L'auteur raconte la vie de son grand-oncle, un activiste autochtone dont la vie publique s'est surtout déroulée des années 40 aux années 60. Original, percutant, rassembleur, contesté mais inconnu, l'homme a été un "personnage". La découverte de sa vie en archives s'est avérée une mine d'or pour Jocelyn, le petit-neveu créatif et inspiré de Jules Sioui. Outre le personnage, ce portrait nous révèle une époque, mais surtout un pan trop méconnu de l'histoire des premières nations canadiennes. Récit, essai, documentaire: on peut classer Mononk Jules partout. On en ressort fasciné, fort de nouvelles connaissances mais aussi, et surtout, abasourdi par une finale qu'on n'avait pas vue venir qui est amenée très habilement par Jocelyn Sioui.
Pourtant, réaliser un tel portrait ne devait pas paraître évident. Sans avoir travaillé dans l'ombre, Jules a fait en sorte que ses actions soient vite oubliées, même si, de son vivant, elles ont eu une portée importante.
On constate rapidement qu'à travers les initiatives politiques eet sociales menées par Jules, Jocelyn a découvert un peuple, enfin..., DES peuples, leur situation, mais aussi, et surtout, leur silence. Ce qu'on découvre, si l'on s'intéresse un tant soit peu à l'histoire des premières nations de ce pays, c'est le silence, voir l'indifférence dans lesquels ils sont tombés dans les dernières années. Avec Mononk Jules, Jocelyn Sioui explique très efficacement comment est venu ce slience et comment on l'a entretenu. Jules a brassé la cabane et les moyens utilisés pour le faire taire valent à eux seuls le livre. On en apprend beaucoup sur les rapports dominant/dominés qui ont façonné cette partie du monde.
Jocelyn Sioui écrit sur un ton sympathique. D'entrée de jeu, il nous avertit qu'il en est à ses premières armes dans l'écriture d'un tel ouvrage, ce qui a pour effet de nous faire embarquer avec lui dans sa recherche. On le suit, on l'encourage. Certains passages demandent un peu plus de concentration, puisque les textes cités sont d'époque, et la langue, comme les mentalités, a changé. Mais ils nous ramène habilement au repos avec plusieurs photos tirées de ses archives personnelles et de celles de son personnage, en plus d'illustrations tout aussi sympathiques que ses mots à lui.
Pas besoin de se chercher une fibre de défenseur des peuples opprimés pour apprécier Mononk Jules. Pour qui aime les portraits historiques, il y a là une belle occasion de découvrir des pans cachés de l'histoire du Canada, ce qui, inévitablement, ajoute à nos connaissances d'un pays dont l'histoire est beaucoup plus trouble qu'on pourrait le penser.
Une autre belle découverte proposée par les éditions Hannenorak qui m'emmènent de surprise en surprise. Cette maison d'Édition est un bel ajout dans l'univers culturel des lecteurs francophones.
dimanche 17 avril 2022
samedi 9 avril 2022
Histoire du silence, de la renaissance à nos jours, par Alain Corbin, éditions Albin Michel
C'est une entrevue avec Alain Corbin qui m'a donné envie de le lire. L'homme est excellent communicateur, érudit, mais accessible, hyper intéressant, sympathique. De l'imposant corpus dont il est l'auteur, j'ai choisi ce titre pour son sujet. L'idée d'utiliser le silence comme prétexte à un essai historique sur la société me plaisait.
En bon historien, Corbin traverse les âges en référant à quantité d'auteurs qui ont émis une opinion, ou, plus souvent encore, une description du silence, et c'est à travers ces auteurs qu'on se fait une idée de la perception de leur époque de ce que représentait le silence. Lourd, méditatif, sage, refuge, le slience a plusieurs connotations et il est intéressant de découvrir toutes les utilisations qu'on puisse en faire, ou de constater comment il peut être perçu.
Interessant, ce l'est, mais le format de cet essai historique m'a déstabilisé. Chaque chapitre aborde le sujet d'un angle différent par un long texte suivi, sans intertitre, sans sous-thèmes, rien. Ma foi , c'est un peu lourd. J'aurais espéré quelques intertitres, quelques paragraphes supplémentaires. On lit ces chapitres comme on écoute une logorrhée. L'éditeur, ici, aurait pi intervenir.
Si certains chapitres coulent de source, d'autres nous font travailler un peu. L'auteur connaît sa matière mais surtout, ses auteurs. C'est fou la quantité de gens qui sont cités. Or, si certaines citations vous enchantent, d'autres vous pèsent un peu. C'est ainsi que plusieurs références religieuses, et on parle ici de la religion catholique, m'ont semblé un peu tendancieuses. Bien sur, la religion a joué un grand rôle dans l'avancée des idées et des textes. Lorsqu'on parle de silence, on pense inévitablement à la méditation, à la contemplation. Mais voilà, si on parle de "la Renaissance jusqu'à nos jours", c'est qu'il ne s'agit que de l'Occident seulement, dont il est question en majeure partie.
