dimanche 9 janvier 2011

Si la tendance se maintient, par Pierre-Marc Drouin, Éditions Québec-Amérique


Les éléments, les étoiles, le hasard et autres aléas de la vie font que les romans québécois que j'ai parcouru, ces derniers temps, tombent dans un pattern commun. Je parlerais ici de "livres de gars", pas tant dans le sens macho du terme que de celui de l'anecdote. Voyons le portrait de l'écrivain type du livre de gars québécois des années 2000: dans la vingtaine ou la jeune trentaine, l'auteur chronique les frasques rêvées ou autobiographiques d'un mec le plus souvent tourmenté socialement, mais pour qui les éléments de reconnaissances sociales donnent au roman tout son caractère irréel. Généralement, le gars ne se fait pas trop chier sexuellement, côté fric: pas trop de problèmes non plus. Restent de bien grandes questions existentielles à régler.

Or chacun possède son caractère propre. Celui-là a la particularité de raconter ses frasques en suivant un modèle historique. Mais voilà, le sacripant sait être original. La trame des titres de ses chapitres suit des événements reliés à l'histoire du Québec moderne, ce qui n'est pas sans retenir notre attention.

Et l'histoire suit son cours: enfance difficile, divorce de parents, amis malhabiles, amours incohérentes. L'écriture est simple, bonne bien qu'elle s'égare parfois entre style populaire et littéraire. Mais rien de désagréable. On sourira parfois des remarques d'un personnage ou de la situation vécue. Vraiment, la chronique du temps est bonne. Mais là où nos sourcils se circonflèxent, c'est à la fin où, ans sa postface, Drouin nous explique son livre. C'est ainsi qu'on constatera qu'il fait de son personnage principal une métaphore du Québec contemporain. Il fait vivre à l'échelle personnelle de son personnage des sentiments ressentis à l'échelle collective du Québec à travers l'histoire récente. Intéressant, mais était-ce essentiel d'avoir à l'expliquer, ça et le choix de l'écriture, pour l'auteur, que des études en cinéma destinaient à un autre type de création? Drôle de choix de l'éditeur qui, à mon sens, en met un peu trop. Bien sur, il s'agit d'un premier roman, mais quand même. Bien sur, on n'a pas à lire la postface, ni le commentaire de l'éditeur sur son nouveau jeune poulain. N'empêche. Tant de marketing dilue un peu la sauce et c'est dommage. Un livre, une histoire, est là pour stimuler notre imaginaire, ce que Drouin a bien sû faire avec sa seule histoire. Pas besoin d'un "making of" à la fin. Vraiment pas. Enfin, peut-être après une quinzième publication et une entrevue en profondeur avec un auteur estimé, mais après un premier roman, franchement, non.

Éditeurs, continuez à faire confiance à l'intelligence de vos lecteurs.

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