C'est rare que je laisse aussi peu de temps entre deux bouquins d'une même série. C'est même rare que je me tape une série. Mais on dirait bien que je lirai encore Knaussgard, bien qu'au bout de ce deuxième tome, je n'ai toujours aucune explication rationnelle à donner sur le pourquoi de mon amour pour ces livres. Mais pourtant, tiens, si un troisième était traduit en français, je le commencerais dès maintenant.
La première scène nous remet dans le bain de La mort d'un père, le premier livre où cet écrivain norvégien se raconte. Il arrive de vacances avec se petite famille, soit trois enfants en bas âge, et sa compagne. Ils font une halte dans un genre de foire estivale de bord d'autoroute. Il fait chaud, ils sont fatigués, les enfants s'énervent à rien, elle est irritable et lui qui décrit tout ça, se demande ce qu'il fait là, pourquoi il s'est embarqué là-dedans, si c'est vraiment ça, sa vie. Avec lui, on n'en peut plus. Il dit tout haut ce que d'aucuns ont tellement l'impression de penser tout bas. Puis, un peu plus loin, il prend une de ses filles dans ses bras et lui dit qu'elle est ce qui compte le plus au monde pour lui. Paf! Revirement. Et on est encore avec lui parce que bon, hein, quand même, comment ne pas aimer une enfant innocente?
Knaussgard est tellement réaliste que même ses sautes d'humeur sont faciles à suivre. Sa narration de sa vie de famille, de celle des gens de son entourage, des milieux littéraires dont on ne connaît à peu près personne, tout francophones que nous sommes, tout ça coule de source. Knaussgard est une caméra de surveillance pour lui-même. Il se voit très clairement, et ce qu'il nous montre n'a pas de secrets, absolument aucun. On connaît, parce que ça nous ressemble.
Le reste des quelque 800 pages d'Un homme... tourne autour des années où l'auteur a fait la connaissance de Linda, celle qui deviendra la mère de ses enfants. À travers les yeux de son amoureux, on en viendra tellement à connaître cette femme qu'on l'adorera aussi souvent qu'elle nous tapera fortement sur les nerfs. Et que dire de ses parents à elle...
"Mais c'est du voyeurisme, la transcription d'une téléréalité" direz-vous. Eh bien non. Au premier livre, j'avais cette impression, mais plus maintenant. Knaussgard raconte bel et bien une histoire, et c'est là toute sa force. Il fait de sa vie, qu'il ne cesse de qualifier de banale, d'ordinaire, voir parfois de ratée, une sacrée bonne histoire. Lire Knaussgard, c'est se rendre que tout est racontable, et aussi et surtout, que la réalité est "regardable". Knaussgard ne maquille rien. C'est le pourfendeur des faux-semblants et de la tyrannie du bonheur à tout prix. Pas que tout soit morne et triste dans la Suède du Norvégien, pas du tout. Il y a parfois de grands moments de bonheur et d'hilarité. Mais il n'y a aucun squelette dans les placards ni rien de caché sous les tapis et de lire ça, franchement, ça fait un bien immense.
Hyper-réaliste à certains passages, Un homme... contient par exemple la description d'un accouchement qui s'étend bien sur une trentaine de pages. C'est, à mon sens, une des meilleures que je n'aie jamais lues. Et ce n'est là qu'un exemple tiré d'une quantité de scènes beaucoup plus "vie quotidienne" où on se trouve fasciné... d'être fasciné. Pour ma part, en tout cas, lire Knaussgard m'apaise, mais non, je ne le recommanderais pas à n'importe qui. Je crois qu'il faut avoir une bonne part de contemplatif en soi pour apprécier de regarder un miroir aussi longtemps...
Mon seul bémol est tout autre et peut-être spécifique à mon coin de planète. Vrai que le bouquin fait presque 800 pages, mais faut-il vraiment le vendre aussi cher? J'hésite entre "honteux" et "triste", sachant qu'au prix où je me le suis procuré, quantité de lecteurs potentiels passeront, ou attendront tout bonnement de le retrouver dans une librairie de livres usagés. Bon, d'accord, rien n'est gratuit, mais quand même...
Reste qu'Un homme amoureux n'a rien de l'eau de rose que suggère son titre. Et si vous ne l'avez pas déjà lu, commencez par La mort d'un père. Si vous avec aimé, mettez la main dès que possible sur sa suite. Du bonbon.
lundi 27 avril 2015
dimanche 29 mars 2015
Roman avec cocaïne, de M. Aguéev, éditions Belfond
Un adolescent raconte sa vie dans le Moscou de 1917. Si vous pensez à quelque chose de terne, de classique ou de poussif, vous faites totalement fausse-route. Ce livre est saisissant, son ton est exceptionnel et son texte d'une rare intelligence. Je ne me rappelle plus la dernière fois où j'ai fait une telle découverte.
J'ai bien cherché sur l'auteur. Ce M. Aguéev est bien décrit en préface du livre. Rien n'est équivalent ailleurs sur internet. À tout le moins cette brève description vous mettra au parfum et titillera certainement votre curiosité. J'avoue que cet aura de mystère sur un auteur pratiquement inconnu ajoute au livre, parce que cette fois plus que n'importe quelle autre, on peut qualifier un ouvrage de "sorti de nulle part". Quelle belle initiative des éditions Belfond!
Bon, d'accord, le titre vous rebute. Vous, les mentions à la drogue, vous trouvez ça pas bien. D'accord, mais si vous invoquez ce seul argument pour éviter ce livre, non seulement vous faites à peu près fausse route, mais vous manquez quelque chose d'exceptionnel. Le seul premier chapitre vaux à lui seul tout le livre. L'adolescent est à son école (sans doute un lycée) et il voit arriver sa mère, venue pour payer un montant en argent, oublié par le jeune homme à la maison. Le narrateur, cet adolescent, raconte sa honte de sa mère, les non-dits, les regards fuyants, la peur du jugement des autres. La table est mise. C'est totalement bouleversant, non seulement par le contexte, mais aussi par l'écriture.
