lundi 20 août 2018

Naufrage, de Biz, éditions Leméac

C'est une histoire terrible, horrible, mais magnifiquement écrite. Le sentiment qu'on éprouve à la fin du livre, pas très long d'ailleurs, il faut le dire, donc chapeau pour la force de l'émotion quand même ressentie, est la même qu'au sortir de l'Adversaire, d'Emmanuel Carrère. Coeur sensibles s'abstenir, et amateurs de grande littérature québécoise, se précipiter.

Un homme travaille dans la fonction publique. On parle ici d'un travail de bureau, comme tant d'autres, qu'importe ce qu'il fabrique, le milieu est celui dépeint sur la couverture du livre. Victime de "mesures administratives", cet homme se retrouve relégué dans les oubliettes de l'administration publique. D'autres diront qu'il est "tabletté". S'ensuit une remise en question, une dévalorisation, une descente aux abimes jusqu'à ce qu'un drame horrible survienne dans la vie de cet homme. Quelque chose d'épouvantable.

Débute alors ce qui est pratiquement un deuxième livre. La mesure de l'événement est telle qu'on en vient presqu'à oublier sa prémisse. Certains pourront reprocher cette cassure dans le fil narratif. J'ai failli le faire. Mais j'ai oublié les reproches au bout des petites conquêtes par lesquelles Biz est venu me chercher malgré cette histoire qui n'a rien de jojo. J'ai été conquis par ses mots bien choisis, pas ses descriptions d'un souvenir, d'une analogie, d'un personnage, dont il fait le tour en deux coups de cuillère à pot, en deux phrases ou en un seul paragraphe. Précis, Biz sait plaider sa cause en allant chercher notre assentiment par ces petites choses semées ici et là qui nous font réaliser que oui, c'est vrai, j'aurais décris ça comme ça ou oui, moi aussi, j'ai déjà vécu ça comme ça.

Bien sur, on sort secoué, d'autant plus que la situation ici décrite rejoint beaucoup celle décrite, encore plus succinctement, dans Dérives. On pourrait croire que Biz a trouvé un pattern avec les histoires de mal à l'âme, mais c'est beaucoup plus que ça. Je crois qu'on a avec cet auteur un fin observateur de notre société, même dans ce qu'elle a de plus caché, de plus tabou. En parler dérange toujours, et le plus souvent, ça heurte. Mais lorsque c'est écrit finement comme ça, on est prêt à en reprendre encore... si le chapeau nous fait, bien entendu.

lundi 30 juillet 2018

4321, de Paul Auster, éditions Actes Sud

C'est l'histoire de Ferguson, un Américain né au New Jersey, dans la banlieue newyorkaise dans les années 40. Ses parents se rencontrent, se marient, le conçoivent. Il naît, grandi, vieillit... quatre fois. Chapitre 1.2: première histoire de Ferguson. Chapitre 1.2: seconde histoire, et ainsi de suite. Puis ça se poursuit à 2.1, 2.2, etc. À chaque histoire, c'est le même Ferguson avec les mêmes parents, mais l'histoire de chacun différera légèrement. Les personnages les entourant différeront aussi un peu d'une histoire à l'autre, leurs destins prendront des directions différentes d'un Ferguson à l'autre.

Chaque Ferguson proviendra du même terroir, à proximité de New York, vers lequel tendra chacun des Ferguson adolescents. Chacun traversera la même époque, avec les mêmes bouleversements, les mêmes espoirs, le même environnement. La banlieue, les amis, le baseball, les livres, les années 50, puis 60. Kennedy, MLK, mai 68. Tout ça quatre fois.

Pourquoi? Tout le livre est dans cette question qui contient la réponse dans les dernières pages. Comment? En 1018 pages.

