mercredi 11 septembre 2019

Le train d'Erlingen, par Boualem Sansal, éditions Gallimard

Une dame aisée, d'un certain âge, raconte qu'elle et les habitants de sa petite ville allemande sont assiégés. Des envahisseurs les menacent. Leur arrivée est incessante. La seule planche de salut de la population est la venue d'un train, envoyé par les autorités, pour évacuer la population... en tout ou en partie, ça reste à voir. L'ordonnancement de cette éventuelle évacuation se passe mal. C'est la narratrice qui en témoigne à travers des lettres qu'elle adresse à sa fille exilée. Les autorités responsables ne font pas son affaire, elle les pourfend, et avec raison, prétend-t-elle. Ne les connait-elle que trop bien, elle, la riche héritière de la famille la plus fortunée de la ville? Ne leur a-t-elle pas donné leurs pouvoirs antérieurement?

Et ces envahisseurs, parlons-en. Personne ne sait qui ils sont! On les sait seulement sanguinaires, dangereux et... différents. Il faut les fuir!

Cette étonnante métaphore de notre société actuelle se termine à peu près au milieu du livre. L'auteur nous avait averti dès le départ: ce que vous lisez ici ne ressemblera à rien d'autre que vous avez lu avant. En effet, mais on n'est pas perdu pour autant. En seconde partie, donc, c'est la fille de l'autrice du départ qui prend la parole en expliquant pourquoi et comment sa mère a écrit cette histoire. On entre ici dans un nouveau récit, celui d'une dame à la retraite qui quitte la France pour aller s'installer en Allemagne. Mais voilà qu'un retour au pays tourne mal alors qu'elle est la victime d'une attaque menée par des intégristes religieux.

On comprend que les maux de notre époque ont inspiré ce Train d'Erlingen à l'écrivain d'origine algérienne. Lecteurs, vous y verrez ce que vous y voudrez, mais vous serez irrésistiblement menés à réfléchir sur ce qui est en train de nous arriver, et par "nous", j'entends la société occidentale, mais pas seulement. Tiens, précisons: en sous titre au Train d'Erlingen, on a: "ou La métamorphose de Dieu". C'est tout dire...

Après nous avoir soulevé des questions avec ses deux histoires brillantes et savamment maîtrisées, Sansal y va de son opinion sur toute la question dans le dernier quart du livre où sa nouvelle narratrice, la fille de l'autrice du départ, se permet des "notes" en exergue à l'histoire de sa mère pour donner son interprétation de ce qu'on vient de lire. Il y est question de différence, d'identité, de migration, d'ouverture d'esprit. Vaste programme. C'est dans ces notes que je me suis finalement un peu perdu, mais je suis pourtant certain que plusieurs y trouveront matière à réflexion et quantités d'observations intelligentes de notre époque. Quant à la forme de ce récit suivi d'un autre, j'ai aimé l'audace. À elle seule, la première partie vaut tout le livre. C'est truculent. Mais la seconde partie aussi. J'y ai découvert un esprit vif et un observateur très allumé. Je ne connaissais pas Boualem Sansal et c'est avec plaisir que je vais maintenant le suivre.

dimanche 11 août 2019

Je remballe ma bibliothèque, par Alberto Manguel, éditions Leméac/Actes Sud

En sous-titre on a: Une élégie et quelques digressions.

Alberto Manguel, l'amoureux des livres, avait installé sa bibliothèque en France. Mais voilà que des raisons administratives l'emmènent à devoir quitter le pays. Parce que plus encore que de lui, Mangue parle de sa bibliothèque. Ce gars-là se définit par ses livres et c'est ce qui le rend si intéressant.

Dans cet essai, j'ai retrouvé l'auteur d'Une histoire de la lecture. Ce titre, paru dans les années 90, fait partie de mes lectures marquantes à vie. C'est certainement l'essai qui m'aura le plus touché. J'aurai ensuite tenté de suivre Manguel avec un autre essai (De l'autre côté du miroir) un peu plus tard mais il m'aura perdu. Je comprends maintenant pourquoi, mais je sais aussi pourquoi il m'a tant manqué.