Cet Aguéev du début du dernier siècle écrit avec une limpidité rare. La langue est si belle qu'elle nous retourne, et en même temps, le propos est si clair, si transparent de naïveté et de lucidité qu'on en tombe à la renverse. On ressent facilement les sentiments du jeune home parce qu'à cet âge, on a vécu ces sentiments de la même façon. Roman d'apprentissage s'il en est un, ce livre raconte des sentiments forts vécus pour la première fois: la honte, l'amour, mais aussi, la fierté et le désespoir. Certaines scènes de concours oratoires au lycée cité précédemment sont épiques. D'autres où le jeune homme, issu d'un milieu modeste tente de faire sa place parmi d'autres jeunes issus de milieux beaucoup plus aisés sont tout aussi crédibles, forts. Qu'on ait ou non vécu de telles expériences, on y croit par le ton du narrateur. On assiste au temps où l'enfance fait place à l'âge adulte, où les amitiés laissent les affinités personnelles de côté au profit des apparences sociales. C'est dur, mais encore, je le répète, tellement bien raconté que parfois, on croirait presque lire un reportage sur la clientèle étudiante d'un établissement scolaire de notre époque.
Les dernières pages donnent sa raison d'être au titre. Sur le même mode découverte, le narrateur se fait entrainer à faire l'usage de drogue. Les descriptions de ses expériences font penser à un reportage télé où on aurait collé une caméra à l'épaule d'un personnage, le suivant minute après minute, captant tout ce qu'il ressent, tant vers le haut que vers le bas, d'une minute, d'une heure, d'un jour à l'autre. C'est absolument captivant.
Véritable découverte, Roman avec cocaïne va, à mon sens, dans la cour des Grands. J'ai peu de souvenir de mes lectures, il y a longtemps, de Dostoïevski. Je me souviens seulement m'être surpris d'être passé au travers des Frères Karamazov avec une étonnante facilité. Il faut donner à ces russes un caractère simple, très pragmatique mais beau, parce que sans censure, sans faux-semblants ni formules toutes faites.
Roman avec cocaïne est, pour qui veut sortir des sentiers battus et être charmé, à lire absolument. À vrai dire, je connais peu de gens qui n'aimeraient pas. Vraiment!
Tout simplement superbe.
J'ai bien cherché sur l'auteur. Ce M. Aguéev est bien décrit en préface du livre. Rien n'est équivalent ailleurs sur internet. À tout le moins cette brève description vous mettra au parfum et titillera certainement votre curiosité. J'avoue que cet aura de mystère sur un auteur pratiquement inconnu ajoute au livre, parce que cette fois plus que n'importe quelle autre, on peut qualifier un ouvrage de "sorti de nulle part". Quelle belle initiative des éditions Belfond!
Bon, d'accord, le titre vous rebute. Vous, les mentions à la drogue, vous trouvez ça pas bien. D'accord, mais si vous invoquez ce seul argument pour éviter ce livre, non seulement vous faites à peu près fausse route, mais vous manquez quelque chose d'exceptionnel. Le seul premier chapitre vaux à lui seul tout le livre. L'adolescent est à son école (sans doute un lycée) et il voit arriver sa mère, venue pour payer un montant en argent, oublié par le jeune homme à la maison. Le narrateur, cet adolescent, raconte sa honte de sa mère, les non-dits, les regards fuyants, la peur du jugement des autres. La table est mise. C'est totalement bouleversant, non seulement par le contexte, mais aussi par l'écriture.
Cet Aguéev du début du dernier siècle écrit avec une limpidité rare. La langue est si belle qu'elle nous retourne, et en même temps, le propos est si clair, si transparent de naïveté et de lucidité qu'on en tombe à la renverse. On ressent facilement les sentiments du jeune home parce qu'à cet âge, on a vécu ces sentiments de la même façon. Roman d'apprentissage s'il en est un, ce livre raconte des sentiments forts vécus pour la première fois: la honte, l'amour, mais aussi, la fierté et le désespoir. Certaines scènes de concours oratoires au lycée cité précédemment sont épiques. D'autres où le jeune homme, issu d'un milieu modeste tente de faire sa place parmi d'autres jeunes issus de milieux beaucoup plus aisés sont tout aussi crédibles, forts. Qu'on ait ou non vécu de telles expériences, on y croit par le ton du narrateur. On assiste au temps où l'enfance fait place à l'âge adulte, où les amitiés laissent les affinités personnelles de côté au profit des apparences sociales. C'est dur, mais encore, je le répète, tellement bien raconté que parfois, on croirait presque lire un reportage sur la clientèle étudiante d'un établissement scolaire de notre époque.
Les dernières pages donnent sa raison d'être au titre. Sur le même mode découverte, le narrateur se fait entrainer à faire l'usage de drogue. Les descriptions de ses expériences font penser à un reportage télé où on aurait collé une caméra à l'épaule d'un personnage, le suivant minute après minute, captant tout ce qu'il ressent, tant vers le haut que vers le bas, d'une minute, d'une heure, d'un jour à l'autre. C'est absolument captivant.
Véritable découverte, Roman avec cocaïne va, à mon sens, dans la cour des Grands. J'ai peu de souvenir de mes lectures, il y a longtemps, de Dostoïevski. Je me souviens seulement m'être surpris d'être passé au travers des Frères Karamazov avec une étonnante facilité. Il faut donner à ces russes un caractère simple, très pragmatique mais beau, parce que sans censure, sans faux-semblants ni formules toutes faites.
Roman avec cocaïne est, pour qui veut sortir des sentiers battus et être charmé, à lire absolument. À vrai dire, je connais peu de gens qui n'aimeraient pas. Vraiment!