D'habitude, de telles briques ne m'attirent pas nécessairement. Dans ce cas précis, c'est plutôt Paul Auster qui m'a attiré. Pourtant, j'ai eu beau essayer de me rappeler tous ses derniers livres que j'avais lu, je n'ai pas réussi. Seuls quelques une me revenaient en tête, par bribes. Si peu m'ont marqué, m'est resté une atmosphère. Les livres de Paul Auster laissent toujours une impression de beauté étrange, de meilleur à venir. Ces 1018 pages me semblaient prétentieuses. Je ne voyais pas pourquoi, outre son âge avancé, Auster se permettait une telle fantaisie. Avec autant de pages, je m'attends généralement à ce que plusieurs soient de trop. Inévitablement. Lire un tel livre, c'est comme entrer en relation à long terme, enfin, si on le compare aux autres: il y aura des longueurs, mais il faudra au moins de l'amour pour que ça tienne.

Ça a tenu. Le début est fascinant. Puis on avance et on constate qu'on vivra, avec ce personnage reproduit quatre fois, dans un décor qu'on devra aimer parce qu'il sera lui aussi un des personnages principaux. Ce décor, c'est l'histoire de cette partie du monde dans les années 50 et 60, principalement, l'histoire d'une époque où tout semblait permis jusqu'à ce que ça se mettre à sérieusement déraper. On sentira le désir de vie de banlieue des parents et celui d'en sortir des plus jeunes. On sentira le New York disparate, riche et pauvre, bigarré, sous tension. On vivra les émeutes raciales d'alors, mai 68 à l'université Columbia, Kennedy se fera assassiner plus d'une fois.

Pendant ce temps, Ferguson vivra entre sport et littérature. On croira voir la naissance d'un écrivain, ou d'un journaliste, ou d'un intellectuel raté. On visitera des appartements d'étudiants, on ira même à Paris. C'est Paul Auster: non seulement on se divertit, mais on apprend, aussi.

À force, on devient accro. On est contaminé par ce livre qui nous donne envie d'aller au cinéma, voir de vieux films, lire des classiques, écouter le baseball à la radio... même si le baseball ne nous dit rien, qu'on connaît peu les classiques de cinéma... ou qu'on ait eu une enfance sans histoire.

J'aime que 4321 ne soit pas recommandable aux plus politiquement corrects. Parce que Paul Auster ne donne ni dans les licornes, ni dans le maquillage épais. On y fume à presque chaque page et à partir d'un moment, on y baise allègrement. On va même dans des directions qu'on n'aurait pas cru qu'Auster prenne. Mais justement c'est Paul Auster, et encore une fois, c'est étrangement beau, jamais trop, toujours bien tourné, et on tourne les pages en espérant toujours mieux, on se demande toujours où on ira avec lui. Puis paf! Il nous sort de notre enchantement d'un grand coup en pleine gueule. On perd le souffle... et on recommence, et on repart pour une autre centaine de pages.

Ce livre me suivra longtemps. Sa fin est sublime parce que crédible, intelligente. Oui, c'était prétentieux de sa part. c'était risqué aussi. Plusieurs n'aimeront pas et abandonneront à force de pincer les lèvres ou de soulever les sourcils. Mais si on aime, on rira avec lui, on s'essuiera parfois les yeux, et à la fin, on déposera ce livre, pour longtemps, au rayon de ceux qu'on a préféré depuis qu'on lit.

Toute une expérience!

mardi 24 juillet 2018

L'ombre des chats, par Arni Thorarinsson, éditions Points

Voici un roman policier islandais qui ravira les amateurs d'élucidation d'intrigues où il est question d'au moins trois crimes majeurs: deux morts simultanées suspectes, une agression grave et un cas de cyber intimidation. Tout ça gravite autour du journaliste d'un quotidien local, qui enquêtera, parfois malgré lui, sur tous ces fronts à la fois.

Comme pour la quantité de crimes commis (j'omets aussi un vol et des détournements de fonds), il y a beaucoup de monde dans la vie du journaliste, dont un enquêteur de la police, une ex-conjointe et des collègues de travail. Et bien que tout ce beau monde soit islandais pour la plupart, tous proviennent de milieux différents. C'est là où l'intrigue devient intéressante. D'une communauté gay plutôt bobo en passant par la société politique locale et les employés d'un snack bar, Arni campe l'action loin de certains clichés du style polar comme des lieux sordides, policiers ou teintés de maladies psychiques. Ici, tout le monde est banal au premier rapport, mais voilà que les événements qui impliquent ces gens ne sont pas banals. C'en est même un peu surprenant, et on ne peut pas accuser l'auteur de manquer d'originalité. Mais, me direz-vous, c'est un roman policier. On ne peut quand même pas faire comme si la vie y était un long fleuve tranquille! C'est pourtant ce que je peux apprécier dans ce type de roman que je n'apprécie toujours pas tant que ça: l'absence d'absurdités. On n'en est pas là avec L'ombre des chats, enfin, pas trop. Si les situations autour desquelles gravitent les crimes sont parfois incongrues, elles n'en sont pas pour autant loufoques.