Bien sur, tout ça est pertinent, savant, touffu. Mais nous sommes à une ère où les références sont multiples. Il aurait fallu préciser dans le titre le territoire choisi par l'auteur. La France, l'Europe, l'Occident, oui, mais pas seulement. J'aurait voulu autre chose venu d'ailleurs, et, habitué aux métissages de cultures, j'en ressort un peu déçu.
Mais le silence, chez Proust, Huysmans, Maeterlink, dans les tableaux de Delacroix ou de Berthe Morissot, oui, certainement, c'est intéressant. Belle interlude entre deux fictions, donc, mais mais pas d'épiphanie.
En bon historien, Corbin traverse les âges en référant à quantité d'auteurs qui ont émis une opinion, ou, plus souvent encore, une description du silence, et c'est à travers ces auteurs qu'on se fait une idée de la perception de leur époque de ce que représentait le silence. Lourd, méditatif, sage, refuge, le slience a plusieurs connotations et il est intéressant de découvrir toutes les utilisations qu'on puisse en faire, ou de constater comment il peut être perçu.
Interessant, ce l'est, mais le format de cet essai historique m'a déstabilisé. Chaque chapitre aborde le sujet d'un angle différent par un long texte suivi, sans intertitre, sans sous-thèmes, rien. Ma foi , c'est un peu lourd. J'aurais espéré quelques intertitres, quelques paragraphes supplémentaires. On lit ces chapitres comme on écoute une logorrhée. L'éditeur, ici, aurait pi intervenir.
Si certains chapitres coulent de source, d'autres nous font travailler un peu. L'auteur connaît sa matière mais surtout, ses auteurs. C'est fou la quantité de gens qui sont cités. Or, si certaines citations vous enchantent, d'autres vous pèsent un peu. C'est ainsi que plusieurs références religieuses, et on parle ici de la religion catholique, m'ont semblé un peu tendancieuses. Bien sur, la religion a joué un grand rôle dans l'avancée des idées et des textes. Lorsqu'on parle de silence, on pense inévitablement à la méditation, à la contemplation. Mais voilà, si on parle de "la Renaissance jusqu'à nos jours", c'est qu'il ne s'agit que de l'Occident seulement, dont il est question en majeure partie.
Bien sur, tout ça est pertinent, savant, touffu. Mais nous sommes à une ère où les références sont multiples. Il aurait fallu préciser dans le titre le territoire choisi par l'auteur. La France, l'Europe, l'Occident, oui, mais pas seulement. J'aurait voulu autre chose venu d'ailleurs, et, habitué aux métissages de cultures, j'en ressort un peu déçu.
Mais le silence, chez Proust, Huysmans, Maeterlink, dans les tableaux de Delacroix ou de Berthe Morissot, oui, certainement, c'est intéressant. Belle interlude entre deux fictions, donc, mais mais pas d'épiphanie.
mardi 22 mars 2022
Ténèbre, de Paul Kawczak, éditions La Peuplade
On associe souvent Eros et Tanathos: vie et mort, érotisme et douleur. Ce livre en fait une démonstration. Dans Ténèbre, la vie lente et confortable d'Européens aisés de la fin du 19e siècle se transforme en mort longue et douloureuse en Afrique australe. Les rêves se transforment en cauchemar, les bonnes gens deviennent des bourreaux. Ambiance assurée.
Un géomètre est envoyé au Congo par le roi de Belgique pour délimiter les frontières de la colonie. Son parcours en deviendra un d'exploration, mais pas de ce qu'il espérait. Plutôt qu'un territoire, il découvrira la vraie nature des humains qui l'entourent, les colonisateurs, les peuples africains, les voyageurs, mais aussi l'amour et ses affres.
Ce voyage initiatique se terminera mal, on l'apprend rapidement au début du livre, et c'est là une des premières particularités de ce livre. L'histoire racontée est fascinante, les personnages sont superbes, le décor est grandiose. Reste la façon: l'écriture est remarquable, Kawczak utilise les mots de brillante façon. Quant aux tableaux décrits et l'ambiance créée, on découvre une imagination débordante et poétique. D'autres diront: lyrique. Qu'importe, tout, dans ce livre est intense. Et c'est peut-être ce qui m'a donné une impression de trop-plein.
La première partie du livre est enlevante. Kawczak décrit l'Afrique encore vierge que commence à violer les colonisateurs européens. Mes mots sont choisis. Ceux de l'auteur aussi. Il utilise plusieurs analogies pour raconter l'emprise de l'Occident riche sur l'Afrique naïve et offerte. Plusieurs scènes parlent, parfois crument, parfois par allusions, des horreurs vécues par les populations exploitées par les nouveaux arrivants. Il est clair que la colonisation du Congo ne s'est pas fait dans les meilleures intentions, l'auteur nous le montre en décrivant des pertes: de sens commun, d'amour-propre, de liberté, et de pudeur. L'érotisme est partout, et plus le livre avance, plus il prend de la place. Eros et Tanathos s'unissent jusqu'à s'entrelacer et finir par prendre toute la place dans une fin saisissante, mais malheureusement pas aussi forte et elle que le début du livre et certaines autres scènes.