Tout simplement superbe.
jeudi 26 mars 2015
Silo, par Hugh Howey, éditions Babel
Des gens vivent dans un silo de 144 étages. Ce silo est creusé sous terre. De toute évidence il est immense. Des étages contiennent des jardins, d'autres des machines, des habitations, des bureaux. Les gens qui y vivent sont là depuis plusieurs générations et n'ont d'idée du monde extérieur que ce que leur envoient des capteurs installés à l'extérieur. On voit ces images aux étages supérieures. Au loin, une ville en ruine, entourée de collines où le sable tourbillonne. Oui, on est en pleine science fiction et comme mise en scène, c'est parfait.
L'entrée en scène est exaltante. On suit d'abord le shérif du silo dont la conjointe est décédée parce que sortie dehors. Or, lui aussi sortira du silo et ne reviendra pas... Puis, on suit la mairesse du lieu, partie avec le shérif adjoint passer une personne en entrevue pour combler le poste le shérif. Qu'il soit dit que ces gens vivent littéralement dans un escalier qui relie les étages entre eux. Dans les étages du haut, on a les bureaux du maire et du shérif, un peu plus bas, ceux d'un centre de serveurs informatique, et plus on va par en bas, plus on trouve de gens qui travaillent aux mines, tout au fond, et aux machines. C'est là d'où émergera la candidate qui sera appelée à monter.
Avouez que comme métaphore, on ne pourrait être plus clair: le bas est col bleu, le haut est col blanc. Cette société très organisée doit, pour assurer son bon fonctionnement, respecter des lois strictes sur la circulation de l'information et le procréation, par exemple. On fait mention de prêtres et aussi, fait absolument pas anodin, les habitants du silo ne savent pas d'où ils viennent. On a annihilé leur passé, ce qui constitue, avec l'extérieur du silo, un sujet tabou dont la mention publique est passible de sanction grave.
Quelle excellentes prémisses. Toujours aussi peu amateur de sci-fi, me voici quand même captivé. C'est écrit de façon classique, la traduction de l'américain est honnête, mais les idées sont bonnes. Alors l'action commence. Des gens disparaissent et d'autres veulent savoir d'où on ils viennent. C'est là qu'apparait... le méchant. D'abord je me dis que c'est sans doute un cliché parce que jusqu'ici, ce livre est rempli de bonnes idées, et même si c'est "gros", c'est original. Mais ce méchant est méchant. Méchant méchant méchant, d'un genre Gargamel. Un peu plus et il fait hin hin hin le dos courbé. Ses descriptions sont sans équivoques. Pendant ce temps, la candidate venue du fond devient l'héroïne et puis boum! ça explose, tant dans l'action du livre que dans mon intérêt. Apparaissent, dans un décor où on aurait jamais cru en voir, des fusils, des gens du bas valeureux, des gens du haut soumis aux ordres. Puis viennent les gros bras, et à travers ça, l'héroïne passe à travers des épreuves où même Astérix avec potion magique aurait failli. La sci-fi est un genre, oui, mais la sci-fi américaine, du genre "fantasy" ou plutôt "roman d'anticipation" l'est encore plus. Plus j'avançais, plus je voyais les scènes de film, les dialogues s'y prêtant. Oui, l'action m'a tenu en haleine, mais parfois, devant des prouesses plutôt invraisemblables mais aussi devant de bonnes idées de personnages (les prêtres, par exemple) ou de situations peu ou pas développées, je suis devenu exaspéré. Avais-je à faire avec un roman à la Hunger Games, à quelque chose d'adolescent? Pas nécessairement, mais une chose est certaine, c'est que la formule m'a semblé toute faite, comme pour ces séries à succès. Il est un moule dont ce type de littérature, comme certains films d'action, semblent ne pas pouvoir se défaire. Pour ma part, ça noie mon imagination. Je n'aime pas présumer dès le premier tiers du livre que l'héroïne survivra, qu'elle sera vaguement amoureuse d'un autre personnage vertueux et que ses ennemis périront. Ça m'énerve. Et ce, même si, ou plutôt malgré une idée originale remarquable qui aurait pu mener à des choses, des scènes ou des situations fascinantes parce qu'imprévisibles. Pas que tout soit prévisible, dans Silo mais... faut se l'avouer, dès qu'on sait que deux autres tomes suivent, on tire rapidement certaines conclusions sur les personnages principaux.
Original dans son genre, Silo saura certainement plaire aux amateurs du genre. L'action est enlevante, le décor fabuleux mais les personnages sont un peut-être un peu faciles. Content de l'avoir lu, je m'en contenterai. Si on veut me raconter les deux livres suivants, je serai tout ouïe...et ça me suffira.
Impression de déjà vu.
L'entrée en scène est exaltante. On suit d'abord le shérif du silo dont la conjointe est décédée parce que sortie dehors. Or, lui aussi sortira du silo et ne reviendra pas... Puis, on suit la mairesse du lieu, partie avec le shérif adjoint passer une personne en entrevue pour combler le poste le shérif. Qu'il soit dit que ces gens vivent littéralement dans un escalier qui relie les étages entre eux. Dans les étages du haut, on a les bureaux du maire et du shérif, un peu plus bas, ceux d'un centre de serveurs informatique, et plus on va par en bas, plus on trouve de gens qui travaillent aux mines, tout au fond, et aux machines. C'est là d'où émergera la candidate qui sera appelée à monter.
Avouez que comme métaphore, on ne pourrait être plus clair: le bas est col bleu, le haut est col blanc. Cette société très organisée doit, pour assurer son bon fonctionnement, respecter des lois strictes sur la circulation de l'information et le procréation, par exemple. On fait mention de prêtres et aussi, fait absolument pas anodin, les habitants du silo ne savent pas d'où ils viennent. On a annihilé leur passé, ce qui constitue, avec l'extérieur du silo, un sujet tabou dont la mention publique est passible de sanction grave.
