Parcours ordinaire et difficile qui se termine mal. Ceci résume ce livre et ma lecture de ce livre.
L’homme qui se raconte achève une carrière de chargé de cours universitaire. Ce spécialiste des manuscrits anciens a la soixante amère. Le monde entier lui tappe sur les nerfs. Professionnellement, c’est l’horreur. C’est guère mieux personnellement. Gay et célibataire, il crache son venin sur son tout ce qui bouge.
Les personnages gays atypiques pullulent en littérature et celui-là est du lot, mais je le mettrais au-dessus de la pile. L’auteur lui donne une parole d’une condescendance hallucinante, avec des phrases interminables et des mots choisis d’un lyrisme assommant. Au début, on se dit que la figure de style fera son temps, mais non. Tout le livre est écrit dans ce genre pédant et amer. Parfois, on sourit. Tant d’aigreur donne souvent de drôles d’images. Mais bon…
Ce gars qui se voit flétrir porte autant d’attention à l’allure des autres qu’à la sienne. Jamais n’aie-je lu autant de descriptions physiques aussi détaillées. Un gars au gym ser décrit sur 2 pages, une collègue de travail passera au tordeur sur plus encore, et le malaise est immense.
Aux trois-quart du livre, une situation fera espérer une enquête, mais la fin tragique en accéléré laisse pantois. J’ai terminé L’irréparable, dans un état désagréable de « tout ça pour ça ».
Attentes non rencontrées. Décevant.
#editions_heliotrope #litteraturequebecoise #livrequebecois #jelisquebecois #instalivres #bookstagramqc
lundi 10 février 2025
dimanche 2 février 2025
Moi, ce que j'aime, c'est les monstres, livre deuxième, par Emil Ferris, éditions Monsieur Toussaint Louverture
Il faut inévitablement être confortable pour lire un aussi gros livre. Malgré tout, il nous coupera un peu la cuisse ou nous fatiguera le bras qui le retient. Mais ça dure à peine le temps d'une page, parce qu'à sa lecture, on est ailleurs le temps de le dire, et on oublie tout, même nous petites douleurs.
C'est fou combien les dessins d'Emil Ferris sont beaux. Ce faux cahier de croquis aux dessins remplis d'ombres me captive. J'ai lu et parcouru des yeux ce deuxième tôme goutte à goutte, lentement, par épisodes, avec délectation.
Au-delà des dessins fabuleux, l'histoire racontée est encore plus remarquable. Avec le Chicago des années 1960 pour décor, Ferris fait vivre à son héroïne des aventures rocambolesques à travers une galerie de personnages bouleversants, déstabilisants et merveilleux. Ce sont ces personnages qui m'ont fasciné le plus. L'action se passe dans le monde interlope et mafieux d'un quartier où les monstres existent dans le regard de ceux qui les côtoient, à commencer par l'héroïne elle-même, qui se voit comme un monstre. Et que dire de son frère...
Dans ce 2e tôme, plus encore que dans le premier, l'autrice plonge dans le non-conventionnel. Celles et ceux qui sont vus comme des monstres sont en fait les plus beaux personnages, alors que ce sont ceux qui les jugent qui sont les vraies horreurs. On est beaucoup dans le "celui qui le dit, c'est lui qui l'est".
Et que dire de l'art dont il est beaucoup question dans ce livre. De fréquentes scènes qui se dérouent au musée d'art de la ville m'ont fait découvrir des artistes américains du 20e siècle que je ne connaissais pas. En plus d'une histoire enlevante, l'autrice nous emmène à googler à tout bout de champ pour découvrir tel tableau ou tel artiste, et chaque fois, c'est hyper intéressant.
Emil Ferris aime ses monstres, leur environnement glauque, leurs vulnérabilités mais aussi, et surtout, l'immense courage qui les fait s'accepter comme ils sont. L'oeuvre de cette autrice est on ne peut plus actuelle et essentielle. Moi, en tout cas, je l'adore, et je suis très heureux de savoir qu'il y aura un autre tôme qui suivra celui-là.