Chose certaine, l'amateur de résolution d'énigmes sera ravi. Les prétextes pour se poser des questions comme: Qui? Pourquoi? Comment? ou Quand? pullulent. Il me semble qu'un crime ou deux en moins auraient pu tout aussi bien faire l'affaire, mais bon...

Avec des personnages sympathiques, dont un issu d'une aventure antérieure à ce roman du personnage principal (qui ne l'a pas lu se demandera un peu ce que cette personne fait là), un environnement adéquat et des intrigues à profusion, on dirait bien qu'il s'agit là d'un bon polar... ceci dit de la part d'un blogueur qui préfère ne pas en lire trop souvent.

jeudi 31 mai 2018

Entrez dans la danse, par Jean Teulé, éditions Julliard

Je suis loin d'avoir tout lu de Teulé, mais son Charly 9 m'avait énormément plu. Avec Entrez dans la danse, j'ai retrouvé l'auteur qui sait marier style loufoque, scènes horribles et contexte historique.

Dès l'entrée, deux scènes se succèdent où horreur et révulsion sont les moindres des sentiments qu'on éprouve. Disons-le, c'est rébarbatif. Puis, sans trop de flafla, on entre sitôt après dans le vif du sujet, c'est à dire qu'un personnage se met à danser dans la rue.

On est à Strasbourg en 1518. La ville, autrefois prospère, est en pleine canicule combinée à une sécheresse, fléaux qui en jouxtent bien d'autres: peste, famine, perte de récoltes, rien ne va plus pour le petit peuple. Cette misère extrême en poussera certains à l'accomplissement d'actes épouvantables comme ceux décrits d'entrée de jeu et dont je vous épargne la description. C'est à la suite d'un tel acte qu'un personnage prendra la rue et se mettra à danser comme une folle, comme ça, sans raison. À sa vue, plusieurs la suivent et font pareil. Et voilà que le mouvement grossit et que ça ne s'arrête plus. Bientôt, une majeure partie de la ville passe son temps à danser sans arrêt dans les rues, et bien souvent jusqu'à ce que mort s'en suive. Mais qu'est-ce qui explique ça?

Teulé fait sa propre interprétation de ce fait tiré de l'histoire réelle de la ville de Strasbourg en mettant en scène des personnages existants et sans doute inventés. Parmi les existants, on remarque le maire, bien embêté, et l'évêque, scandalisé. Or, les greniers de ce dernier débordent et le maire le sait. S'ensuivent les affrontements que l'on devine entre le civil et le religieux. Avec les mots de Jean Teulé, ceci constitue les moments les plus truculents du livre. Cet auteur a des dialogues bédéesques où les expressions empruntées frôlent l'anachronisme, et c'est là, avec la recherche historique, ce que je préfère de Jean Teulé. Par contre, là où ça passe plus bizarrement, c'est dans l'histoire des pauvres victimes. Les situations décrites sont tragiques. On imagine que la situation l'était, oui, mais il y a quelque chose qui m'a fait souvent penser qu'on était dans le "trop". Oui, on en apprend un peu des métiers exercés, des conditions sociales de chacun, mais j'aurais aimé que Teulé développe davantage la psychologie de ces personnages sans doute inventés, mais pourtant au coeur de cet événement. On devrait ressentir une tristesse, de l'empathie, mais non...

