dimanche 8 mai 2011

Matin et soir, par Jon Fosse, Éditions Circé


Titre bien choisi, Matin et soir résume deux épisodes dans la vie d'un seul personnage. Plus qu'un roman, parlons plutôt d'un tableau. Touchant, beau, jamais peut-être n'ai-je lu quelque chose d'aussi silencieux.

Matin et soir est un voyage au sein des émotions. C'est entrer à l'intérieur de la vie, se la faire expliquer par un cahier d'images poétiques. Fosse est un Norvégien dont il ne s'agit que du troisième titre à avoir été écrit en français. Il décrit un coin de Norvège qui vaut à lui seul le dépaysement.

Dans Matin et soir, Fosse fait abstraction de tout ce qui n'est pas la vie. Il déstabilise en montrant un homme à l'état brut, dans son essence d'homme qui aime, croît, regarde, constate.

Si ce livre était un tableau, je le dirais hyper-réaliste. Si premières pages sont déconcertantes, on comprend plus tard à quoi Fosse fait référence, on saisit là où il est, puis on embarque avec lui dans un roman sans bruits, vraiment, sans pression mais dense, très dense, avec une langue accessible, simple qui rejoindra n'importe quel lecteur.

Amateurs de polars s'abstenir. Les scandinaves ont, d'après moi, beaucoup souffert d'avoir été réduits à des romans policiers populaires. Il y a, dans cette partie du monde, une manière d'écrire tout à fait particulière que ne me lasse pas de découvrir et qui me jette par terre à chaque fois. Je vois une aurore boréale, un hiver long penché sur une histoire, un été sans nuit passé à profiter de la lumière. Vraiment incroyable comme écriture.

Un livre aussi fort que le silence d'une foule, aussi puissant qu'une cathédrale millénaire et aussi simple que le soleil qui se lève et qui se couche.

J'ai terminé Matin et soir attablé à un café, complètement bouleversé, fortement ému, avec la sensation d'avoir vécu quelque-chose de fort et de très beau.

J'espère lire encore Jon Fosse. Jusqu'ici, l'air scandinave me va très bien, bien assez pour recommander chaudement de vous procurer Matin et soir pour les mêmes raisons que Rosa Candida, un peu plus tôt cette année. Vous y découvrirez quelque chose d'aussi beau, qui vous fera autant de bien, mais avec moins de couleurs et le seul son de votre pulsation cardiaque pour vous accompagner.

Renversant.

2 commentaires:

Marie-Claude Rioux a dit…

Bon... Encore un livre qui m'interpelle... Ton billet inspiré m'inspire!

Anonyme a dit…

Je suis heureux de lire que vous avez aimé ce roman !
Terje Sinding
(traducteur de Jon Fosse)