Si vous n'avez pas lu le premier tôme, je le recommande fortement avant la lecture du premier. Il est tout aussi beau, fantastique et brumeux que le deuxième, que vous aurez certainement envie de lire à la suite du premier.
Quelle oeuvre magistrale.
Au-delà des dessins fabuleux, l'histoire racontée est encore plus remarquable. Avec le Chicago des années 1960 pour décor, Ferris fait vivre à son héroïne des aventures rocambolesques à travers une galerie de personnages bouleversants, déstabilisants et merveilleux. Ce sont ces personnages qui m'ont fasciné le plus. L'action se passe dans le monde interlope et mafieux d'un quartier où les monstres existent dans le regard de ceux qui les côtoient, à commencer par l'héroïne elle-même, qui se voit comme un monstre. Et que dire de son frère...
Dans ce 2e tôme, plus encore que dans le premier, l'autrice plonge dans le non-conventionnel. Celles et ceux qui sont vus comme des monstres sont en fait les plus beaux personnages, alors que ce sont ceux qui les jugent qui sont les vraies horreurs. On est beaucoup dans le "celui qui le dit, c'est lui qui l'est".
Et que dire de l'art dont il est beaucoup question dans ce livre. De fréquentes scènes qui se dérouent au musée d'art de la ville m'ont fait découvrir des artistes américains du 20e siècle que je ne connaissais pas. En plus d'une histoire enlevante, l'autrice nous emmène à googler à tout bout de champ pour découvrir tel tableau ou tel artiste, et chaque fois, c'est hyper intéressant.
Emil Ferris aime ses monstres, leur environnement glauque, leurs vulnérabilités mais aussi, et surtout, l'immense courage qui les fait s'accepter comme ils sont. L'oeuvre de cette autrice est on ne peut plus actuelle et essentielle. Moi, en tout cas, je l'adore, et je suis très heureux de savoir qu'il y aura un autre tôme qui suivra celui-là.
Si vous n'avez pas lu le premier tôme, je le recommande fortement avant la lecture du premier. Il est tout aussi beau, fantastique et brumeux que le deuxième, que vous aurez certainement envie de lire à la suite du premier.
Quelle oeuvre magistrale.
dimanche 19 janvier 2025
Ordures! Journal d'un vidangeur, par Simon Paré-Poupart, Lux éditeur
Le livre a été difficile à se procurer. Indisponible dans plusieurs librairies de la ville pendant longtemps, c'était bon signe. Le lire a été un vrai plaisir.
Avec Ordures!, Simon Paré-Poupart est d'abord chroniqueur. Il raconte les aléas du métier de vidangeur dans la région monréalaise. On imagine le métier difficile, et on n'imagine pas qu'on puisse l'apprécier. L'auteur casse ce préjugé. Certains s'attachent à cette tâche. Les raisons sont diverses parce que les personnages qui exercent le métier sont, eux aussi, diversifiés. L'auteur dresse une liste époustouflante de portraits d'ébouheurs, vidangeurs, helpers, appelez-les comme vous voulez. On est ici dans la marge de la société, oui, et il est rare qu'on nous raconte avec autant d'aplomb ce monde qui prend rarement la parole.
En lisant Ordures!, je me suis senti comme lorsque je lisais mes premiers bouquins sur la nature sauvage ou sur des pays étrangers. Je découvrais un monde nouveau, tout en réalisant que ça existait vraiment. C'est le cas ici. Ce monde que je ne connais pas se déploie juste à côté de moi, dans ma rue, dans ma ville. Il faut lire un livre comme celui-là pour constater à quel point nous vivons dans des bulles étanches.