Alberto Manguel est un érudit. Dans cette partie du monde où je vis, et sans doute en plusieurs autres endroits, une telle érudition n'est absolument pas valorisée. Elle impressionne, et procure à plusieurs un sentiment de se faire rabaisser. Or Manguel est tout le contraire de ça. Érudit, oui. Il cite je ne sais combien d'auteurs, de livres, de vers, mais avec tant de passion et d'à propos que jamais on ne sent de condescendance. Pour cette raison, et plusieurs autres encore, il ne devrait faire peur à personne.
Cette passion lui vient des livres. Lui, sa vie, c'est ça: lire, et aimer ça. Et c'est de ça dont il parle, comme d'autres parlent de sport, de plein-air, de politique. Pour Manguel, ce sont les livres qui le mènent. Si on aime un tant soit peu la lecture, il faut lire Manguel au moins une fois.

Dans ce livre, il aborde entre autres choses l'expérience vécue à Montréal, avec le metteur en scène Robert Lepage, lors de l'exposition "Une bibliothèque la nuit" où sa fameuse bibliothèque personnelle était justement le point de départ. Il parle aussi de son expérience toute nouvelle à titre de directeur de la bibliothèque nationale d'Argentine, à Buenos Aires, sa ville de naissance. Or, Manguel est aussi citoyen canadien, et son expérience du Canada se reflète aussi dans ses écrits. C'est à noter.

Ses réflexions sur ce qui s'écrit, et ce de par le monde, sont stimulantes. En gros, ce qu'il dit, c'est que si on s'imagine encore souvent que la littérature n'a jamais changé le monde autant qu'une "bonne" révolutions sanglante ne l'a jamais fait, cette même littérature doit quand même avoir quelque effet, parce lors d'une révolution, elle est souvent la première à subir interdictions et censures. Pout lui, une bibliothèque, c'est une mémoire, personnelle ou collective, qui se perpétue. J'aime cette idée.

Parfois chargée parce profonde, mais extrêmement stimulante, la lecture de Je remballe ma bibliothèque conviendra à ceux qui reconnaissent une valeur dans les livres, qui ont la lecture comme passe-temps, et qui respectent le travail des écrivains. Me reconnaissant dans chacun de ces portraits, j'avoue avoir beaucoup apprécié. Merci de l'avoir écrit, Alberto Manguel.

jeudi 25 juillet 2019

Nomadland, par Jessica Bruder, éditions Globe

Cet essai traduit de l'anglais raconte le phénomène des gens qui vivent dans des minivans ou des campings cars aux USA. L'autrice est journaliste et elle a mené une vaste enquête sur plus de deux ans en s'immisçant au sein de cette communauté particulière. Bienvenue aux States.

Ce portrait de la société américaine fait sans doute en sorte que les impressions qu'on porte envers elle teintent les impressions qu'on a du livre. L'omniprésente société américaine en fascine encore plusieurs, et si elle ne nous fascine pas, elle nous entoure tellement qu'elle nous incite à l'analyser, à la regarder fréquemment, à lui faire face constamment. Soit on y prend goût, soit on ne s'en rend plus compte, soit on se tanne. Je suis des derniers. Plusieurs excellents produits culturels émergent des USA, mais d'un point de vue humain, je ne vois pas en quoi je devrais plus m'intéresser à eux qu'à tout autre peuple. Ceux-là prennent trop de place à mon goût. D'où ma réaction dubitative face à ce livre, qu'il faut avouer être fort bien fait.

La crise économique de 2008 a frappé fort en ce pays. Elle en a laissé plusieurs presque sur la paille. Plusieurs d'entre eux ont choisi la vie nomade dans une résidence sur quatre roues. Bon. Vous me direz: on n'invente rien, là, Les gitans s'y connaissent depuis des siècles. Et n'y a-t-il pas assez de peuples nomades comme ça pour qu'on s'arrête sur ceux-là pour qui c'est quand même pas si difficile? En effet. J'ai beaucoup pensé à ça en lisant Nomadland. L'autrice explique bien comment la plupart se ramassent là, pourquoi ils font ce choix. Une grande majorité a en haut de 50 ans, voir de 60, et tous vont d'un lieu de travail temporaire à un autre. Le but: se ramasser un petit pécule pour survivre. Parmi les principaux employeurs, il y a les parcs avec terrains de campings et les entrepôts d'Amazon.

