mardi 15 mars 2016

Boussole, par Mathias Enard, éditions Actes Sud

Amis lecteurs. Lorsque vous vous remémorez tout ce que vous avez lu, êtes-vous capables d'identifier la lecture d'un
ouvrage en particulier que vous pourriez qualifier d'époque de votre vie? Est-ce que, le temps que vous avez lu ce ou ces livre(s(il peut bien en avoir plusieurs) vous avez l'impression d'avoir changé, grandi ou tant appris que vous en êtes sorti différent de ce que vous étiez avant sa lecture?

En voici un qu'il me sera plus facile d'évaluer plus tard, lorsqu'il aura fini de mijoter. Parce que Boussole est dense, très dense. Il se digère longtemps, mais avec délices.

Franz souffre d'insomnie. En une nuit, il se remémorera sa carrière de musicologue spécialiste des musiques orientales et par le fait même, de sa relation privilégiée avec une collègue, Sarah, une orientaliste renommée. Il est Autrichien, elle est Française. Il s'auront rencontrés partout, surtout à Istanbul, Damas, Palmyre, Téhéran. Ses souvenirs vont d'ne ville à l'autre, contiennent plusieurs autres collègues mais aussi, et surtout, font des liens entre les gens, les époques, les genres, entre Orient et Occident. Érudits à la puissance 10, les personnages de ce livre vous donneront l'impression de lire des chapitres entiers de l'Encyclopedia Britannicus ou de tout autre ouvrage de référence que vous préfériez. Dense, érudit, les mots sont faibles, mais par-dessus tout, il faut décrire ce livre comme fascinant.

Vous croyiez votre culture générale quand même assez vaste? Lisez Boussole et elle décuplera. Oui, absolument, cette lecture est parfois difficile, pas tant à cause du propos que du style de Mathias Enard. Ses phrases, longues, contiennent toutefois des perles qu'il vaut la peine de chercher. Si j'ai relu parfois quelques phrases, c'était souvent pour noter telle référence, tel compositeur, telle musique, tel ouvrage. Juste pour vous dire, je me suis procuré trois albums de compositeurs cités dans ce livre, et c'est bien peu! La quantité d'informations que contient ce livre est incroyable. Ici Beethoven est en récital, là Listz fait une tournée jusqu'en Turquie, puis Berlioz rencontre un orientaliste Allemand, Schumann vit ses derniers moments... Et pas besoin d'être amateur de musique pour apprécier. Suffit d'un esprit ouvert, et on embarque dans les chassés-croisés de l'Histoire.

Dans cet ouvrage, Enard, sans doute une montagne d'érudition lui-même, montre combien tout est relié, combien chacun influence et est influencé par l'autre, bref, que le monde se construit, s'améliore, s'ouvre, grâce aux mélanges, aux connaissances, à la curiosité des esprits.

Peut-être ai-je tort en disant (prétendant?) qu'un tel livre plaira à peu. La principale raison est qu'il fera trop peu à trop de gens. Tiens, juste cette description que j'en fais a dû en effrayer quelques uns. Et pourtant, comme un reportage télé à premier vue anodin qui a contribué à notre connaissance du onde lorsqu'on était enfant, comme un professeur qui a su rendre passionnante une matière aride à première vue, Mathias Enard a la bonhommie de nous livrer un ouvrage où nous, lecteurs, sommes considérés comme des êtres intelligents. Ne serait-ce que pour ça, le bien qu'on en retire est immense.

Attention! Si vous êtes un habitué des téléjournaux et un avide consommateur de médias, vous risquez d'être choqués, puisque ce livre raconte aussi les peuples du moyen orient, leur histoire, leur culture. Pas de généralités excessives ici. Oui, l'auteur en profite pour dénoncer ce qui se passe présentement dans les contrées traversées autrefois par les deux protagonistes. Il décrit d'ailleurs la révolution iranienne de 1979 d'une manière dont je n'en avais pas encore entendu parler.

Genre de livre qui vous élève. Bravo gens du Goncourt (Boussole en est le prix 2015). Vous ne nous l'avez pas fait facile cette année, mais vous savez ce que vous faites!

Je termine avec ce lien sur une oeuvre de Félicien David, un compositeur français du XIXe siècle qui aurait été parmi les premiers à allier chants orientaux et musique symphonique. Ce Chant du muezzin, qui dure 2:39, fait partie d'une oeuvre appelée Le Désert. C'est un des albums que je me suis procuré en lisant Boussole, et c'est remarquable. Cet extrait musical reproduit quasi parfaitement, à mon sens, l'esprit du livre. Si vous aimez, vous aimerez aussi Boussole de Mathias Enard.

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