dimanche 18 janvier 2015

On ne voyait que le bonheur, par Grégoire Delacourt, éditions JC Lattès

C'est ma première lecture de cet auteur qui s'est pourtant fait connaître par d'autres titres précédant celui-là. Je lirai encore Delacourt, absolument, et très bientôt parce ce que ce livre là m'a tout simplement bouleversé. Et pas à peu près.

Qu'on me comprenne bien: j'ai entamé ce livre sans attentes. Je connaissais le nom de l'auteur et la quatrième de couverture m'a intéressé. C'est tout. Après ça, c'est une histoire, mais surtout une écriture qui ont fait le travail.

C'est l'histoire d'un homme qui raconte sa tristesse. Dit comme ça, ça n'a l'air de rien, et les adeptes du hop-là-vie ou de "choses joyeuses" ont déjà cliqué vers un nouvel URL. Pourtant, jamais n'ai-je lu la tristesse de cette façon. Comme la haine qui, dit-on, avoisine l'amour, la tristesse est jumelle du bonheur. Mais voilà, la première prend le plus souvent toute la place, et si on ne voit pas l'autre, les conséquences sont dramatiques. Comme le dit un personnage du livre :"Le bonheur, on ne le voit qu'après".

Cet homme raconte d'abord son enfance à lui, ses parents, ses soeurs, pour ensuite s'attarder à celle qui deviendra sa femme et à la famille qu'ils fonderont. De toute évidence, il y a un pattern, quelque chose comme une guigne qui suit notre bonhomme. Et pourtant, il a vécu des moments exaltants, des débuts de bonheur...

Tour ça, une telle histoire, c'est pas nouveau. Dans la première des trois parties de ce livre, l'auteur intitule les chapitres avec des chiffres ou des montants d'argent, en référence au métier d'évaluateur d'assurance du personnage principal. C'est d'ailleurs une des raisons qui lui fait expliquer son "non-amour", une certaine froideur. Pas nouveau comme histoire, non, mais quelle façon d'en parler, quel phrasé! Sans tomber dans aucun style d'écriture ampoulé, sentimentalo-quelque chose ou ironique, Delacourt donne l'impression d'écrire doucement. Parce qu'il s'agit d'une histoire dure. Une des scènes, d'ailleurs, fait basculer le livre presqu'en plein milieu. Jamais je ne l'ai vue venir. Forte, cette scène vous fait un peu perdre le souffle à titre de lecteur, exactement comme pour les personnages. Mais la façon dont c'est amené vous fait vous rendre compte qu'inévitablement, vous serez encore surpris, malgré le sentiment ambiant qui reste le même tout au long du livre. Et en effet, avec la troisième partie, vous êtes soufflé à nouveau.
Dur, donc, triste, oui, mais dans tout ce que "triste et beau" a de vrai, ce livre est superbement réussi. Personnellement, j'ai souvent pris des pauses à sa lecture pour reprendre mon souffle, et je ne cache pas qu'en le terminant, parce que la fin est aussi forte que le livre, j'ai dû prendre deux ou trois grande respirations pour ne pas trop montrer à mes voisins dans l'autobus combien j'étais ému... en fait, j'étais catapulté. S'il est une toute petite corde que peu réussissent à saisir pour me faire vivre des émotions fortes, Grégoire Delacourt est venu la saisir avec ce livre.

Grande écriture par sa simplicité, fine expression des sentiments, voix justes, réaliste mais touchant: il faut lire Delacourt... enfin, je ne peux pas (encore) juger de ses autres oeuvres, mais On ne voyait que le bonheur est, pour ma part, un vrai grand livre.

1 commentaire:

Marie-Claude Rioux a dit…

J'avais lu «La liste de mes envies». Un gros bof! Un roman doudou qui se prend bien, mais s'oublie rapidement. Puis est arrivé «On ne voyait que le bonheur». Une excellente découverte. Si tu as envie de savoir ce que j'en ai pensé, c'est là:
http://hopsouslacouette.blogspot.ca/2014/09/la-lumiere-au-bout-du-tunnel.html