font sourire ou touchent, mais chaque fois, mon dieu que c'est court. Chaque poème est hyper court, 7 ou 8 lignes max, parfois seulement trois, et certaines lignes ne contiennent parfois pas plus de 2 ou 3 mots.
Au final, le petit lecteur de poésie que je suis dû transformer la Poudre à danser en Boîte à bonbons, en les prenant un à la fois et en faisant durer chacun le plus longtemps possible. Puisqu'ils étaient si courts, on aurait dit que les textes ne me donnaient pas assez de temps pour les apprécier. Mes émotions de lecteur étaient là, mais à fleur de peau, en superficie, bref, pas profondément.
Stéphane Lafleur m'a donc fait travailler, je ne m'y attendais pas. Ça n'empêche pas que je l'ai quand même reconnu à travers ses mots, et je confirme que j'aime toujours son univers, sa tête, bref, oui, j'ai reconnu Stéphane Lafleur. Donc, malgré les petites frustrations ici et là, oui, j'ai aimé sa Poudre à danser.
dimanche 20 avril 2025
Sirop de poteau, par Francis Ouellette, VLB éditeur
C'est un type d'écriture spectaculaire qui raconte un milieu populaire, sans subtilité et avec une belle poésie facilement abordable. J'ai ri de grand coeur et j'ai refermé le livre les yeux dans l'eau. Avec de petites ellipses philosophiques dans lesquelles j'ai aimé me perdre par moments, Sirop de poteau a confirmé la place de Francis Ouellette parmi mes nouveaux auteurs préférés.
Dans ce deuxième livre, l'auteur raconte un personnage important de son premier. Il le met ici au centre de son histoire, en faisant graviter autour de lui le petit monde de son quartier montréalais de Centre-Sud. Encore une fois, c'est réussi. Le style est le même que dans Mélasse de fantaisie, la vie y est dure et toutes les émotions sont à fleur de peau. Dépaysement assuré.
Ouellette a un talent indéniable pour écrire la langue parlée. C'est fait avec justesse, sans la condescendance que d'autres peuvent avoir en marquant certaines expressions par de trop gros traits. Ici, les dialogues prennent une tournure imagée lorsqu'il le faut, même dans les mots du narrateur, qu'on associe rapidement à l'auteur lui-même.
Il va sans dire que le succès de Francis OUellette réside aussi dans une nostalgie bien assumée. Pas que la condition difficile des gens décrits est à envier, pas du tout. On pense plutôt à certains lieux mytiques du Montréal des années 60, 70 et 80, comme le Cabaret du Lion d'Or et le fameux Vieux-Munich. Les descriptions de ce dernier lieu valent le livre à elles seules. Je lisais ça dans le bus et les gens me regardaient rire avec des airs intrigués, c'est tout vous dire.
Mais tous n'aimeront pas ce Sirop de poteau, principalement parce que l'auteur ne censure ni ses personnages si l'époque dans laquelle ils évoluent. Ça résulte en de nombreuses situations où les différences entre les sexes créent de l'injustice et de la violence, et où des propos vulgaires font partie du quotidien. Âmes sensibles, s'abstenir. Reste que cette histoire vous raconte le Montréal le plus montréalo-montréalais qui soit. Vous verrez apparaître des personnages malheureusement obscurcis par le temps comme Denis Vanier et surtout, la sublime Josée Yvon et son aura, que Ouellette reconstitue avec brio.
Un Sirop de poteau de grand crû!
Dans ce deuxième livre, l'auteur raconte un personnage important de son premier. Il le met ici au centre de son histoire, en faisant graviter autour de lui le petit monde de son quartier montréalais de Centre-Sud. Encore une fois, c'est réussi. Le style est le même que dans Mélasse de fantaisie, la vie y est dure et toutes les émotions sont à fleur de peau. Dépaysement assuré.
Ouellette a un talent indéniable pour écrire la langue parlée. C'est fait avec justesse, sans la condescendance que d'autres peuvent avoir en marquant certaines expressions par de trop gros traits. Ici, les dialogues prennent une tournure imagée lorsqu'il le faut, même dans les mots du narrateur, qu'on associe rapidement à l'auteur lui-même.