L'autre tour de force de Paré-Poupart, c'est de faire aussi de son livre un essai où ses prises de position sont tout à fait à propos. D'abord, pour son monde à lui, celui de ses collègues de travail, un monde pour qui il réclame un respect bien mérité, surtout après l'avoir aussi bien présenté.
Ensuite, il faut souligner son regard perçant sur le monde des déchets, et par le fait même, sur notre société dont le modèle repose sur la consommation non-stop. Ses réflexions sont percutantes, mais aussi, indiscutables: le gars sait de quoi il parle. Une telle parole possède une valeur que des personnages politiques et publics ont perdu. Des arguments aussi concrets font du bien, d'autant plus que c'est très bien raconté. Vivement d'autres auteurs comme celui-là pour nous raconter ce que nous sommes. Vivement d'autres prises de parole de Simon Paré-Poupart.
Avec Ordures!, Simon Paré-Poupart est d'abord chroniqueur. Il raconte les aléas du métier de vidangeur dans la région monréalaise. On imagine le métier difficile, et on n'imagine pas qu'on puisse l'apprécier. L'auteur casse ce préjugé. Certains s'attachent à cette tâche. Les raisons sont diverses parce que les personnages qui exercent le métier sont, eux aussi, diversifiés. L'auteur dresse une liste époustouflante de portraits d'ébouheurs, vidangeurs, helpers, appelez-les comme vous voulez. On est ici dans la marge de la société, oui, et il est rare qu'on nous raconte avec autant d'aplomb ce monde qui prend rarement la parole.
En lisant Ordures!, je me suis senti comme lorsque je lisais mes premiers bouquins sur la nature sauvage ou sur des pays étrangers. Je découvrais un monde nouveau, tout en réalisant que ça existait vraiment. C'est le cas ici. Ce monde que je ne connais pas se déploie juste à côté de moi, dans ma rue, dans ma ville. Il faut lire un livre comme celui-là pour constater à quel point nous vivons dans des bulles étanches.
L'autre tour de force de Paré-Poupart, c'est de faire aussi de son livre un essai où ses prises de position sont tout à fait à propos. D'abord, pour son monde à lui, celui de ses collègues de travail, un monde pour qui il réclame un respect bien mérité, surtout après l'avoir aussi bien présenté.
Ensuite, il faut souligner son regard perçant sur le monde des déchets, et par le fait même, sur notre société dont le modèle repose sur la consommation non-stop. Ses réflexions sont percutantes, mais aussi, indiscutables: le gars sait de quoi il parle. Une telle parole possède une valeur que des personnages politiques et publics ont perdu. Des arguments aussi concrets font du bien, d'autant plus que c'est très bien raconté. Vivement d'autres auteurs comme celui-là pour nous raconter ce que nous sommes. Vivement d'autres prises de parole de Simon Paré-Poupart.
samedi 11 janvier 2025
Madeleine et moi, par Marc Séguin, Leméac éditeur
Marc Séguin parle au "je" en nous introduisant un essai sur le monde de l'art contemporain par le récit d'un coup de foudre ressenti pour l'oeuvre du peintre Ozias Leduc, décédé en 1955. Qu'un artiste actuel s'intéresse à un autre donc les oeuvres les plus connues ornent des églises a de quoi étonner. C'est cette rencontre qui m'a intrigué. Elle cachait autre chose, qui s'est avéré tout aussi intéressant, sinon plus.
Séguin utilise ce prétexte, qui a tout pour soulever la stupéfaction de ses pairs du milieu artistique, pour justement parler du milieu des arts de notre époque. En fait, l'auteur nous parle de son métier / vocation / art, appelez ça comme vous voudrez. Les techniques, les contraintes, les doutes, les accomplissements: c'est un véritable reportage sur la création. Pour qui, comme moi, s'y connaît peu, c'est vraiment passionnant, d'autant plus qu'il porte un regard très lucide sur tout ce qui entoure sa vie d'artiste.