Enfn voilà, Ténèbre, se distingue, c'est certain, par un auteur qui sait manier les mots, tellement qu'on croirait parfois que le livre a été écrit écrit par un auteur de l'époque qu'il décrit. C'est toutefois son contenu qui m'a déstabilisé. Je dois avouer avoir perdu une certaine foi avant la fin. J'ai crû au mélodrame, mais non, c'était pas ça. Malgré le titre et la couverture du livre, qui ne m'attiraient pas particulièrement, j'avais espéré queluqes lumières, suscitées par les critiques élogieuses envers le livre. J'ai bien vu ces lumières dans la description de l'époque et des lieux, mais les ténèbres des sentiments ont éteint mes espoirs. C'était trop pour moi. Érotisme et mort ne m'ont pas attirés, enfin pas cette fois.
Paul Kawczak mérite toutefois d'être lu. J'espère qu'il reviendra avec un nouveau titre pour voir où son talent d'écriture pourra encore le mener.
Un géomètre est envoyé au Congo par le roi de Belgique pour délimiter les frontières de la colonie. Son parcours en deviendra un d'exploration, mais pas de ce qu'il espérait. Plutôt qu'un territoire, il découvrira la vraie nature des humains qui l'entourent, les colonisateurs, les peuples africains, les voyageurs, mais aussi l'amour et ses affres.
Ce voyage initiatique se terminera mal, on l'apprend rapidement au début du livre, et c'est là une des premières particularités de ce livre. L'histoire racontée est fascinante, les personnages sont superbes, le décor est grandiose. Reste la façon: l'écriture est remarquable, Kawczak utilise les mots de brillante façon. Quant aux tableaux décrits et l'ambiance créée, on découvre une imagination débordante et poétique. D'autres diront: lyrique. Qu'importe, tout, dans ce livre est intense. Et c'est peut-être ce qui m'a donné une impression de trop-plein.
La première partie du livre est enlevante. Kawczak décrit l'Afrique encore vierge que commence à violer les colonisateurs européens. Mes mots sont choisis. Ceux de l'auteur aussi. Il utilise plusieurs analogies pour raconter l'emprise de l'Occident riche sur l'Afrique naïve et offerte. Plusieurs scènes parlent, parfois crument, parfois par allusions, des horreurs vécues par les populations exploitées par les nouveaux arrivants. Il est clair que la colonisation du Congo ne s'est pas fait dans les meilleures intentions, l'auteur nous le montre en décrivant des pertes: de sens commun, d'amour-propre, de liberté, et de pudeur. L'érotisme est partout, et plus le livre avance, plus il prend de la place. Eros et Tanathos s'unissent jusqu'à s'entrelacer et finir par prendre toute la place dans une fin saisissante, mais malheureusement pas aussi forte et elle que le début du livre et certaines autres scènes.
Enfn voilà, Ténèbre, se distingue, c'est certain, par un auteur qui sait manier les mots, tellement qu'on croirait parfois que le livre a été écrit écrit par un auteur de l'époque qu'il décrit. C'est toutefois son contenu qui m'a déstabilisé. Je dois avouer avoir perdu une certaine foi avant la fin. J'ai crû au mélodrame, mais non, c'était pas ça. Malgré le titre et la couverture du livre, qui ne m'attiraient pas particulièrement, j'avais espéré queluqes lumières, suscitées par les critiques élogieuses envers le livre. J'ai bien vu ces lumières dans la description de l'époque et des lieux, mais les ténèbres des sentiments ont éteint mes espoirs. C'était trop pour moi. Érotisme et mort ne m'ont pas attirés, enfin pas cette fois.
Paul Kawczak mérite toutefois d'être lu. J'espère qu'il reviendra avec un nouveau titre pour voir où son talent d'écriture pourra encore le mener.
dimanche 6 mars 2022
Perles de verre, par Dawn Dumont, éditions Hannenorak
Lire deux livres d'une même autrice en très peu de temps est toujours un peu risqué. On peut s'en lasser. Mais si le contraire arrive, on en demande encore plus. C'est ce qui m'arrive avec Dawn Dumont.
On pleure pas au bingo et Perles de verre sont liés par un personnage qui pourrait être le même. Juste pour ça, j'apprécie déjà Dumont pour ce côté espiègle. La narratrice du premier pourrait bien être un personnage du second.
Alors que On pleure pas... était raconté au "je", Perles de verre l'est à la troisième personne. Nellie est une jeune avocate dont le monde rapproché est constitué de trois amis, deux d'enfance et un autre qui s'ajoutera à l'université. Des deux amis d'enfance, un a toujours été un flirt, puis un amant, et possiblement un amoureux. Mais rien n'est évident, dans cette relation, comme d'ailleurs celles entre les quatre amis.