Il va sans dire que le succès de Francis OUellette réside aussi dans une nostalgie bien assumée. Pas que la condition difficile des gens décrits est à envier, pas du tout. On pense plutôt à certains lieux mytiques du Montréal des années 60, 70 et 80, comme le Cabaret du Lion d'Or et le fameux Vieux-Munich. Les descriptions de ce dernier lieu valent le livre à elles seules. Je lisais ça dans le bus et les gens me regardaient rire avec des airs intrigués, c'est tout vous dire.
Mais tous n'aimeront pas ce Sirop de poteau, principalement parce que l'auteur ne censure ni ses personnages si l'époque dans laquelle ils évoluent. Ça résulte en de nombreuses situations où les différences entre les sexes créent de l'injustice et de la violence, et où des propos vulgaires font partie du quotidien. Âmes sensibles, s'abstenir. Reste que cette histoire vous raconte le Montréal le plus montréalo-montréalais qui soit. Vous verrez apparaître des personnages malheureusement obscurcis par le temps comme Denis Vanier et surtout, la sublime Josée Yvon et son aura, que Ouellette reconstitue avec brio.
Un Sirop de poteau de grand crû!
jeudi 3 avril 2025
Un avenir radieux, par Pierre Lemaitre, éditions Calmann Levy
Entre un début étonnant d'une violence qui laisse dubitatif et une fin en feux d'artifice qui nous met sur le bout de notre siège, Pierre Lemaitre déploie sa galerie de personnages aussi ahurissants les uns que les autres dans une histoire de famille de fous et une autre d'espionnage en parralèle. Franchement, depuis Aurevoir là-haut, c'est un de ses meilleurs.
Ce gars-là écrit du cinéma. Des scènes d'actions succèdent à d'autres où on est tout retourné parce que touché. Ses décors sont diverssifiés. Ici, on est en 1959, entre les Paris et Prague d'alors, et ses personnages sont incroyables. Les trois enfants de la famille Pelletier tournent autour de leurs parents, leurs conjoint(e)s ajoutent leurs couleurs, et les petits enfants prennent leur place. Tous sont les victimes d'un autre, leurs immenses faiblesses et leurs forces insoupçonnées les rendent tous divertissants, sans exeption. Mention spéciale pour un couple, celui de l'ainé, Jean, et sa femme Geneviève, un personnage qui fera l'histoire de la littérature tant on aime trop la détester, et quant à ses enfants... ouf! Mention spéciale aux personnages féminins qui, à mon sens, sont les plus porteurs. Quel brio de l'auteur d'avoir inventé ces gens-là.
Il est certain que Lemaitre traine ses personnages, ou à tout le moins certains d'entre eux, depuis maintenant 6 livres. Y'a quelque chose de Balzac, c'est bien certain, mais pas que. Ceci dit, comme pour Balzac, c'est facile de se plonger dans son oeuvre à partir de n'importe quel livre de cette rocambolesque saga à travers le 20e siècle. Avec Un avenir radieux, les amateurs d'enquête seront ravis. Pour ma part, cette portion du livre n'a pas été ma préférée... jusqu'à ce que vienne les dénouements de la fin. Je lève mon chapeau à l'auteur de polars qu'est aussi Lemaitre. J'ai adhéré, j'ai ri, et jai été ému aux larmes.
À la fin du livre, l'auteur cite ses sources et ses inspirations, parmi lesquelles figure John Le Carré. C'est tout dire.
Bref, Un avenir radieux est tout un divertissement. Vous me voyez ravi, et je vous le recommande fortement.
Ce gars-là écrit du cinéma. Des scènes d'actions succèdent à d'autres où on est tout retourné parce que touché. Ses décors sont diverssifiés. Ici, on est en 1959, entre les Paris et Prague d'alors, et ses personnages sont incroyables. Les trois enfants de la famille Pelletier tournent autour de leurs parents, leurs conjoint(e)s ajoutent leurs couleurs, et les petits enfants prennent leur place. Tous sont les victimes d'un autre, leurs immenses faiblesses et leurs forces insoupçonnées les rendent tous divertissants, sans exeption. Mention spéciale pour un couple, celui de l'ainé, Jean, et sa femme Geneviève, un personnage qui fera l'histoire de la littérature tant on aime trop la détester, et quant à ses enfants... ouf! Mention spéciale aux personnages féminins qui, à mon sens, sont les plus porteurs. Quel brio de l'auteur d'avoir inventé ces gens-là.