Là aussi, toutes les émotions sont au rendez-vous. On perçoit une certaine amertume envers des aspects du marché de l'art, des questionnements sur son enseignement, mais aussi une admiration respectueuse envers des professions connexes, comme par exemple pour un historien de l'art ou des conservateurs.
La force de cette oeuvre est sa capacité à vulgariser un sujet qu'on trouve trop souvent hors de notre portée, lorsque des artistes semblent se parler entre eux. Ici, le ton de Séguin est celui du gars qui te raconte sa job et son monde à travers des anecdotes et des bribes de sa vie récente.
Et comme, au bout du compte, cette vie et cet art font de lui ce qu'il est, il nous séduit en nous racontant sa passion pour un autre peintre, et son obsession pour une de ses oeuvres en particulier. C'est alors qu'un autre talent de Marc Séguin, celui de conteur, entre en jeu, et l'histoire nous empreigne juste assez pour qu'on ressente son coup de foudre.
Belle découverte que ce court essai.
Séguin utilise ce prétexte, qui a tout pour soulever la stupéfaction de ses pairs du milieu artistique, pour justement parler du milieu des arts de notre époque. En fait, l'auteur nous parle de son métier / vocation / art, appelez ça comme vous voudrez. Les techniques, les contraintes, les doutes, les accomplissements: c'est un véritable reportage sur la création. Pour qui, comme moi, s'y connaît peu, c'est vraiment passionnant, d'autant plus qu'il porte un regard très lucide sur tout ce qui entoure sa vie d'artiste.
Là aussi, toutes les émotions sont au rendez-vous. On perçoit une certaine amertume envers des aspects du marché de l'art, des questionnements sur son enseignement, mais aussi une admiration respectueuse envers des professions connexes, comme par exemple pour un historien de l'art ou des conservateurs.
La force de cette oeuvre est sa capacité à vulgariser un sujet qu'on trouve trop souvent hors de notre portée, lorsque des artistes semblent se parler entre eux. Ici, le ton de Séguin est celui du gars qui te raconte sa job et son monde à travers des anecdotes et des bribes de sa vie récente.
Et comme, au bout du compte, cette vie et cet art font de lui ce qu'il est, il nous séduit en nous racontant sa passion pour un autre peintre, et son obsession pour une de ses oeuvres en particulier. C'est alors qu'un autre talent de Marc Séguin, celui de conteur, entre en jeu, et l'histoire nous empreigne juste assez pour qu'on ressente son coup de foudre.
Belle découverte que ce court essai.
lundi 30 décembre 2024
Je travaille dans le bruit, par Yannick, Marcoux, éditions XYZ
Attention, alerte au coup de foudre. Déjà que le livre commence avec un code QR qui nous mène à une trame sonore proposée pour la lecture du livre, je croyais rêver. Enfin, un auteur avait compris mon penchant pour les accords musique/mots. Je n'étais pas seul!
Puis, très tôt, on sait qu'on est en plein dans la musique, les ambiances sonores, les lieux de rencontre, les exutoires et les plaisirs. Subversif pour notre temps, ce roman est à l'inverse de notre société hyper visuelle. Ici, le décor est minimal, mais l'ambiance est à son maximum. Les descriptions de musiques, de sons et de shows atteignent des hauteurs que j'ai rarement exploré en lisant. Adeptes de sans alcool et de cooconing à la maison devant votre écran pour une série télé, ne manquez pas ce livre, car vous serez totalement dépaysés: c'est l'exact contraire de votre vie.
Yannick Marcoux raconte un barman, sa profession, ses horaires, sa vie sociale, ses interactions, son environnement. Déjà, juste pour ça, c'est pasionnant, parce que le portrait est empreint de respect. Ses descriptions vont au-delà des idées reçues du personnage à la vie dissolue qu'on s'en fait habituellement. Oui, la vie est toute autre. Oui, il y a de l'alcool et, comme on se rapporte à il y a quelques années, il y a de la fumée. On se couche tard, la vie sociale se mèle à la vie professionnelle, mais la beauté de ce livre, ce sont ses portraits d'humains. Des clients habitués aux membres du personnel qui tiennent quasiment de la légende, Marcoux peint une galerie de personnages passionnants et aussi beaux les uns que les autres.