Bref, pour l'ambiance historique, l'anecdote historique et la forme écrite: oui, mais pour le scénario, je reste un peu sur ma faim. Si vous ne connaissez pas Jean Teulé, je vous suggère fortement Charly 9. Un personnage historique réel (le roi français Charles IX) qui ne l'a pas eu facile. Raconté par Teulé, c'est jouissif.

lundi 14 mai 2018

Dérives, par Biz, éditions Leméac (collection Nomade)

C'est loin d'être le premier livre de ce personnage bien connu dans le domaine public québécois. C'est pourtant la première fois que je le lis. C'est rare que je lis un auteur pour la première fois pour la seule raison que je le "connaisse", que cet auteur soit de notoriété publique. Le résultat est satisfaisant.

Dérives est court, à peine 94 pages, et je suis heureux de faire la découverte du monde littéraire de Biz par son dernier ouvrage. L'auteur y donne la parole à un homme qui s'enfonce dans la dépression. Raconté au "je", le livre tient, pour la moitié, d'un témoignage descriptif, et pour l'autre moitié, d'un genre de rêve éveillé où le narrateur se voit dériver dans un marais, belle métaphore de sa vie réelle. Les deux récits alternent sans nous perdre alors que c'est justement ce qu'on regarde: un homme se perdre.

Le ton est très intimiste, de celui de l'ami qui s'assoit devant soi pour nous raconter ce qu'il vient de vivre. Rien, hormis le rêve, n'est invraisemblable et même si on n'a jamais vécu une telle épisode, on ressent très fortement la détresse du narrateur. Les mots de Biz rendent les images claires, tirées du quotidien d'un Montréalais. Ce dernier trait est à préciser parce que quiconque connaît l'auteur dans ses interventions publiques connait son fort penchant politique. Biz nous balancera ses opinions en la matière en deux ou trois pages dans un des rares moments un peu incongrus du livre. Pas surprenant de Biz, mais un peu hors contexte.

POur le reste, ce livre décrit fort bien cet événement sans artifices d'un homme qui sombre. J'ai beaucoup pensé au Contre dieu, de Patrick Sénécal, pour la perte de repères vécue par le narrateur. Mais non, l'issue est toute autre. Si on l'a vécu avec tristesse et appréhension, on ressort de Dérives avec quelque chose comme de l'espoir ou du soulagement.

Excellent narrateur, un brin sarcastique mais très fin et sensible, Biz donne le goût de le découvrir par les mots qu'il écrits au-delà de ceux qu'il dit ou qu'il interprète.

mardi 8 mai 2018

L'art d'être fragile, par Alessandro D'Avenia, éditions des Presses universitaires françaises

Voici un essai dont le sous titre est: Comment un poète peut sauver ta vie.

Écrit par un prof de niveau secondaire (lycée), cet est un réquisitoire sur l'importance d'être soi. Bien qu'il s'adresse à un public de l'âge de ses élèves, l'auteur rejoint tous les âges par la justesse et la passion de ses propos.

D'Avenia est d'abord un gars qui aime son travail et qui est conscient de son importance. Dans sa démonstration, il cite souvent des propos de jeunes lecteurs ou étudiants (il a publié d'autres livres avant celui-là). ON sent combien il les respecte et les connait. Pour lui, le début de l'âge adulte est une époque charnière où le désenchantement risque de prendre une place disproportionnée. Son message est le suivant: ne vous laissez pas avoir. Attachez-vous à ce que vous aimez et surtout, regardez autour de vous, il y a du beau. N'ayez ni peur ni honte de porter votre attention là-dessus.

À mille lieues de la psycho-pop, D'Avenia parle de tout ça à travers des lettres qu'il adresse à celui qui est, manifestement, son auteur préféré: le poète italien Giacomo Leopardi. Je m'y connais peu en poésie, voir à peu près pas, sauf pour quelques grands textes des auteurs français et québécois les plus connus. J'avoue ne m'être jamais procuré un livre de poésie, et je ne connaissais pas Leopardi, que ce livre m'a permis de découvrir comme étant le plus grand poète italien. Malgré toute mon incompétence en la matière, les mots d'Alessandro D'Avenia m'ont rejoint.