Leur vie n'est pas facile, mais c'est pas l'enfer non plus. Solitaires, ils se tiennent, se supportent en se rencontrant parfois dans de grands rassemblements. Pas méchants, volontaires, ceux que l'autrice a côtoyé sont amers, mais résilients, fatigués mais motivés. Leur but: économiser de l'argent et en avoir assez pour vivre.

Il y a dans ces personnages beaucoup de naïveté et énormément de résignation. Leurs boulots sont éreintants et mal payés, ils sont âgés et racontent leurs débrouilles. Ouais, bon. Ces portraits sont corrects. On en pense ce qu'on veut. En se mettant à leur place, l'autrice n'a toutefois pas décidé de tout lâcher pour faire comme eux, non. Elle les décrit, et à travers eux, tout un pan de la mentalité de ce pays, et c'est là où j'ai puisé mon intérêt. Dans quelques rares pages, Bruder s'avance pour parler de l'indécrottable optimiste factice américain qui peut parfois nous taper sur les nerfs. Elle aborde juste un peu, aussi, le fait que la plupart sont blancs et que vivre de cette façon, pour des Afro-Américains est pratiquement impossible tellement ils seraient contrôlés par les autorités. Bref, vous voyez, c'est tout ça, Nomadland. C'est les USA d'aujourd'hui, un portrait original, mais réaliste, pas fascinant mais intéressant. Comme le pays. Je comprends l'intérêt qu'a suscité ce livre aux USA, mais hors ses murs, de mon côté, c'est ça: intéressant, mais pas fascinant.

mercredi 3 juillet 2019

Autour d'elle, par Sophie Bienvenu, éditions Cheval d'août

Si mon premier Sophie Bienvenu m'avait marqué, ce deuxième m'a transformé en admirateur inconditionnel. Y'avait quand même un petit bout qu'un livre ne m'avait pas autant chaviré.

Chacun de la quinzaine de chapîtres est assez court. On commence par un désir d'amour d'un ado presque adulte, puis un autre personnage prend la parole avec une autre histoire complètement différente, et ça va ainsi pour le reste du livre, avec autant de narrateurs différents qu'il y a de chapîtres. Si les histoires diffèrent, tous ont pourtant un lien commun: Florence. Certains ne l'ont que vue passer, d'autres partagent avec elle un lien de sang. Et si les histoires de chacun n'ont souvent rien d'extraordinaires, la façon unique de les raconter toutes est absolument hallucinante. C'est là où je deviens accro de Sophie Bienvenu.

Sensible et vraie sont les deux mots qui me viennent pour décrire son écriture. Rare sont les auteurs qui savent transmettre leur amour des gens de la sorte. J'aurais pu parler de "connaissance des gens", mais j'ai plutôt perçu un amour du monde, de personnages individuels qui peuplent la vie de la ville et du pays où vit Sophie Bienvenu. Ses personnages vivent des amours, des amitiés, des déceptions, des remises en questions, et au centre de ce cercle de personnage, il y a la fameuse Florence qui vit tout ça en même temps. Ouf!

Ce livre est peuplé de personnages qu'on voudrait prendre dans nos bras. Même si on n'a jamais vécu les épisodes racontés par chacun, on les comprend. Le lien qu'on développe avec eux, même si leur passage respectif est souvent furtif, est fort, aussi fort, dirais-je que le talent de cette autrice pour décrire précisément des sentiments, des impressions.

Fan de belles histoires, je ne me laisse pas attendrir si facilement, mais lorsque ça arrive aussi fort qu'avec Autour d'elle, je ne peux qu'avoir envie de le partager. J'ai lu ce livre en prenant de courtes pauses après chaque chapitre. C'était pourquoi, donc? Méditer? Goûter? Reprendre mon souffle? Je ne me rappelle plus mais... ah oui, ultime détail supplémentaire: y'a une trame sonore du livre à la fin.