Il est certain que Lemaitre traine ses personnages, ou à tout le moins certains d'entre eux, depuis maintenant 6 livres. Y'a quelque chose de Balzac, c'est bien certain, mais pas que. Ceci dit, comme pour Balzac, c'est facile de se plonger dans son oeuvre à partir de n'importe quel livre de cette rocambolesque saga à travers le 20e siècle. Avec Un avenir radieux, les amateurs d'enquête seront ravis. Pour ma part, cette portion du livre n'a pas été ma préférée... jusqu'à ce que vienne les dénouements de la fin. Je lève mon chapeau à l'auteur de polars qu'est aussi Lemaitre. J'ai adhéré, j'ai ri, et jai été ému aux larmes.
À la fin du livre, l'auteur cite ses sources et ses inspirations, parmi lesquelles figure John Le Carré. C'est tout dire.
Bref, Un avenir radieux est tout un divertissement. Vous me voyez ravi, et je vous le recommande fortement.
mardi 11 mars 2025
Quand je ne dis rien je pense encore, par Camille Readman Prud'homme, éditions L'Oie de Cravan
L'avenir nous le dira, mais à mon sens, c'est une pépite. J'ai hâte de voir comment ce livre, ou à tout le moins l'impression qu'il m'a faite, me restera en tête. En tout cas, le bien que j'en ai lu est justifié.
C'est de la poésie qui rassemble des pensées bien concrètes et qui tournent autour de la perception de ce qui nous entoure et de comment ceux qui nous entourent nous perçoivent. Les réflexions de l'autrice sont si justes qu'il me semble que ce recueil tient autant de la philosophie que de la poésie. Ses pages parlent des trop et des silences des autres, de ce qui nous emporte, et de ce qu'on garde pour soi. On se joint à ses réflexions, on se met à sa place. Pour ma part, cette lecture m'a fait me regarder dans le monde, voir quand et pourquoi je fais parfois trop de bruit, ou lorsque je devrais parler plutôt que de me taire.
Car il est beaucoup question de la parole, celle qu'on échange, qu'on entend et qu'on suppose. Cet univers plus près du son que de la lumière m'a sans doute beaucoup rejoint. Et pourtant, l'autrice parle souvent de "rejoindre le noir", qui apparaît souvent comme un refuge, et pas nécessairement négatif.
La force de cette posée est aussi son accessibilité. Je le recommanderais à plusieurs qui, comme moi, lisent (trop?) peu de poésie, ne serait-ce que pour les réflexions et le bien qu'elles procurent.
J'avais besoin d'une pause, j'ai pensé à un livre de poésie et celui-là m'est arrivé avec beaucoup d'à propos. Pas besoin de vous dire que je le recommande vivement.
Maintenant, je me permets de souhaiter lire une histoire racontée par Camille Readman Prud'homme, avec la même sensibilité et le même regard porté sur des personnages que celui qu'elle pose sur elle et le monde qui l'entoure. Ce serait assurément hyper agréable à lire.
C'est de la poésie qui rassemble des pensées bien concrètes et qui tournent autour de la perception de ce qui nous entoure et de comment ceux qui nous entourent nous perçoivent. Les réflexions de l'autrice sont si justes qu'il me semble que ce recueil tient autant de la philosophie que de la poésie. Ses pages parlent des trop et des silences des autres, de ce qui nous emporte, et de ce qu'on garde pour soi. On se joint à ses réflexions, on se met à sa place. Pour ma part, cette lecture m'a fait me regarder dans le monde, voir quand et pourquoi je fais parfois trop de bruit, ou lorsque je devrais parler plutôt que de me taire.
Car il est beaucoup question de la parole, celle qu'on échange, qu'on entend et qu'on suppose. Cet univers plus près du son que de la lumière m'a sans doute beaucoup rejoint. Et pourtant, l'autrice parle souvent de "rejoindre le noir", qui apparaît souvent comme un refuge, et pas nécessairement négatif.
La force de cette posée est aussi son accessibilité. Je le recommanderais à plusieurs qui, comme moi, lisent (trop?) peu de poésie, ne serait-ce que pour les réflexions et le bien qu'elles procurent.
J'avais besoin d'une pause, j'ai pensé à un livre de poésie et celui-là m'est arrivé avec beaucoup d'à propos. Pas besoin de vous dire que je le recommande vivement.
