dimanche 26 avril 2026

The Emperor of Gladness, par Ocean Vuong, Penguin Press éditeur

Genre de livre qui me poursuit encore plusieurs heures après l'avoir terminé. As de la description, Vuong crée des personnages actuels et vulnérables qu'il brasse dans des scènes hautes en couleur dans un monde pourtant très sombre. C'est une écriture sensible, pleine de poésie dans les descriptions (encore) avec des dialogues captivants.

Le premier chapitre vaut ma reconnaissance à lui seul. L'auteur y pose son décor, une petite ville peu reluisante du Connecticut, plus trash qu'autre chose, traversée par un fleuve. C'est East Gladness.

Gladness se traduit par "joie", ou "allégresse", et celui que l'auteur désigne comme son empereur est un personnage très près d'Ocean Vuong, ce qui rend le récit encore plus troublant. C'est un jeune adulte d'origine vietnamienne, élevé par sa mère et sa grand-mère pour qui tout est difficile. Ce jeune gars sensible prend toutes sortes de substances pour supporter sa vie sans joies, et déjà remplie de disparus.

Deux choses lui arriveront: la rencontre d'une vieille dame isolée avec qui il sera emmené à vivre, et la connaissance de collègues du travail qu'il dénichera dans un fast food bien particulier. Ces personnages sont absolument superbes. Grands dans leur petitesse, ils vont entourer notre homme. Tous vivent des vies plus qu'ordinaires. Certains prendront part à des scènes du livre qui ressemblent parfois à un reportage tellement c'est réaliste. Je pense à un épisode dans un abattoir, et un autre lors d'un match de lutte. C'est un monde dur, mais, j'insiste, décrit avec avec une formidable palette de couleurs.

Vuong est un de ces auteurs qui nous parle des États-Unis comme on en entend peu parler dans les médias et le cinéma. C'est cru. Ce livre tourne autour de moyens de fuir une réalité qu'on ne veut pas voir. Stupéfiants et mensonges sont autant de façons de brouiller l'image qu'on se fait de soi-même. Et c'est sans compter un personnage autiste tellement beau. Ce livre est remarquable par sa façon amoureuse de parler de vies dures, mais sincères. Sa traduction française est L'empereur de la joie, chez Gallimard.

lundi 6 avril 2026

Barques d'ombre, par Gyrdir Eliasson, éditions La Peuplade

C'est un recueil de nouvelles. Avec le style de Gyrdir, simple, factuel et très naturel en même temps, ça en fait un objet étrange, qui ressemble parfois à un recueil de fables, ou de contes ou de pensées. Les histoires racontées sont tirées du quotidien de personnages on ne peut plus ordinaires, et leur point commun est le décor: l'Islande, tant par sa nature que par les habitudes de ses personnages, est omniprésente.

Ça en fait un objet très calme. On n'est pas dans la violence avec Gydrdir, mais dans l'observation des moeurs de l'humanité. C'est parfois très beau, comme la première nouvelle, par exemple, que j'ai relu tout de suite une fois terminée. La dernière, aussi, a une finale très touchante.

Mais voilà, on a beau aimer un auteur de tout son coeur, lorsqu'on tombe dans un recueil de nouvelles, on se sent souvent un peu trahi. Dans un roman, on pardonne une portion un peu plus longuette ou pas vraiment nécessaire, un genre de trip d'auteur parce qu'on sait que l'histoire, qu'on aime, va reprendre à un certain moment donné. Mais dans un recueil de nouvelles, cette longueur ou cette chose incongrüe qu'on se demande ce qu'elle fait là, c'est souvent une nouvelle au complet. On la commence, on la termine et on s'apperçoit qu'on n'a tout simplement aucune émotion. C'est décevant.

Avec ces nouvelles, on se demande soit si quelque chose ne s'est pas perdu dans la traduction, soit si l'éditeur n'a pas été un peu trop généreux aec un de ses chouchoux en acceptant des textes un peu plus quelconque.

En tout cas, si vous voulez découvrir cet excellent auteur islandais, commencez plutôt par Requiem, que je vous recommande chaudement. Ensuite, si vous tombez sous le charme... ben procurez-vous ses autres romans, parce que ce recueil de nouvelles risque, malheureusement, de vous décevoir un peu.