Il faut un auteur hors du commun pour vous emmener aussi loin en seulement 70 pages.
Jon Fosse ouvre la grande porte, la dernière, l'ultime, pour son personnage complètement perdu. Le gars a pris son char, a zigzagué d'un chemin à l'autre jusqu'à s'embourber dans un sentier forestier. Il sort, marche, et se perd.
Ce qui l'a rendu là est supposé par l'auteur. Comme à son habitude, il nous fait entrer dans la tête d'une personne confuse, tourmentée, dont les quelques instants de lucidité sont autant de tremplins pour plonger encore plus profondément dans une obscurité typique des personnages de Fosse. Le soir tombe, mais voilà qu'il se met à neiger, et tout devient blanc, de plus en plus blanc. La confusion se transforme alors en quelque chose d'autre, et quelle que soit la définition qu'on en fasse, c'est très touchant.
Lire Jon Fosse est une expérience dont je ne me lasse pas. Mon seul regret à propos de Blancheur est de ne pas l'avoir lu dans les meilleures dispositions. J'envie qui le lira d'une traite dans un lieu à l'écart, propice à sentir le soir tomber, puis la neige, puis le reste.
Jon Fosse est l'un des meilleurs pour nous traduire dans la réalité le genre de quatrième dimension dans laquelle se retrouvent des personnes que la vie rend fragile. Son ton, qui me fait de plus en plus penser à celui des pièces de Beckett, est d'abord difficile à cerner, mais une fois qu'on a pris le tempo, on est fascinés. Le gars crée des personnages extra-lucides. Ce court livre en est la preuve. Le gars en vient à voir et à ressentir des choses. Et si c'était comme ça que ça se passait, ce fameux moment?
Si vous n'avez jamais lu Jon Fosse, je recommande Blancheur pour vous y initier. Le ton, l'environnement, le personnage: tout y est. Si vous aimez ça, poursuivez votre découverte avec Matin et soir ou Melancholia II. Tiens, faudra que je relise ça un jour, moi.
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