Maintenant, je me permets de souhaiter lire une histoire racontée par Camille Readman Prud'homme, avec la même sensibilité et le même regard porté sur des personnages que celui qu'elle pose sur elle et le monde qui l'entoure. Ce serait assurément hyper agréable à lire.
samedi 8 mars 2025
Jour de ressac, par Maylis de Kerangal, éditions Verticales
Gros coup de coeur pour une autrice que je ne connaissais pas. Une enquête est prétexte à une femme de retourner sur son enfance et son adolescence mais surtout, dans sa ville d'origine. Du coup, ce livre devient un hommage à la ville en question, qui devient le personnage principal, et c'est superbe.
La ville, c'est Le Havre, un grand port sur la Manche qui a la particularité d'avoir été détruit pendant la Deuxième guerre mondiale. Sa reconstruction en a fait une ville avec une réputation peu enviable d'être moche, bétonnée, industrielle, et qui plus est, battue par le vent et la pluie. Perso, rien qu'avec ça, c'était bien parti. Assez des grandes capitales.
Sachant que le livre était bâti autour d'une enquête, le pas-vraiment-fan de polars que je suis avait ses appréhensions. Mais celle enquête m'a parue douce, originale, et son dénouement m'a beaucoup touché.
Tout ça est porté par une écriture hyper sensible aux autres et à ce qui les entoure. Maylis de Kerangal a un don incroyable pour décrire des lieux. Ici, les décors créent les personnages. C'est comme si les personnages vivaient un résultat de leur environnement. On a donc du gris, de la rudesse, mais celle des éléments, pas des gens. Et comme ces éléments sont naturels, les personnages le sont aussi. Ce naturel se sent partout, de la patience résiliente d'un policier jusqu'à l'accueil empathique d'une tenancière de bar pourtant réservée. Quels beaux personnages.
Mais là encore, d'une marche sur un quai battu par les vagues, la pluie et le vent, jusqu'à une conversation dans une auto qui traverse une autoroute pendant que le jour se couche sous la pluie (encore), les décors m'ont complètement emportés. L'autrice nous prend par la main pour redécouvrir la ville de son enfance avec nous, et c'est un réel plaisir.
Bon, ceci dit, de Kerangal est de celles qui se laissent aller parfois avec des phrases qui s'étendent sur presque deux pages. Au début, on manque un peu de souffle, mais à force, une fois qu'on a trouvé son rythme, ça se lit bien.
Vous aurez de belles heures de lecture pendant ce Jour de ressac.
La ville, c'est Le Havre, un grand port sur la Manche qui a la particularité d'avoir été détruit pendant la Deuxième guerre mondiale. Sa reconstruction en a fait une ville avec une réputation peu enviable d'être moche, bétonnée, industrielle, et qui plus est, battue par le vent et la pluie. Perso, rien qu'avec ça, c'était bien parti. Assez des grandes capitales.
Sachant que le livre était bâti autour d'une enquête, le pas-vraiment-fan de polars que je suis avait ses appréhensions. Mais celle enquête m'a parue douce, originale, et son dénouement m'a beaucoup touché.
Tout ça est porté par une écriture hyper sensible aux autres et à ce qui les entoure. Maylis de Kerangal a un don incroyable pour décrire des lieux. Ici, les décors créent les personnages. C'est comme si les personnages vivaient un résultat de leur environnement. On a donc du gris, de la rudesse, mais celle des éléments, pas des gens. Et comme ces éléments sont naturels, les personnages le sont aussi. Ce naturel se sent partout, de la patience résiliente d'un policier jusqu'à l'accueil empathique d'une tenancière de bar pourtant réservée. Quels beaux personnages.
Mais là encore, d'une marche sur un quai battu par les vagues, la pluie et le vent, jusqu'à une conversation dans une auto qui traverse une autoroute pendant que le jour se couche sous la pluie (encore), les décors m'ont complètement emportés. L'autrice nous prend par la main pour redécouvrir la ville de son enfance avec nous, et c'est un réel plaisir.
Bon, ceci dit, de Kerangal est de celles qui se laissent aller parfois avec des phrases qui s'étendent sur presque deux pages. Au début, on manque un peu de souffle, mais à force, une fois qu'on a trouvé son rythme, ça se lit bien.
Vous aurez de belles heures de lecture pendant ce Jour de ressac.
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