Voilà vraiment un bouquin parfait pour moi. Et pour vous aussi, j'en suis certain. Coup de coeur assuré.

lundi 24 juin 2019

Aux confins du monde, par Karl Ove Knausgaard, éditions Folio (Poche)

C'est peut-être la quatrième fois où je me demande comment ça s'fait que je suis en train de lire du Knausgaard. Et cette fois plus que toutes les autres, j'ai bien failli décréter que ce serait la dernière fois. Mais bon, il en reste deux autres...

Ça s'peut. On verra.

Dans ce quatrième tome de l'histoire de sa vie, le Norvégien raconte les épisodes entre 16 et 18 ans. On commence par les 18 ans, alors qu'il part pour un premier job sérieux: il ira enseigner pour un an dans l'extrême nord de la Norvège. D'où le titre. Bon, maintenant, si vous vous imaginez "les confins du monde" comme un endroit digne de Jules Verne ou d'Edgard Alan Poe, par exemple, vous serez déçus. On est dans les années 80. Le village où il se retrouve est on ne plus "normal", bien que l'environnement soit exceptionnel, plein de mer et de rochers. Faut donner à Knausgaard que si sa relation avec les humains est assez discutable, celle avec son environnement est nettement meilleure. Il rend les décors agréables, à défaut de se présenter comme tel.

À cet âge tendre, le jeune adulte qu'il est est en apprentissage d'un métier, oui, mais lui reste une chose à apprendre encore, et on ne parle pas de n'importe quoi... Son obsession: coucher avec une fille. La première moitié du livre tourne à peu près autour de ça. Si c'est d'abord normal, puis drôle, ça devient ensuite lourd. Or, voilà, je crois qu'une fois encore, il l'a fait exprès. Parfois, c'est franchement con. Iln nous tape sur les nerfs avec ses histoires. Alors que j'allais lâcher le livre et l'auteur avec, arrive une seconde époque, celle de ses 16 ans. Ses parents ont divorcé et sa vie est séparée entre ses deux parents. Comme on l'a compris dans ses autres livres, sa relation avec son père sera trouble. Remarié, ce dernier deviendra même père d'un nouveau poupon. Or, le bonheur n'est (toujours) pas au rendez-vous, et ses garçons en subissent les frais. De l'autre côté, il y a la mère, discrète, enfin libre, compréhensive. Et il y a aussi la société norvégienne, les années 80, la musique à fond la caisse, les beuveries pour célébrer la fin des classes. Me voilà rembarqué dans ses histoires...

Au-delà de la Norvège, Knausgaard raconte aussi, et surtout, une génération. En ce sens, il rejoint ceux de la sienne, de génération. J'en suis, et j'avoue comprendre ce que d'aucuns trouveront insipides, inutile ou vide. Or, le succès de Knausgaard, c'est ça: raconter de l'inutile au détail le plus fin. Ça reste d'une vacuité hallucinante et d'un intérêt indéniable. Sacré Knausgaard.

Ceci dit, continuer au pas? Restent deux livres. Je verrai. Comme ce quatrième, je mettrai probablement la main dessus "par hasard", en passant devant le rayon des K d'une librairie. D'ici là, si vous n'avez jamais rien lu de pipeul parce que vous ne vous reconnaissez absolument pas là-dedans, osez lire La mort d'un père, son premier, et vous verrez que vous aussi, vous risquez d'embarquer.

mercredi 5 juin 2019

La griffe du diable, par Lara Dearman, éditions Robert Laffond

Voilà un polar dont la construction est convenue mais le décor, original. Une enquête sur une série de meurtres est menée par un policier en fin de carrière et une journaliste dans la petite communauté des habitants de l'île anglo-normande de Guernesey. Donc, si les protagonistes sont en effet assez convenus, le cadre diffère, et c'est d'autant plus intéressant que l'autrice connaît manifestement très bien le milieu qu'elle décrit.