Il y a beaucoup de "possibles" dans la vie de Nellie, elle qui se bat contre les "impossibles". Nerd, mais sociable, ambitieuse mais sans confiance en soi, rien n'est simple dans sa vie. Et dans celle de ses amis non plus, dont on pourrait dire qu'ils sont des gens "ordinaires". Mais ils ne sont pourtant pas sans histoires, de celles qui ne rendent pas la vie facile non plus. Pourtant, certains d'entre eux réussiront à porter leur carrière vers l'avant alors que ce sera tout le contraire pour les autres.
Dawn Dumont raconte ces quatre vies comme une conteuse. Ce sont les chroniques de jeunes adultes qui ont grandi dans des résèrves autochtones de la Saskatchewan dans les années 80 et qui sont devenus ce que des années, voir des décennies de désintéressement envers ont fait de la société autochtone actuelle. Dumont raconte des vies de petites jobs ramassées ici ou là, d'alcool omniprésent, de sentiments mal gérés, de violence petite, mais constante, issue de partout: de soi envers soi, de ses proches et par dessus tout, de la société qui les entoure. Par ces portraits de gens dans leur environnement, à travers leurs aventures et leurs conversations, Dumont rend compte d'une société qui se cherche, pour qui tout est difficile. Ces gens sont déracinés dans leur propre pays.
Ces portraits donnent un livre plein d'action, de dialogues puissants, de scènes touchantes et parfois violentes. Elle nous pousse au gré des vents, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. La suite des événements racontés est parfois aléatoire et ce qui pourrait déstabiliser le lecteur fait partie de l'expérience. Ces gens ont une vie d'opportunités, ils sont poussés par le vent, changent d'idée ou de situation au fil des événements et des jours. Ainsi va l'écriture de Dawn Dumont. Ce livre est vif, parfois dur, très dur, mais plein d'une bonté dont on ne s'explique pas l'existence malgré les obstacles et les embuches.
Dawn Dumont est devenue une autrice importante pour le Canada. Son traducteur, Daniel Gauthier, y est pour beaucoup dans la transmission de ses textes en français. Sa lecture est facile, son style est enlevant. Si on rit moins que dans On pleure pas au bingo, on en sort avec le même sentiment d'attachement envers les personnages, qu'on voudrait encorager, ou aider.
Un vrai beau coup de coeur pour cette autrice.
On pleure pas au bingo et Perles de verre sont liés par un personnage qui pourrait être le même. Juste pour ça, j'apprécie déjà Dumont pour ce côté espiègle. La narratrice du premier pourrait bien être un personnage du second.
Alors que On pleure pas... était raconté au "je", Perles de verre l'est à la troisième personne. Nellie est une jeune avocate dont le monde rapproché est constitué de trois amis, deux d'enfance et un autre qui s'ajoutera à l'université. Des deux amis d'enfance, un a toujours été un flirt, puis un amant, et possiblement un amoureux. Mais rien n'est évident, dans cette relation, comme d'ailleurs celles entre les quatre amis.
Il y a beaucoup de "possibles" dans la vie de Nellie, elle qui se bat contre les "impossibles". Nerd, mais sociable, ambitieuse mais sans confiance en soi, rien n'est simple dans sa vie. Et dans celle de ses amis non plus, dont on pourrait dire qu'ils sont des gens "ordinaires". Mais ils ne sont pourtant pas sans histoires, de celles qui ne rendent pas la vie facile non plus. Pourtant, certains d'entre eux réussiront à porter leur carrière vers l'avant alors que ce sera tout le contraire pour les autres.
Dawn Dumont raconte ces quatre vies comme une conteuse. Ce sont les chroniques de jeunes adultes qui ont grandi dans des résèrves autochtones de la Saskatchewan dans les années 80 et qui sont devenus ce que des années, voir des décennies de désintéressement envers ont fait de la société autochtone actuelle. Dumont raconte des vies de petites jobs ramassées ici ou là, d'alcool omniprésent, de sentiments mal gérés, de violence petite, mais constante, issue de partout: de soi envers soi, de ses proches et par dessus tout, de la société qui les entoure. Par ces portraits de gens dans leur environnement, à travers leurs aventures et leurs conversations, Dumont rend compte d'une société qui se cherche, pour qui tout est difficile. Ces gens sont déracinés dans leur propre pays.
Ces portraits donnent un livre plein d'action, de dialogues puissants, de scènes touchantes et parfois violentes. Elle nous pousse au gré des vents, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. La suite des événements racontés est parfois aléatoire et ce qui pourrait déstabiliser le lecteur fait partie de l'expérience. Ces gens ont une vie d'opportunités, ils sont poussés par le vent, changent d'idée ou de situation au fil des événements et des jours. Ainsi va l'écriture de Dawn Dumont. Ce livre est vif, parfois dur, très dur, mais plein d'une bonté dont on ne s'explique pas l'existence malgré les obstacles et les embuches.
