J'y suis entré de travers, mais j'en suis sorti bien droit. C'est un livre beau et lent, étrange et exigeant, qui mérite son succès, mais qui me fait me poser encore beaucoup de questions.
La force de ce livre, c'est son ambiance. C'est comme si une brûme ou une fine pellicule de poussière enveloppait tout. Dulude raconte un personnage dont l'enfance et l'adolescence sont marqués chacun par un drame. En trame de fond, une cité minière où la beauté est rare, tant chez les gens que dans ce qui les entoure. On dirait que tout y est lent, comme les gros camions, et dur, comme la pierre qui explose à la mine. Dulude raconte ça sans cris, sans flafla, souvent avec des images très belles et d'autres parfois un peu alambiquées, avec tellement de flou qu'on se frotte un peu les yeux (c'est-à-dire: on relit une deuxième fois) pour bien être certain de ce qu'on a compris. Ou on relit parce que c'est tout simplement beau.
Les années 80 et 90, où les deux épisodes de la vie du personnage se passe, ajoutent une touche nostalgique de cette époque, ce qui nous permet de mettre un peu plus de couleurs dans les décors intérieurs que ceux, plus durs, de l'extérieur, qu'ils soient industriels ou forestiers.
Amiante, c'est de la dureté racontée avec douceur, et c'est là, à mon sens, où réside l'exploit. Il mérite son succès, c'est certain, mais...
J'y suis entré de travers à cause du bruit: on a beaucoup moussé son succès critique européen avant même sa sortie. Bon, on peut pas être contre le succès, surtout s'il est mérité, mais était-ce un gage de succès populaire? Puis, en le terminant, j'ai pensé à des auteurs comme Sophie Bienvenu, Jean-Christophe Réhel, ou Larry Tremblay, par exemple et je me suis demandé pourquoi ils n'avaient pas eu le même succès critique européen avant leurs sorties respectives, eux aussi.
Bref, c'est l'industrie, je sais, mais y'a un risque. Tant mieux si Amiante fait son chemin de par le monde après un départ canon. Le risque en valait la chandelle. Mais j'aimerais bien que d'autres paroles du même côté du monde que le mien puissent prendre le même chemin, en bénéficiant de la même lumière.
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