Ici, le méchant, c'est le temps, qui avance inexorablement, tant pour les personnages que pour la société. Dans ce livre, le bar montréalais, personnage central, changera au fil de son voisinage, de ses employés et de ses clients. Certains épisodes sont épiques, qu'il s'agisse d'un hold-up ou d'un spectacle.
Il faut redire que Yannick Marcoux parle de musique avec une délicatesse remarquable. J'ai été vraiment ému de sa description de pièces ou d'interprétations, de performances de musiciens sur scène ou sur disque. Ses décors sont faits de notes et d'odeurs. La bière donne soif et le bruit enveloppe, malgré les excès de chacun, que l'auteur décrit avec des mots justes, dans une langue facile à lire, qui coule aussi facilement qu'un fut dans une choppe ou qu'une mélodie d'un instrument.
Lire ce livre est une succession de beaux moments, souvent touchants, jamais ennuyants, d'un monde trop souvent mal aimé, mais tellement nécessaire. Superbe, et très réussi!
Puis, très tôt, on sait qu'on est en plein dans la musique, les ambiances sonores, les lieux de rencontre, les exutoires et les plaisirs. Subversif pour notre temps, ce roman est à l'inverse de notre société hyper visuelle. Ici, le décor est minimal, mais l'ambiance est à son maximum. Les descriptions de musiques, de sons et de shows atteignent des hauteurs que j'ai rarement exploré en lisant. Adeptes de sans alcool et de cooconing à la maison devant votre écran pour une série télé, ne manquez pas ce livre, car vous serez totalement dépaysés: c'est l'exact contraire de votre vie.
Yannick Marcoux raconte un barman, sa profession, ses horaires, sa vie sociale, ses interactions, son environnement. Déjà, juste pour ça, c'est pasionnant, parce que le portrait est empreint de respect. Ses descriptions vont au-delà des idées reçues du personnage à la vie dissolue qu'on s'en fait habituellement. Oui, la vie est toute autre. Oui, il y a de l'alcool et, comme on se rapporte à il y a quelques années, il y a de la fumée. On se couche tard, la vie sociale se mèle à la vie professionnelle, mais la beauté de ce livre, ce sont ses portraits d'humains. Des clients habitués aux membres du personnel qui tiennent quasiment de la légende, Marcoux peint une galerie de personnages passionnants et aussi beaux les uns que les autres.
Ici, le méchant, c'est le temps, qui avance inexorablement, tant pour les personnages que pour la société. Dans ce livre, le bar montréalais, personnage central, changera au fil de son voisinage, de ses employés et de ses clients. Certains épisodes sont épiques, qu'il s'agisse d'un hold-up ou d'un spectacle.
Il faut redire que Yannick Marcoux parle de musique avec une délicatesse remarquable. J'ai été vraiment ému de sa description de pièces ou d'interprétations, de performances de musiciens sur scène ou sur disque. Ses décors sont faits de notes et d'odeurs. La bière donne soif et le bruit enveloppe, malgré les excès de chacun, que l'auteur décrit avec des mots justes, dans une langue facile à lire, qui coule aussi facilement qu'un fut dans une choppe ou qu'une mélodie d'un instrument.
Lire ce livre est une succession de beaux moments, souvent touchants, jamais ennuyants, d'un monde trop souvent mal aimé, mais tellement nécessaire. Superbe, et très réussi!
mardi 17 décembre 2024
La part de l'océan, de Dominique Fortier, éditions Alto
C'est mon premier Dominique Fortier. Les thèmes de ses livres précédents ne m'appelaient pas, mais je reconnaissais la grande autrice par tout ce que je lisais sur elle. Cette fois, le thème m'a plu: Herman Melville est en train d'écrire Moby Dick et il en parle avec son ami, Nathaniel Hawthorne.