Dawn Dumont est devenue une autrice importante pour le Canada. Son traducteur, Daniel Gauthier, y est pour beaucoup dans la transmission de ses textes en français. Sa lecture est facile, son style est enlevant. Si on rit moins que dans On pleure pas au bingo, on en sort avec le même sentiment d'attachement envers les personnages, qu'on voudrait encorager, ou aider.
Un vrai beau coup de coeur pour cette autrice.
dimanche 20 février 2022
Crossroads, par Jonathan Franzen, éditions Penguin Random House
On dit souvent d'auteurs qu'ils "aiment leurs personnages", ce qui donne souvent des portraits tout en douceur. Jonathan Franzen, lui, aime nous montrer à quel point ils peuvent être détestables, même les plus innocents. Il est comme un chat qui joue avec un oiseau, en le tuant doucement, l'air de rien. C'est ce qui rend ses livres aussi passionnants.
La famille Hildebrant vit en banlieue de Chicago en 1973. Le père est pasteur, la mère, femme de pasteur qui s'ennuie, et ils ont quatre enfants. Le plus vieux a 20 ans. Les autres sont en pleine adolescence, sauf le plus jeune. L'excercice du ministère du pasteur se passe difficilement, puisqu'un autre pasteur, plus jeune, travaille dans la même communauté. Sa notoriété deviendra enviable grâce à son animation d'un groupe de jeunes populaire dans le quartier, Crossroads. Bien vite, ce jeune pasteur deviendra concurrent du pasteur Hildebrant. La guerre fera rage entre les deux et pendant ce temps, les enfants Hildebrant vivront leur émancipation, le plus souvent aux détriments de leur père et de leur mère, qui elle, n'est pas en reste non plus en matière de volonté de changer de vie.
Jonathan Franzen nous dresse un portrait d'une famille américaine moyenne, en nous les montrant non seulement dans leur présent, mais en nous expliquant aussi d'où ils viennent, ce qui les a influencé, et ce qui les influence encore. Toujours, partout, on sentira le désir de chacun de se faire aimer, l'omniprésente considération de l'opinion des autres, la représentation de soi dans la société.
On le comprendra: la religion y joue un grand rôle. Elle se veut un soutient, une base, une référence, mais voilà, les temps changent et les enfents ne sont plus là. Mais quand même, c'est une société où les hommes se sentent investis d'une mission de tout diriger, mais on dirait que ça marche moins que ça marchait avant...
Pour désinhiber ses personnages, l'auteur utilise un procédé audacieux: les psychotropes. L'histoire contient trois scènes où des personnages font l'usage de drogues. Quoi que vous imaginiez, vous vous trompez certainement. Ces scènes sont tout bonnement... hallucinantes et révélatrices, chacune pour des raisons et dans des contextes différents. Ajoutez à ça des dialogues avec des répliques aussi acérées qu'une lame de rasoir, et une connaissance fine de l'âme d'un peuple qui ne sait plus trop où il est rendu.
Crossroads est un divertissement complètement réussi. Franzen fait encore la preuve qu'il sait expliquer la classe moyenne blanche en fouillant dans ses placards, ses jardins secrets et ses pensées profondes. C'est troublant, féministe (à mon seuls) et on en veut encore.
Vivement la traduction en français!
La famille Hildebrant vit en banlieue de Chicago en 1973. Le père est pasteur, la mère, femme de pasteur qui s'ennuie, et ils ont quatre enfants. Le plus vieux a 20 ans. Les autres sont en pleine adolescence, sauf le plus jeune. L'excercice du ministère du pasteur se passe difficilement, puisqu'un autre pasteur, plus jeune, travaille dans la même communauté. Sa notoriété deviendra enviable grâce à son animation d'un groupe de jeunes populaire dans le quartier, Crossroads. Bien vite, ce jeune pasteur deviendra concurrent du pasteur Hildebrant. La guerre fera rage entre les deux et pendant ce temps, les enfants Hildebrant vivront leur émancipation, le plus souvent aux détriments de leur père et de leur mère, qui elle, n'est pas en reste non plus en matière de volonté de changer de vie.
Jonathan Franzen nous dresse un portrait d'une famille américaine moyenne, en nous les montrant non seulement dans leur présent, mais en nous expliquant aussi d'où ils viennent, ce qui les a influencé, et ce qui les influence encore. Toujours, partout, on sentira le désir de chacun de se faire aimer, l'omniprésente considération de l'opinion des autres, la représentation de soi dans la société.
On le comprendra: la religion y joue un grand rôle. Elle se veut un soutient, une base, une référence, mais voilà, les temps changent et les enfents ne sont plus là. Mais quand même, c'est une société où les hommes se sentent investis d'une mission de tout diriger, mais on dirait que ça marche moins que ça marchait avant...