Quelle excellentes prémisses. Toujours aussi peu amateur de sci-fi, me voici quand même captivé. C'est écrit de façon classique, la traduction de l'américain est honnête, mais les idées sont bonnes. Alors l'action commence. Des gens disparaissent et d'autres veulent savoir d'où on ils viennent. C'est là qu'apparait... le méchant. D'abord je me dis que c'est sans doute un cliché parce que jusqu'ici, ce livre est rempli de bonnes idées, et même si c'est "gros", c'est original. Mais ce méchant est méchant. Méchant méchant méchant, d'un genre Gargamel. Un peu plus et il fait hin hin hin le dos courbé. Ses descriptions sont sans équivoques. Pendant ce temps, la candidate venue du fond devient l'héroïne et puis boum! ça explose, tant dans l'action du livre que dans mon intérêt. Apparaissent, dans un décor où on aurait jamais cru en voir, des fusils, des gens du bas valeureux, des gens du haut soumis aux ordres. Puis viennent les gros bras, et à travers ça, l'héroïne passe à travers des épreuves où même Astérix avec potion magique aurait failli. La sci-fi est un genre, oui, mais la sci-fi américaine, du genre "fantasy" ou plutôt "roman d'anticipation" l'est encore plus. Plus j'avançais, plus je voyais les scènes de film, les dialogues s'y prêtant. Oui, l'action m'a tenu en haleine, mais parfois, devant des prouesses plutôt invraisemblables mais aussi devant de bonnes idées de personnages (les prêtres, par exemple) ou de situations peu ou pas développées, je suis devenu exaspéré. Avais-je à faire avec un roman à la Hunger Games, à quelque chose d'adolescent? Pas nécessairement, mais une chose est certaine, c'est que la formule m'a semblé toute faite, comme pour ces séries à succès. Il est un moule dont ce type de littérature, comme certains films d'action, semblent ne pas pouvoir se défaire. Pour ma part, ça noie mon imagination. Je n'aime pas présumer dès le premier tiers du livre que l'héroïne survivra, qu'elle sera vaguement amoureuse d'un autre personnage vertueux et que ses ennemis périront. Ça m'énerve. Et ce, même si, ou plutôt malgré une idée originale remarquable qui aurait pu mener à des choses, des scènes ou des situations fascinantes parce qu'imprévisibles. Pas que tout soit prévisible, dans Silo mais... faut se l'avouer, dès qu'on sait que deux autres tomes suivent, on tire rapidement certaines conclusions sur les personnages principaux.
Original dans son genre, Silo saura certainement plaire aux amateurs du genre. L'action est enlevante, le décor fabuleux mais les personnages sont un peut-être un peu faciles. Content de l'avoir lu, je m'en contenterai. Si on veut me raconter les deux livres suivants, je serai tout ouïe...et ça me suffira.
Impression de déjà vu.
dimanche 1 mars 2015
La vie habitable, par Véronique Côté, éditions Ateliers 10, collection Documents
Le titre complet de cet ouvrage parle par lui-même: poésie en tant que combustible et désobéissances nécessaires.
On connaît sans doute tous dans nos entourages respectifs au moins une personne qui consomme, par choix ou pas, des ouvrages "pour l'inspiration". De la démarche spirituelle à l'apprentissage professionnel en passant par les sacro-saints bouquins de gestion du stress, de ses employés ou de sa vie, ces essais ou traités donnent, ose-t-on croire, des orientations. Ce sont autant de panneaux de signalisation sur les autoroutes des vies de leurs lecteurs.
Ceci dit, mis à part quelques Paul Coehlo, les gourous/experts/profs auteurs à succès se font rares. Les idées viennent et s'en vont. Les pilules font leur effet le temps d'une digestion.
Heureusement, la pharmacopée contient un rayon de produits naturels. Branchée directement sur l'humain, la série de l'équipe de la revue Nouveau Projet est en train de créer une jolie habitude au Québec, soit celle de penser autrement. Par exemple, dans ce sixième tôme de la série Documents, Véronique Côté a le courage de plaider la cause des choses qu'on prétend connaître et qu'il est de bon ton d'affirmer qu'on ne les aime pas. Ainsi en va-t-il des légumes lorsqu'on est petit, puis des suchis ou autres mets exotiques du genre en vieillissant. Puis vient la poésie. On en entend parler par-ci par-là et la première chose qu'on en sait, c'est que personne n'aime ça, alors sans se poser de questions, on ne l'aime pas, et ainsi, on est dans le ton. On est "normal".
Alors on vieillit mal, on se retrouve dans une société qui a tout mais on en veut plus, on se sent frustré parce qu'il nous manque quelque chose. Et si c'était de la poésie dont on manquait? Véronique Côté ne parle pas (nécessairement) de poèmes abstraits ou de performances à l'emporte pièce mais de quelque chose qui ressemble au calme et au moment présent. Indignée par la dénonciation de tout ce qui concerne le bien commun, par les chroniques d'opinions médiatisés qui font les choux gras des entreprises de presse, Côté lance ici un grand plaidoyer pour la vie débarrassée d'angoisses préfabriquées par des considérations économico-pragmatiques. Son beau texte incite à ne pas avoir peur ni honte de prendre le temps d'apprécier autre chose que son travail, et de penser à d'autres qu'à soi même.
Inspiré, ce texte d'à peine 90 pages contient aussi quelques questions/réponses adressées à des personnalités québécoises. Toujours une première question: dans le cadre de ce que vous êtes ou de ce que vous faites (philosophe, anthropologue, cinéaste, etc), comment définissez-vos la poésie et précisez-en l'importance. Les réponses sont diverses et stupéfiantes.
Je croyais ne pas connaître la poésie, or j'ai appris que j'étais en plein dedans... enfin pas toujours, mais comme pour Véronique Côté, j'y trouve le meilleur échappatoire, le meilleur exutoire. Pas du tout contemplatif mais porté à prendre le temps d'aimer toujours plus ce qui me construit, je m'aperçois aussi que tel n'est pas le lot de la majorité des gens, contraints par des obligations imposées par on ne sait plus qui, venues d'on ne sait plus où. Et c'est bien triste. Or, ces gens se réclament du bien commun...