La vie de Leopardi fut difficile. Malade et sans le sou, il a toutefois bénéficié d'une éducation développée qui lui a donné non seulement le goût des mots, mais aussi la possibilité de découvrir d'autres mondes et de s'ouvrir l'esprit sur les autres, sur ce qui l'entoure. La fameux cliché du poète devant les étoiles, c'est lui. S'ouvrir l'esprit, c'est prendre conscience de ce qui nous entoure et de ne pas se replier sur soi-même. C'est là toute la philosophie de D'Avenia, et dire franchement, c'est bon à lire.

D'Avenia est contre le pragmatisme étroit. Pour lui, l'imagination est un refuge comme nul autre. Il nous permet de nous renouveler. Pour stimuler les idées, il faut d'abord rêver.

Que le livre ait été écrit pour un public jeune n'enlève rien à sa qualité d'écriture. Bien au contraire, on est loin du ton infantilisant. C'est même assez érudit, du genre à relire parfois certains passages. Il faut dire que je lis peu d'essais. Aussi je constate que je décroche plus facilement à la lecture d'un tel livre. Reste que je l'ai lu avec beaucoup d'attention. Je le recommanderais à tout parent d'adolescent, à tout rêveur qui se trouve étouffé dans un monde trop formaté, à tout amoureux de la profession d'enseignant et à qui, comme moi, en sait peu sur la poésie, mais ne demande pas mieux que de la laisser entrer dans sa vie à la première bonne occasion. C'est ce que ce livre pourrait devenir.

vendredi 13 avril 2018

Les loyautés, par Delphine de Vigan, éditions JC Lattès

Un jeune de 12 ans est repéré par une enseignante. Elle détecte chez-lui quelque chose qui ne va pas. Le radar de cette femme est fin puisqu'elle croit percevoir chez ce jeune les symptômes d'expériences qu'elle a elle-même vécues à son âge. Le jeune en question vit en garde partagée. Peu sociable, il n'a qu'un seul ami du même âge. La mère de ce dernier n'aime pas la fréquentation de son fils. En couple "stable", elle découvrira toutefois que le temps est en train de faire son oeuvre dans sa famille, et pas nécessairement pour le mieux.

Dans ce livre court et très dur au titre très à propos, Delphine de Vigan parle de relations, de celles qu'on s'oblige et de celles qu'on choisit. Elle nous fait nous demander la valeur des loyautés, et donne une vigoureuse claque aux ceux qui pourraient croire qu'être loyal n'entraîne que de bonnes choses. Sous son oeil, les loyautés sont plus souvent des relations dans lesquelles on a choisi de s'investir et sans lesquelles on choisit de demeurer... ou pas. Y rester implique un prix à payer, ce qui n'est pas toujours heureux. Bref, pour être loyal, il faut parfois piler sur ben des principes et renoncer à bien des choses. En voyant le résultat, ne reste que soi-même à féliciter... ou à blâmer.

Dans ce livre, on l'aura deviné, c'est pas jojo. Deux types de relations passent au tordeur: les couples, et la maternité. Les deux impliquent des choix, et qu'arrive-t-il lorsqu'après un certain temps, on se rend compte que ces choix n'étaient pas les bons?

La plume impeccable de l'auteur devient ici un microscope ou une loupe explorant des vies à première vue ordinaires. Avec le garçon déchiré entre les vies de deux parents qui se détestent, on pense inévitablement à David Goudreau et La bête à sa mère, pour ces enfants blessés profondément par les égoïsmes inconscients de parents plus ou moins naïfs. Avec l'enseignante victime de ses démons, on se rend compte de la fragilité de ceux qu'on croit les plus forts, et avec la mère qui découvre le côté insidieux des médias sociaux, on se questionne sur la place qu'on désire occuper dans la vie de ceux qui nous entourent. A-t-on besoin de faire tout ça, et si oui, pourquoi?

Delphine de Vigan est assurément une grande auteure, parce que sans réussir à l'aimer autant que tant d'autres, je ne peux toutefois pas m'empêcher de lire ce qu'elle produit depuis Rien ne s'oppose à la nuit, qui demeure, à mon sens, son grand livre. Observatrice hors pair de la société qui l'entoure, spécialiste des imperfections, elle nous brasse avec finesse, ce qui fait quand même un certain bien.

Les loyautés est un livre qui vous remet inévitablement en question. Faut y être prêt.