Pour désinhiber ses personnages, l'auteur utilise un procédé audacieux: les psychotropes. L'histoire contient trois scènes où des personnages font l'usage de drogues. Quoi que vous imaginiez, vous vous trompez certainement. Ces scènes sont tout bonnement... hallucinantes et révélatrices, chacune pour des raisons et dans des contextes différents. Ajoutez à ça des dialogues avec des répliques aussi acérées qu'une lame de rasoir, et une connaissance fine de l'âme d'un peuple qui ne sait plus trop où il est rendu.
Crossroads est un divertissement complètement réussi. Franzen fait encore la preuve qu'il sait expliquer la classe moyenne blanche en fouillant dans ses placards, ses jardins secrets et ses pensées profondes. C'est troublant, féministe (à mon seuls) et on en veut encore.
Vivement la traduction en français!
dimanche 16 janvier 2022
On pleure pas au bingo, par Dawn Dumont, éditions Hannenorak
J'ai rarement ri aussi souvent et d'aussi bon coeur qu'en lisant ce livre. Et j'en suis d'autant plus ravi que j'ai constaté, en terminant cette première oeuvre de Dawn Dumont, que j'ai vraiment ri pour plusieurs raisons, et pas une seule. Intelligent, sensible, allumé, ce livre est une bouffée d'air frais pour plusieurs raisons.
Je sais pas pour vous, mais plusieurs choses me font rire. Soyons francs d'entrée de jeu: rire des autres figure en haut du palmarès, et parmi "les autres", il y a soi. Rire de soi est tout un art, qui vient avec une certaine confiance et un public très ciblé. Or, Dawn Dumont nous raconte ici des morceaux de son enfance avec une forte dose d'autodérision, une dose tellement forte qu'elle en mettra plusieurs mal à l'aise, et ce même si elle ne nous connaît pas.
Il faut dire que cette enfance se passe dans une communauté autochtone de la Saskatchewan. Cette réalité teinte tout le livre, mais pas que. Il y a aussi l'époque, les années 80. Dawn Dumont se raconte à travers les lieux, l'époque et à travers elle. Vous me direz que c'est rien de nouveau parce que l'auto-fiction, depuis quelque temps, c'est très "in". Et pourtant, la façon Dawn Dumont est unique.
Son personnage principal, c'est elle, enfant et adolescente. Geek, téméraire, casse-pied, sensible, deuxième d'une famille de 5 enfants, elle est entouré de ses soeurs et de son frère, de ses parents, et de ses multiples cousins. Ses histoires sont autant d'anecdotes qu'on raconte lorsqu'on est entre amis autour d'une table et qu'on se rappelle des choses de notre enfance. C'est cru, sans filtre, mais d'un naturel presque désarmant. Loin du misérabilisme, l'autrice témoigne de sa vie dans une famille autochtone de l'époque avec, oui, l'alcoolisme, la violence entre enfants, l'ostracisation entre communautés, tout ça y est, mais c'est amené comme autant d'épices qui relèvent un plat. Parce que d'abord et avant tout, ce livre est la chronique d'une enfant/ado nord-américaine qui est racontée, avec ses clichés, ses peurs, ses angoisses, mais aussi ses rêves, ses découvertes, ses amours, ses haines. Le racisme et la pauverté surviennent aux moments où vous vous en attendez le moins, souvent en vous faisant rire. On rit jaune, en fait, on se surprend parfois à rire des situations incroyables décrites, et c'est justement tout le charme et l'intelligence de ce livre.
C'est parfois dur, parfois remplie d'amour. Vértable hommage à sa famille, cette oeuvre de Dawn Dumont expose crument une réalité qu'on connaît sous le spectre de nos clichés ou d'initiatives faussement bienveillantes qui voudraient faire appel à notre pitié. Là, on a le portrait vu de l'intérieur, un regard intelligent, sagace, crédible.
Immense attention à porter à l'excellente traduction de Daniel Grenier en français, disons... nord-américain. Dialogues et termes de ce coin de planète sont portés par les bons mots. Un Européen y sera totalememnt dépaysé, un nord-méricain s'y retrouvera pleinement. Quel excellent choix de traducteur.
Vivement d'autres choses de Dawn Dumont, que j'ai adoré pour son écriture vive, drôle, oui, mais brillante, et socialement efficace parce qu'elle nous éveille à une réalité qu'il fait bon voir sous de nouveaux yeux, les siens.
Une question pour la fin: sur la couverture, on indique "roman"? Vraiment? Pourquoi pas un récit? Est-on dans la fiction romanesque ou dans le récit personnel? La seconde option me semble plus juste. Comme c'est bizarre.
Je sais pas pour vous, mais plusieurs choses me font rire. Soyons francs d'entrée de jeu: rire des autres figure en haut du palmarès, et parmi "les autres", il y a soi. Rire de soi est tout un art, qui vient avec une certaine confiance et un public très ciblé. Or, Dawn Dumont nous raconte ici des morceaux de son enfance avec une forte dose d'autodérision, une dose tellement forte qu'elle en mettra plusieurs mal à l'aise, et ce même si elle ne nous connaît pas.