Ce texte dresse un portrait de ce que pourrait être la vie si elle était plus habitable. Moi qui ne lit que peu d'essais, avec celui-là, je crois être tombé sur le bon parce que comme pour vous j'espère, je l'endosse totalement. À lire absolument, ce livre fait du bien.
On connaît sans doute tous dans nos entourages respectifs au moins une personne qui consomme, par choix ou pas, des ouvrages "pour l'inspiration". De la démarche spirituelle à l'apprentissage professionnel en passant par les sacro-saints bouquins de gestion du stress, de ses employés ou de sa vie, ces essais ou traités donnent, ose-t-on croire, des orientations. Ce sont autant de panneaux de signalisation sur les autoroutes des vies de leurs lecteurs.
Ceci dit, mis à part quelques Paul Coehlo, les gourous/experts/profs auteurs à succès se font rares. Les idées viennent et s'en vont. Les pilules font leur effet le temps d'une digestion.
Heureusement, la pharmacopée contient un rayon de produits naturels. Branchée directement sur l'humain, la série de l'équipe de la revue Nouveau Projet est en train de créer une jolie habitude au Québec, soit celle de penser autrement. Par exemple, dans ce sixième tôme de la série Documents, Véronique Côté a le courage de plaider la cause des choses qu'on prétend connaître et qu'il est de bon ton d'affirmer qu'on ne les aime pas. Ainsi en va-t-il des légumes lorsqu'on est petit, puis des suchis ou autres mets exotiques du genre en vieillissant. Puis vient la poésie. On en entend parler par-ci par-là et la première chose qu'on en sait, c'est que personne n'aime ça, alors sans se poser de questions, on ne l'aime pas, et ainsi, on est dans le ton. On est "normal".
Alors on vieillit mal, on se retrouve dans une société qui a tout mais on en veut plus, on se sent frustré parce qu'il nous manque quelque chose. Et si c'était de la poésie dont on manquait? Véronique Côté ne parle pas (nécessairement) de poèmes abstraits ou de performances à l'emporte pièce mais de quelque chose qui ressemble au calme et au moment présent. Indignée par la dénonciation de tout ce qui concerne le bien commun, par les chroniques d'opinions médiatisés qui font les choux gras des entreprises de presse, Côté lance ici un grand plaidoyer pour la vie débarrassée d'angoisses préfabriquées par des considérations économico-pragmatiques. Son beau texte incite à ne pas avoir peur ni honte de prendre le temps d'apprécier autre chose que son travail, et de penser à d'autres qu'à soi même.
Inspiré, ce texte d'à peine 90 pages contient aussi quelques questions/réponses adressées à des personnalités québécoises. Toujours une première question: dans le cadre de ce que vous êtes ou de ce que vous faites (philosophe, anthropologue, cinéaste, etc), comment définissez-vos la poésie et précisez-en l'importance. Les réponses sont diverses et stupéfiantes.
Je croyais ne pas connaître la poésie, or j'ai appris que j'étais en plein dedans... enfin pas toujours, mais comme pour Véronique Côté, j'y trouve le meilleur échappatoire, le meilleur exutoire. Pas du tout contemplatif mais porté à prendre le temps d'aimer toujours plus ce qui me construit, je m'aperçois aussi que tel n'est pas le lot de la majorité des gens, contraints par des obligations imposées par on ne sait plus qui, venues d'on ne sait plus où. Et c'est bien triste. Or, ces gens se réclament du bien commun...
Ce texte dresse un portrait de ce que pourrait être la vie si elle était plus habitable. Moi qui ne lit que peu d'essais, avec celui-là, je crois être tombé sur le bon parce que comme pour vous j'espère, je l'endosse totalement. À lire absolument, ce livre fait du bien.
mardi 17 février 2015
La mort d'un père, par Karl Ove Knaussgard, éditions Denoël & D'Ailleurs
D'abord, j'ai eu l'impression de lire un récit. Ensuite, j'ai plutôt crû à une bio. Je commençais à croire à un autre écrivain qui se racontait, jusqu'à ce que j'aie plutôt la presque conviction d'être en train de lire la version écrite d'un genre de télé-réalité étalé sur plusieurs années. Si on m'avait parlé de ce livre de cette façon, jamais je ne l'aurais ouvert. Moi? Contribuer à l'exhibitionnisme volontaire d'un auteur, fut-il inconnu, en le lisant? Pfff. Et pourtant, j'ai lu ce livre assis sur le bout de ma chaise. Je crois qu'on parle ici de quelque chose de très, mais alors là, très distinctif. Et c'est bon. Très bon.
D'abord, ce Norvégien vivant en Suède raconte sa nouvelle vie de père. C'est dur. Ça l'empêche de se vouer autant qu'il le voudrait à l'écriture. Bon. Mais encore... Tiens, ça le fait penser à d'autres malaises vécus dans l'enfance. Retour dans les années 70 en Norvège avec la chronique d'une petite famille ordinaire, les parents plus ou moins présents, le père pas trop enclin à la communication, bref, tableau connu. Et pourtant, là encore, j'étais fasciné.
À lire Knaussgard, on se demande si c'est par phénomène d'identification qu'on embarque autant. Me voyais-je en lui, moi ou des proches? Bien sur, lire la vie ordinaire d'Européens du Nord dans les années 70, et bientôt 80, a ceci de fascinant qu'un Québécois comme moi peut faire plusieurs ressemblances. Il faut dire qu'en plus de se raconter, le gars prend aussi la peine de bien décrire ses décors, tous, avec pertinence, et force détails qui nous font sourire. Bien écrit? J'irais pas jusque là. Pas mauvais non plus. En fait, il est certain, voir assuré, que l'excellente traduction de Marie-Pierre Fiquet y est pour quelque chose parce que...