Fortier nous emmène rapidement au-delà des simples conversations entre auteurs. Chacun admire l'autre et pour Melville, c'est bien plus que de l'admiration qu'il éprouve pour son ami. On parle d'obsession, d'un besoin, de quelque chose d'aussi malsain que de superbe, de violent et de tendre. Ajoutez le décor du 19e sièce, la Nouvelle-Angleterre, et vous avez un tableau parfait pour... mais c'est pas tout à fait ça.
/br> À cette histoire, l'autrice en mèle une autre, personnelle, avec un personnage, un écrivain, avec qui elle vit le même type d'admiration commune.
Sans avoir rien lu d'elle, je crois être entré dans le monde de Dominique Fortier avec un vent de face. Ce livre m'a demandé du travail. J'étais sur le point de décrocher que je raccrochais avec un instant sublime. Puis, je décrochais encore, et ainsi de suite.
Faut dire que l'autrice nous fait naviguer sur plusieurs eaux en même temps, entre son histoire personnelle, celle, passionnante, des deux auteurs américains, mais aussi de celle de la femme de Melville, solitaire dans un monde de mots et de gens, en plus des humeurs imprévisibles de son mari, et de tout ce qui se passe autour d'eux.
C'est sans doute un livre sur l'écriture, ce qu'est écrire, pourquoi on le fait, mais aussi, surtout, pour qui. Comme une huitre difficile à ouvrir, La part de l'océan contient des perles. Les passions décrites sont fortes, superbes et parfois incompréhensibles. C'est beau, mais comme aimer sans savoir si on est aimé en retour, c'est parfois difficile.
Fortier nous emmène rapidement au-delà des simples conversations entre auteurs. Chacun admire l'autre et pour Melville, c'est bien plus que de l'admiration qu'il éprouve pour son ami. On parle d'obsession, d'un besoin, de quelque chose d'aussi malsain que de superbe, de violent et de tendre. Ajoutez le décor du 19e sièce, la Nouvelle-Angleterre, et vous avez un tableau parfait pour... mais c'est pas tout à fait ça.
/br> À cette histoire, l'autrice en mèle une autre, personnelle, avec un personnage, un écrivain, avec qui elle vit le même type d'admiration commune.
Sans avoir rien lu d'elle, je crois être entré dans le monde de Dominique Fortier avec un vent de face. Ce livre m'a demandé du travail. J'étais sur le point de décrocher que je raccrochais avec un instant sublime. Puis, je décrochais encore, et ainsi de suite.
Faut dire que l'autrice nous fait naviguer sur plusieurs eaux en même temps, entre son histoire personnelle, celle, passionnante, des deux auteurs américains, mais aussi de celle de la femme de Melville, solitaire dans un monde de mots et de gens, en plus des humeurs imprévisibles de son mari, et de tout ce qui se passe autour d'eux.
C'est sans doute un livre sur l'écriture, ce qu'est écrire, pourquoi on le fait, mais aussi, surtout, pour qui. Comme une huitre difficile à ouvrir, La part de l'océan contient des perles. Les passions décrites sont fortes, superbes et parfois incompréhensibles. C'est beau, mais comme aimer sans savoir si on est aimé en retour, c'est parfois difficile.
mardi 26 novembre 2024
Oiseaux de passage, par Fernando Aramburu, éditions Actes Sud
Le gars décide qu'il mourra dans un an, à une date précise. Il lui reste donc un an. Le livre est l'histoire de cette année, mois par mois, entremêlée de flashbacks de la vie du narrateur.