L'histoire se déroule à notre époque. Les gens sont gentils, se connaissent pas mal tous et les disparités sociales en font un genre de microcosme de toute nation occidentale qu'on puisse imaginer. Comme pour d'autres romans que j'ai lu ces dernières années, les caractéristiques inhérentes aux petites communautés rendent tout plus gros: les perceptions, les fiertés, les relations, les peurs. C'est dans ce contexte qu'évoluent les deux personnages principaux, entrainés dans leur enquête par la mort d'abord anodine d'une jeune femme. Leur enquête les mènera à explorer l'histoire récente de leur coin de Terre, et tout particulièrement celle de l'Occupation, pendant la 2e Guerre mondiale. Les îles anglo-normandes ont en effet été la seule portion de territoire britannique, et cette situation aura une incidence sur le fil des événements. C'esg intéressant et bien amené.

Bon décor, donc, contexte social et historique vraiment intéressant. Côté intrigue, c'est assez classique. Les deux enquêteurs ont chacun leurs démons intérieurs à apprivoiser, et ce sont ces parts d'ombres qui feront d'eux des humains mieux outillés que les autres pour dénouer les fils des intrigues dont ils sont d'abord témoins et dont ils feront partie, au fil de l'histoire.

Le polar est un style d'écriture dont les conventions sont établies, et ces conventions sont ici bien respectées. Je note toutefois, quelques "tics" ou exercices de style un peu inutiles. Comme cette fâcheuse manie. D'écrire. Une phrase complète. En mettant des points partout. C'est un peu comme si on indiquait au lecteur des endroits où faire une pause, un peu comme s'il était le narrateur d'un texte tragique qu'un débit lent rendrait encore plus tragique qu'il ne le faudrait. C'est un peu infantilisant et, encore une fois, assez inutile.

Un bon polar, donc, qui fait découvrir une contrée mal connue. Écrit et traduit honnêtement, sans violence désagréable mais avec une bonne tension qui, à mon sens, trouve son dénouement un peu rapidement à la fin. Mais bon, les amateurs de thrillers sauront me dire si j'ai raison ou tors sur ce point.

mercredi 22 mai 2019

Mer blanche, par Roy Jacobsen, éditions Gallimard

Nouvelle découverte d'un auteur norvégien, nouveau coup de coeur. Écriture sèche mais colorée, descriptions magnifiques, sentiments profonds, avec peut-être un moins de poésie que ceux que j'ai lus jusqu'ici. N'empêche: ça fonctionne.

Sur une île de la côte du nord de la Norvège, la guerre sévit depuis déjà quelques années. On a beau vivre au nord du Nord, les occupants Allemands ont quand même tout bousculé. La vie d'Ingrid, que les événements ont emmenés à vivre presque seule sur son île, sera bouleversée par le naufrage d'un navire Allemand sur les côtes de son île, et plus particulièrement par un rescapé de ce naufrage. Pendant qu'elle doit réorganiser sa vie, c'est tout un pays qui est en train de faire de même. Se réorganiser, c'est aussi savoir s'adapter: aux saisons, aux privations, aux étrangers. Et qui sait s'adapter sait aussi survivre.

Bien que basé sur une tragédie, Mer blanche possède un côté lumineux qui vous fait le refermer en vous sentant bien. Non, ça ne se termine pas tragiquement, même si ça ressemble à ça. Si leur vie est dure, les personnages sont tous animés d'un désir d'aller par en avant.

Roy Jacobsen montre ici que "tragique" ne rime pas nécessairement avec "négatif", et c'est d'autant plus étonnant que ça se passe en pleine guerre. mais voilà justement ce qui distingue un auteur de ce genre: une façon de raconter qui crée un aura mystérieux et confortable autour de l'histoire. Voilà aussi pourquoi je reviendrai toujours régulièrement vers les auteurs scandinaves, tout particulièrement norvégiens et islandais. Ils ont ce dont d'assimiler décor et personnages pour qu'on en vienne à aimer, adorer ou détester autant l'un que l'autre, parce que justement, l'un ne va pas sans l'autre.

Avec Mer blanche, je découvre un auteur que j'espère relire.