Intrigué par l'intérêt que je portais à ce livre (vraiment!), j'ai osé quelques recherches sur l'auteur, jusqu'à ce que je tombe sur cet article. Son titre: "J'ai créé un monstre que je ne contrôle plus". Knaussgard y dit avoir raconté là de vraies bribes de sa vie. À peu près tous les personnages et les événements sont réels. Or, ceux-là lui en veulent, et il semble qu'ils ne se sont pas gênés pour le lui dire. On le comprendra, ça a fait l'événement en Norvège. Mais voilà, on dit de ce livre qu'il, dans sa version originale en Norvégien, est mal écrit, plutôt mal ficelé, du genre "premier jet". D'où l'importance de la traduction... Et pourtant... Un deuxième tôme suit La mort d'un père. Traduits, les deux bouquins font un tabac à travers l'Europe. Aux États-Unis, on faisait la file pour obtenir une dédicace de lui. Alors c'est quoi, une rock star littéraire? Je ne crois pas. Le titre de ce livre n'est pas anodin. Dans la seconde partie du livre, Knaussgard raconte l'épisode du décès de son père, survenu assez tôt, alors que l'auteur était dans la fin-vingtaine. Cette mort est dure. Le mort l'était aussi et le fils le vit tout aussi durement. Mais voilà, après nous avoir raconté le plus simplement du monde son enfance, ses angoisses d'enfant, ses peurs, ses joies, ses doutes, bref, après nous avoir amadoué, il nous captive encore plus en nous faisant vivre avec lui quelque chose qu'on ne vit que rarement d'aussi près en littérature: la peine. Et la peine, ça nous mène à toutes sortes d'endroits, ça nous donne toutes sortes d'idées, de peurs, de suppositions, de malaises et ça aussi, Knaussgard les raconte. Et c'est très habile. Grand gueule? Oui, Méchant? Je ne sais pas. Bon écrivain? Oui, définitivement.
Écrire sans aucun filtre, sans même se censurer soi-même est rare. Peut-être Karl Ove Knaussgard est-il en train de briser quelques tabous. Bon, qu'il nous dise qu'il "hait ce qu'il a écrit", alors là... relativisons. Que les remords l'assaillent, on peut le comprendre à la lecture de son livre, puisqu'on dirait que c'est l'histoire de toute sa vie. Alors, que ça se continue comme ça, ma foi... En tout cas, moi je continue. C'est certain, je lis le deuxième.
D'abord, ce Norvégien vivant en Suède raconte sa nouvelle vie de père. C'est dur. Ça l'empêche de se vouer autant qu'il le voudrait à l'écriture. Bon. Mais encore... Tiens, ça le fait penser à d'autres malaises vécus dans l'enfance. Retour dans les années 70 en Norvège avec la chronique d'une petite famille ordinaire, les parents plus ou moins présents, le père pas trop enclin à la communication, bref, tableau connu. Et pourtant, là encore, j'étais fasciné.
À lire Knaussgard, on se demande si c'est par phénomène d'identification qu'on embarque autant. Me voyais-je en lui, moi ou des proches? Bien sur, lire la vie ordinaire d'Européens du Nord dans les années 70, et bientôt 80, a ceci de fascinant qu'un Québécois comme moi peut faire plusieurs ressemblances. Il faut dire qu'en plus de se raconter, le gars prend aussi la peine de bien décrire ses décors, tous, avec pertinence, et force détails qui nous font sourire. Bien écrit? J'irais pas jusque là. Pas mauvais non plus. En fait, il est certain, voir assuré, que l'excellente traduction de Marie-Pierre Fiquet y est pour quelque chose parce que...
Intrigué par l'intérêt que je portais à ce livre (vraiment!), j'ai osé quelques recherches sur l'auteur, jusqu'à ce que je tombe sur cet article. Son titre: "J'ai créé un monstre que je ne contrôle plus". Knaussgard y dit avoir raconté là de vraies bribes de sa vie. À peu près tous les personnages et les événements sont réels. Or, ceux-là lui en veulent, et il semble qu'ils ne se sont pas gênés pour le lui dire. On le comprendra, ça a fait l'événement en Norvège. Mais voilà, on dit de ce livre qu'il, dans sa version originale en Norvégien, est mal écrit, plutôt mal ficelé, du genre "premier jet". D'où l'importance de la traduction... Et pourtant... Un deuxième tôme suit La mort d'un père. Traduits, les deux bouquins font un tabac à travers l'Europe. Aux États-Unis, on faisait la file pour obtenir une dédicace de lui. Alors c'est quoi, une rock star littéraire? Je ne crois pas. Le titre de ce livre n'est pas anodin. Dans la seconde partie du livre, Knaussgard raconte l'épisode du décès de son père, survenu assez tôt, alors que l'auteur était dans la fin-vingtaine. Cette mort est dure. Le mort l'était aussi et le fils le vit tout aussi durement. Mais voilà, après nous avoir raconté le plus simplement du monde son enfance, ses angoisses d'enfant, ses peurs, ses joies, ses doutes, bref, après nous avoir amadoué, il nous captive encore plus en nous faisant vivre avec lui quelque chose qu'on ne vit que rarement d'aussi près en littérature: la peine. Et la peine, ça nous mène à toutes sortes d'endroits, ça nous donne toutes sortes d'idées, de peurs, de suppositions, de malaises et ça aussi, Knaussgard les raconte. Et c'est très habile. Grand gueule? Oui, Méchant? Je ne sais pas. Bon écrivain? Oui, définitivement.
Écrire sans aucun filtre, sans même se censurer soi-même est rare. Peut-être Karl Ove Knaussgard est-il en train de briser quelques tabous. Bon, qu'il nous dise qu'il "hait ce qu'il a écrit", alors là... relativisons. Que les remords l'assaillent, on peut le comprendre à la lecture de son livre, puisqu'on dirait que c'est l'histoire de toute sa vie. Alors, que ça se continue comme ça, ma foi... En tout cas, moi je continue. C'est certain, je lis le deuxième.
samedi 14 février 2015
Bunyip, de Louis Carmain, VLB éditeur
Introduction prometteuse. On croirait entendre la voix off de Bruno Ganz dans Europa. Le personnage principal est décrit au "nous". On est dans une bibliothèque d'université en Tasmanie. On dirait que la caméra tourne autour de lui. Le gars est photoreporter. Son magazine traque les épaves, son patron est capitaliste, et la trésorière-secrétaire de l'entreprise, lubrique. Le mec partira à l'aventure avec des obsessions à satisfaire. On frôle l'Indiana Jones geek. Ça sonne bien.