Il faut dire que cette enfance se passe dans une communauté autochtone de la Saskatchewan. Cette réalité teinte tout le livre, mais pas que. Il y a aussi l'époque, les années 80. Dawn Dumont se raconte à travers les lieux, l'époque et à travers elle. Vous me direz que c'est rien de nouveau parce que l'auto-fiction, depuis quelque temps, c'est très "in". Et pourtant, la façon Dawn Dumont est unique.
Son personnage principal, c'est elle, enfant et adolescente. Geek, téméraire, casse-pied, sensible, deuxième d'une famille de 5 enfants, elle est entouré de ses soeurs et de son frère, de ses parents, et de ses multiples cousins. Ses histoires sont autant d'anecdotes qu'on raconte lorsqu'on est entre amis autour d'une table et qu'on se rappelle des choses de notre enfance. C'est cru, sans filtre, mais d'un naturel presque désarmant. Loin du misérabilisme, l'autrice témoigne de sa vie dans une famille autochtone de l'époque avec, oui, l'alcoolisme, la violence entre enfants, l'ostracisation entre communautés, tout ça y est, mais c'est amené comme autant d'épices qui relèvent un plat. Parce que d'abord et avant tout, ce livre est la chronique d'une enfant/ado nord-américaine qui est racontée, avec ses clichés, ses peurs, ses angoisses, mais aussi ses rêves, ses découvertes, ses amours, ses haines. Le racisme et la pauverté surviennent aux moments où vous vous en attendez le moins, souvent en vous faisant rire. On rit jaune, en fait, on se surprend parfois à rire des situations incroyables décrites, et c'est justement tout le charme et l'intelligence de ce livre.
C'est parfois dur, parfois remplie d'amour. Vértable hommage à sa famille, cette oeuvre de Dawn Dumont expose crument une réalité qu'on connaît sous le spectre de nos clichés ou d'initiatives faussement bienveillantes qui voudraient faire appel à notre pitié. Là, on a le portrait vu de l'intérieur, un regard intelligent, sagace, crédible.
Immense attention à porter à l'excellente traduction de Daniel Grenier en français, disons... nord-américain. Dialogues et termes de ce coin de planète sont portés par les bons mots. Un Européen y sera totalememnt dépaysé, un nord-méricain s'y retrouvera pleinement. Quel excellent choix de traducteur.
Vivement d'autres choses de Dawn Dumont, que j'ai adoré pour son écriture vive, drôle, oui, mais brillante, et socialement efficace parce qu'elle nous éveille à une réalité qu'il fait bon voir sous de nouveaux yeux, les siens.
Une question pour la fin: sur la couverture, on indique "roman"? Vraiment? Pourquoi pas un récit? Est-on dans la fiction romanesque ou dans le récit personnel? La seconde option me semble plus juste. Comme c'est bizarre.
mardi 4 janvier 2022
Morel, par Maxime Raymond Bock, éditions Le Cheval d'août
Dans la vie d'un lecteur, je vois chaque livre comme un événement. Et comme dans la vie, certains événements restent en mémoire et on se rend compte avec le temps combien ils ont été déterminant. C'est certainement ce qui va m'arriver avec Morel, qui relate les événements de la vie d'un Montréalais entre les années 1930 et 2000, environ.
Une majeure parite du décor n'existe plus. Il s'agit de quartiers qui s'étendaient le long du fleuve, à la hauteur des quartiers Centre-Sud et Hochelaga. Juste pour cette découverte, le livre en vaut la peine.
Maxime Raymond Bock connaît son sujet sur le bout de ses doigts. En plus de raconter une histoire originale, il nous livre des informations sur des métiers, des lieux, et des descriptions si détaillées de vies passées dans des quartiers disparus qu'on dirait qu'il y a lui-même vécu.
Ce qui rend ce livre si remarquable, c'est aussi la finesse des portraits. L'auteur ne nous décrit à peu près pas son personnage physiquement, mais à la fin du livre, on connaît ses bons comme ses mauvais côtés. Bock nous montre d'où vient Morel, et comment ça se poursuivra pour ceux qui le suivront. L'écriture est dense et les quelques dialogues juste à point. Les descriptions sont grandioses et les sentiments exprimés sont si bien amenés qu'ils vous traversent en même temps que les personnages.
Plusieurs critiques font font un lien entre l'histoire de Morel et le présent en retenant le contexte de relocations, d'évictions de à répétition et d'embourgeoisement de la ville. Bien que ces tableaux prennent une place importante dans ce roman, s'attarder sur eux seuls me semble réducteurs. L'événement déterminant de ce livre est le deuil d'un proche. Il faut en effet être embourgeoisé pour ne voir dans ce roman qu'un équivalent à la crise du logement actuelle. Oui, la perte de ses logis et de ses biens pèse à Morel, mais celle des siens lui est encore plus lourde à porter.