Prof au secondaire avec une vie plus qu'ordinaire, la plupart de ses relations ont été désastreuse. Ce fut l'horreur avec son ex, son frère, son père (classique), mais aussi son fils, avec qui la relation est franchement pathétique. Reste peut-être sa mère, mais aussi, et surtout, un ami qui pend une place importante dans cette dernière année de vie, ainsi qu'une autre ex (avant la mère de son enfant), qui s'immice joliment vers la fin.
Autre personnage important: la ville. Cette histoire se passe à Madrid. On en sort à peine. L'auteur la parcourre en tout sens. Côté dépaysement, c'est parfait et trèes réussi.
J'ai peu lu d'auteurs espagnols, sauf Eduardo Mendoza, dont j'adore les sarcasmes et les situations dérisoires. J'ai reconnu beaucoup de ça avec Aramburu. Son narrateur parle des autres et de lui avec beaucoup d'ironie. Avec son ami, ils critiquent autant la société espagnole que leurs propres vies ordinaires, avec énormément d'autodérision. C'est là toute la saveur de ce livre, qui, fort heureusement, a réussi à passer par dessus son côté plus déplaisant: son machisme. Ce n'est rien de fort ni de violent, mais un genre de constante qui fait passer les personnages féminins pour hyper-sensibles ou folles, et quelques remarques un peu bébêtes. Bien sur, ça contribue souvent à donner un certain ton à l'histoire, mais à force, il y a plusieurs cas, dans ces quelque 600 pages où j'ai trouvé que l'auteur poussait un peu fort.
Culturel? No sé. Peut-être, mais c'est un raccourci qui me semble facile. Reste que le machisme ordinaire crée des situations ou des impressions qui se racontent bien, faut l'admettre. Volontaire ou pas? Je ne sais pas, pour n'avoir rien lu d'autre d'Aramburu.
Au-delà de ça, Oiseaux de passages a été un bon séjour à Madrid, dont la fin touchante ne laisse pas indifférent. C'est une belle diversion de mes lectures habituelles.
Prof au secondaire avec une vie plus qu'ordinaire, la plupart de ses relations ont été désastreuse. Ce fut l'horreur avec son ex, son frère, son père (classique), mais aussi son fils, avec qui la relation est franchement pathétique. Reste peut-être sa mère, mais aussi, et surtout, un ami qui pend une place importante dans cette dernière année de vie, ainsi qu'une autre ex (avant la mère de son enfant), qui s'immice joliment vers la fin.
Autre personnage important: la ville. Cette histoire se passe à Madrid. On en sort à peine. L'auteur la parcourre en tout sens. Côté dépaysement, c'est parfait et trèes réussi.
J'ai peu lu d'auteurs espagnols, sauf Eduardo Mendoza, dont j'adore les sarcasmes et les situations dérisoires. J'ai reconnu beaucoup de ça avec Aramburu. Son narrateur parle des autres et de lui avec beaucoup d'ironie. Avec son ami, ils critiquent autant la société espagnole que leurs propres vies ordinaires, avec énormément d'autodérision. C'est là toute la saveur de ce livre, qui, fort heureusement, a réussi à passer par dessus son côté plus déplaisant: son machisme. Ce n'est rien de fort ni de violent, mais un genre de constante qui fait passer les personnages féminins pour hyper-sensibles ou folles, et quelques remarques un peu bébêtes. Bien sur, ça contribue souvent à donner un certain ton à l'histoire, mais à force, il y a plusieurs cas, dans ces quelque 600 pages où j'ai trouvé que l'auteur poussait un peu fort.
Culturel? No sé. Peut-être, mais c'est un raccourci qui me semble facile. Reste que le machisme ordinaire crée des situations ou des impressions qui se racontent bien, faut l'admettre. Volontaire ou pas? Je ne sais pas, pour n'avoir rien lu d'autre d'Aramburu.
Au-delà de ça, Oiseaux de passages a été un bon séjour à Madrid, dont la fin touchante ne laisse pas indifférent. C'est une belle diversion de mes lectures habituelles.
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