Il se retrouve sur une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le décor est original, sa mission aussi. Arrive une belle activiste locale, elle aussi en mission sur la même île que lui. Ils vivront des aventures... Vraiment, c'est un départ canon. Or, comme pour notre homme, on avance de plus en plus difficilement. Après quelques pages, on a chaud et même, on se surprend à manquer de souffle. Zut. La raison n'en est pas le récit, mais le style.
C'est une question de forme et de fond, où la forme est le style et le fond, l'histoire. Il me semble qu'un bon livre rassemble les deux. Ici, j'ai décroché sur le tard parce que le récit est captivant mais la forme, elle... Carmain est le roi de l'incise. Proustien (ça se dit encore?), ses phrases sont souvent de longs fleuves où flottent plusieurs idées à la fois. Parfois prétexte à de belles trouvailles, le ton ironique et extrêmement littéraire reste difficile. J'ai parfois buté sur quelques phrases/paragraphes,que j'ai relus pour bien les saisir. Qu'on le veuille ou non, ça nuit un peu à la lecture...
En fait, c'est tellement truffé d'incises qu'on se croirait dans un champ de lavande. C'est joli la lavande, au début ça sent bon, mais à force d'y gambader, on n'en peu plus de tout ce bleu et l'odeur nous donne un peu mal au coeur. Bon, peut-être suis-je un lecteur enclin aux lectures faciles. Mes coups de coeur publiés sur ce blogue permettront d'en tirer vos propres conclusions. N'en demeure pas moins que si j'avais été l'éditeur, j'aurais dit à l'auteur que oui, son histoire était bonne, ses idées belles et originales, mais pour le texte, faudrait peut-être faire attention de ne pas trop perdre le lecteur dans une même phrase. Et le personnage de la secrétaire, peut-être n'aurait-il pas fallu la faire disparaître aussi vite... Des fautes (de frappe?) sont aussi à souligner dans le texte. Toujours un peu décevant... Auteur ou éditeur à blâmer? Allez savoir.
Enfin, il me faut faire mention de passages a)- lubriques, b)- extrêmement violents. Bon, oui, le sexe, ça fait partie de la vie, des choses, des histoires, de la littérature. N'en demeure pas moins que comme toute chose, il me semble qu'il faille savoir doser. Pas que ce roman soit lubrique, non. Certaines références vaguement pornos à des moments incongrus font d'abord sourire, mais à force, ça semble un peu déplacé, voir obsessif. Quant aux passages extrêmement (le mot est faible) violents vers la fin du livre, dans une scène qui se prête à ça, qu'on se permette de sourciller. Oui, d'accord, ça fait partie du jeu. Oui, ça va avec un certain aboutissement, ça nous ramène à une vision peu... amène de l'humanité franchement décevante dont Bunyip nous parle. Oui, on a le droit d'écrire ces choses mais là encore, fallait-il aller jusque là? Bien sur, le ton ironique décrivant les pires horreurs a de quoi faire frémir, mais mis à pas les hauts le coeur, comment se fait-il que cette histoire ne m'ait pas emmené vers une réflexion plus profonde sur la perte de sens de certains activistes, par exemple?
Enfin. Voilà mon constat personnel. L'homme sait raconter. Écrire aussi, mais en refermant ce livre, flottait dans l'air une odeur de pas assez cuit, de pas assez ficelé, ou de déception, disons les choses comme elles le sont.
Il se retrouve sur une île de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le décor est original, sa mission aussi. Arrive une belle activiste locale, elle aussi en mission sur la même île que lui. Ils vivront des aventures... Vraiment, c'est un départ canon. Or, comme pour notre homme, on avance de plus en plus difficilement. Après quelques pages, on a chaud et même, on se surprend à manquer de souffle. Zut. La raison n'en est pas le récit, mais le style.
C'est une question de forme et de fond, où la forme est le style et le fond, l'histoire. Il me semble qu'un bon livre rassemble les deux. Ici, j'ai décroché sur le tard parce que le récit est captivant mais la forme, elle... Carmain est le roi de l'incise. Proustien (ça se dit encore?), ses phrases sont souvent de longs fleuves où flottent plusieurs idées à la fois. Parfois prétexte à de belles trouvailles, le ton ironique et extrêmement littéraire reste difficile. J'ai parfois buté sur quelques phrases/paragraphes,que j'ai relus pour bien les saisir. Qu'on le veuille ou non, ça nuit un peu à la lecture...
En fait, c'est tellement truffé d'incises qu'on se croirait dans un champ de lavande. C'est joli la lavande, au début ça sent bon, mais à force d'y gambader, on n'en peu plus de tout ce bleu et l'odeur nous donne un peu mal au coeur. Bon, peut-être suis-je un lecteur enclin aux lectures faciles. Mes coups de coeur publiés sur ce blogue permettront d'en tirer vos propres conclusions. N'en demeure pas moins que si j'avais été l'éditeur, j'aurais dit à l'auteur que oui, son histoire était bonne, ses idées belles et originales, mais pour le texte, faudrait peut-être faire attention de ne pas trop perdre le lecteur dans une même phrase. Et le personnage de la secrétaire, peut-être n'aurait-il pas fallu la faire disparaître aussi vite... Des fautes (de frappe?) sont aussi à souligner dans le texte. Toujours un peu décevant... Auteur ou éditeur à blâmer? Allez savoir.