Morel contient des portraits de gens peints par des scènes belles ou violentes mais toujours puissantes et très évocatrices: une enfant au visage lové dans le cou de son père dans le métro, l'apprentissage du flirt après un divorce, un voyage en campagne pour des urbains, la toute puissance des compagnies et de l'argent, l'éducation qui sort un enfant de la violence. Morel est constitué de tout ça, d'émotions fortes et de beaucoup de têtes baissées pour parer les coups. Morel est plein de frustrations, de hargne contenue, et d'amours incalculables. L'humain transcende les choses. De la ville, on voit les infrastructures, mais rarement parle-t-on de ses batisseurs. Maxime Raymond Bock le fait ici avec un talent sans pareil.
Un livre sur un tel sujet attirera inévitablement des commentaires politiques. J'ajoute le mieu en avançant que le roman de Maxime Raymond Bock décrit une portion de l'histoire de Montréal avec un procédé qui en déstabilisera plusieurs. On parle ici d'un procédé rendu rare avec le temps, qu'on pourrait qualifier de l'exact contraire du mépris.
Je vois peu d'équivalents à Morel dans tout ce que j'ai lu. J'ai parfois pensé aux Plouffe, de Roger Lemelin, pour la justesse des tableaux d'époque, aux Chroniques du Plateau Mont-Royal, de Michel Tremblay, pour les décors du Montréal d'antan, mais on est ailleurs avec Morel, et c'est pour ça qu'il faut le lire.
Souhaitons d'autres livres de Maxime Raymond Bock. Je conseille celui-ci aux amants de belle littérature, à qui connait ou a déjà entendu parler de la ville de Montréal, à qui l'habite, à qui l'a choisie. Qui que vous soyez là-dedans, vous en ferez, une nouvelle fois, la découverte.
Une majeure parite du décor n'existe plus. Il s'agit de quartiers qui s'étendaient le long du fleuve, à la hauteur des quartiers Centre-Sud et Hochelaga. Juste pour cette découverte, le livre en vaut la peine.
Maxime Raymond Bock connaît son sujet sur le bout de ses doigts. En plus de raconter une histoire originale, il nous livre des informations sur des métiers, des lieux, et des descriptions si détaillées de vies passées dans des quartiers disparus qu'on dirait qu'il y a lui-même vécu.
Ce qui rend ce livre si remarquable, c'est aussi la finesse des portraits. L'auteur ne nous décrit à peu près pas son personnage physiquement, mais à la fin du livre, on connaît ses bons comme ses mauvais côtés. Bock nous montre d'où vient Morel, et comment ça se poursuivra pour ceux qui le suivront. L'écriture est dense et les quelques dialogues juste à point. Les descriptions sont grandioses et les sentiments exprimés sont si bien amenés qu'ils vous traversent en même temps que les personnages.
Plusieurs critiques font font un lien entre l'histoire de Morel et le présent en retenant le contexte de relocations, d'évictions de à répétition et d'embourgeoisement de la ville. Bien que ces tableaux prennent une place importante dans ce roman, s'attarder sur eux seuls me semble réducteurs. L'événement déterminant de ce livre est le deuil d'un proche. Il faut en effet être embourgeoisé pour ne voir dans ce roman qu'un équivalent à la crise du logement actuelle. Oui, la perte de ses logis et de ses biens pèse à Morel, mais celle des siens lui est encore plus lourde à porter.
Morel contient des portraits de gens peints par des scènes belles ou violentes mais toujours puissantes et très évocatrices: une enfant au visage lové dans le cou de son père dans le métro, l'apprentissage du flirt après un divorce, un voyage en campagne pour des urbains, la toute puissance des compagnies et de l'argent, l'éducation qui sort un enfant de la violence. Morel est constitué de tout ça, d'émotions fortes et de beaucoup de têtes baissées pour parer les coups. Morel est plein de frustrations, de hargne contenue, et d'amours incalculables. L'humain transcende les choses. De la ville, on voit les infrastructures, mais rarement parle-t-on de ses batisseurs. Maxime Raymond Bock le fait ici avec un talent sans pareil.
Un livre sur un tel sujet attirera inévitablement des commentaires politiques. J'ajoute le mieu en avançant que le roman de Maxime Raymond Bock décrit une portion de l'histoire de Montréal avec un procédé qui en déstabilisera plusieurs. On parle ici d'un procédé rendu rare avec le temps, qu'on pourrait qualifier de l'exact contraire du mépris.
Je vois peu d'équivalents à Morel dans tout ce que j'ai lu. J'ai parfois pensé aux Plouffe, de Roger Lemelin, pour la justesse des tableaux d'époque, aux Chroniques du Plateau Mont-Royal, de Michel Tremblay, pour les décors du Montréal d'antan, mais on est ailleurs avec Morel, et c'est pour ça qu'il faut le lire.
Souhaitons d'autres livres de Maxime Raymond Bock. Je conseille celui-ci aux amants de belle littérature, à qui connait ou a déjà entendu parler de la ville de Montréal, à qui l'habite, à qui l'a choisie. Qui que vous soyez là-dedans, vous en ferez, une nouvelle fois, la découverte.
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