Enfin, il me faut faire mention de passages a)- lubriques, b)- extrêmement violents. Bon, oui, le sexe, ça fait partie de la vie, des choses, des histoires, de la littérature. N'en demeure pas moins que comme toute chose, il me semble qu'il faille savoir doser. Pas que ce roman soit lubrique, non. Certaines références vaguement pornos à des moments incongrus font d'abord sourire, mais à force, ça semble un peu déplacé, voir obsessif. Quant aux passages extrêmement (le mot est faible) violents vers la fin du livre, dans une scène qui se prête à ça, qu'on se permette de sourciller. Oui, d'accord, ça fait partie du jeu. Oui, ça va avec un certain aboutissement, ça nous ramène à une vision peu... amène de l'humanité franchement décevante dont Bunyip nous parle. Oui, on a le droit d'écrire ces choses mais là encore, fallait-il aller jusque là? Bien sur, le ton ironique décrivant les pires horreurs a de quoi faire frémir, mais mis à pas les hauts le coeur, comment se fait-il que cette histoire ne m'ait pas emmené vers une réflexion plus profonde sur la perte de sens de certains activistes, par exemple?
Enfin. Voilà mon constat personnel. L'homme sait raconter. Écrire aussi, mais en refermant ce livre, flottait dans l'air une odeur de pas assez cuit, de pas assez ficelé, ou de déception, disons les choses comme elles le sont.
mardi 27 janvier 2015
Bienvenue aux dames, vlb éditeur
Ce recueil de nouvelles a pour thème, les plus sagaces l'auront compris, l'univers des tavernes québécoises. Équivalent des pubs, phénomène presque disparu, les tavernes sont prétextes aux histoires les plus hétéroclites, c'est un thème riche et son exploitation est une bonne idée en ce qu'il crée de belles attentes.
En passant, pour qui ne le saurait pas... l'expression "Bienvenue aux dames" réfère à un slogan qui est apparu sur les portes et fenêtres des tavernes québécoises aux environ des années 80. Établissements auparavant réservés à une clientèle exclusivement masculine, une loi en a ouvert l'accès à l'autre sexe à peu près à la même époque, ce qui fut prétexte aux slogans et illustrations les plus... typiques qui soient. Depuis, l'expression, comme ce type d'établissement, est plutôt tombé dans l'oubli, mais quand même voit-on encore parfois quelques vestiges de ces réclames faisant preuve d'ouverture... Plusieurs auteurs (tous masculins... phénomène obligé?) y offrent leurs histoires. Aucune ne pourrait être qualifiée de mauvaise. À tout le moins certaines m'ont laissé soit sur ma faim, soit plutôt indifférent, ce qui est arrivé avec les deux nouvelles ayant à peine abordé le thème de la taverne, l'ayant même à peine effleuré. Bizarre que l'éditeur ait quand même laissé passer. Ainsi en est-il des deux derniers textes de ce recueil, soit ceux de Raymond Bock et de Daniel Grenier. Pas mauvais, non, mais comme perdus par les autres. J'espérais des histoires de tavernes et je n'en ai pas eu. Décevant.
Mes préférées vont aux deux premières. Edouard H Bond et William S Messier font partir le recueil en lion, avec ce dont on peut s'attendre avec un tel thème. Écriture et personnages "tout croches" vont de pair et sont habilement maniés. Simon Dumas et Fabien Cloutier donnent aussi de bon moments vraiment pas piqués des vers. Les autres ont moins retenu mon attention.
Un recueil de nouvelles à thème donnent de grandes attentes au lecteur. C'est un peu comme si on connaissait déjà le décor dans lequel on verra le film. Aussi est-ce décevant de constater que certaines scènes passent à côté dudit décor. L'occasion est toutefois excellente pour découvrir des auteurs jusqu'ici inconnus. Ainsi en est-il pour moi des Bond, Messier et Dumas dont je surveillerai désormais les prochaines parutions.
Belle idée, donc, avec peut-être juste un petit manque d'épices... ou quelques oeufs encore plus vinaigrés.
En passant, pour qui ne le saurait pas... l'expression "Bienvenue aux dames" réfère à un slogan qui est apparu sur les portes et fenêtres des tavernes québécoises aux environ des années 80. Établissements auparavant réservés à une clientèle exclusivement masculine, une loi en a ouvert l'accès à l'autre sexe à peu près à la même époque, ce qui fut prétexte aux slogans et illustrations les plus... typiques qui soient. Depuis, l'expression, comme ce type d'établissement, est plutôt tombé dans l'oubli, mais quand même voit-on encore parfois quelques vestiges de ces réclames faisant preuve d'ouverture... Plusieurs auteurs (tous masculins... phénomène obligé?) y offrent leurs histoires. Aucune ne pourrait être qualifiée de mauvaise. À tout le moins certaines m'ont laissé soit sur ma faim, soit plutôt indifférent, ce qui est arrivé avec les deux nouvelles ayant à peine abordé le thème de la taverne, l'ayant même à peine effleuré. Bizarre que l'éditeur ait quand même laissé passer. Ainsi en est-il des deux derniers textes de ce recueil, soit ceux de Raymond Bock et de Daniel Grenier. Pas mauvais, non, mais comme perdus par les autres. J'espérais des histoires de tavernes et je n'en ai pas eu. Décevant.
Mes préférées vont aux deux premières. Edouard H Bond et William S Messier font partir le recueil en lion, avec ce dont on peut s'attendre avec un tel thème. Écriture et personnages "tout croches" vont de pair et sont habilement maniés. Simon Dumas et Fabien Cloutier donnent aussi de bon moments vraiment pas piqués des vers. Les autres ont moins retenu mon attention.
Un recueil de nouvelles à thème donnent de grandes attentes au lecteur. C'est un peu comme si on connaissait déjà le décor dans lequel on verra le film. Aussi est-ce décevant de constater que certaines scènes passent à côté dudit décor. L'occasion est toutefois excellente pour découvrir des auteurs jusqu'ici inconnus. Ainsi en est-il pour moi des Bond, Messier et Dumas dont je surveillerai désormais les prochaines parutions.
Belle idée, donc, avec peut-être juste un petit manque d'épices... ou quelques oeufs encore plus vinaigrés.
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