mercredi 6 mai 2026

Saint-Nicolas-des-Marins, par Alex McCann, éditions Alto

C'est un livre d'une grande noirceur qui se passe dans le blanc. Il y est question de colère, d'ostracisation et de vengence dans un décor de froidure intense. C'est presqu'un conte, plein d'images oniriques où plusieurs verront des métaphores. C'est un roman dont l'histoire forte est racontée rapidement et, justement, une certaine froideur. J'en sors avec l'impression d'avoir manqué quelque chose.

Pourtant le cadre est superbe: un petit village maritime isolé par un froid intense où la population survit tant bien que mal. L'histoire est racontée par un personnage ostracisé et reclus qui habite dans un phare. De par sa nature de personne mise à l'écart, il attirera à lui d'autres personnages atypiques. Ils développeront ensemble leur haine du monde, souhaitant tellement le pire pour le village qu'il finiront par le provoquer.

C'est presqu'un conte parce que l'auteur y saupoudre des références réussies au surnaturel. Ses plus beaux passages sont ceux d'un monde parralèle adjacent au village où se retrouvent des personnages qu'on ne sait trop s'ils sont morts ou vivants. La mort se confond souvent avec la vie dans Saint-Nicolas-des-Marins, ce qui m'a parfois rendu confus. Les images sont belles, l'histoire cruelle, mais les fils qui relient tout ça sont parfois difficiles à attacher. J'aurais aimé qu'il nous présente plus profondément ses principaux acteurs. On dirait que je n'ai pas totalement saisi leur essence.

McCann aborde aussi le désir d'un homme pour d'autres hommes de toutes sortes de façons. Là encore, il joue avec Éros et Thanatos et l'imagerie onirique en évoquant ce qui s'est peut-être passé, ou ce que le personnage aimerait qu'il se passe. Certaines scènes sont vraiment très belles et pour tout dire, si ce filon avait été exploité davantage, j'aurais peut-être été plus touché.

L'histoire se termine dramatiquement. D'ordinaire, j'aurais dû refermer le livre avec émotion, une certaine empathie. Mais non. C'est comme si le froid avait eu trop d'emprise sur moi. C'est dommage. Son sens m'a échappé. Je comprendrai que Saint-Nicolas-des-Marins ait plu à plusieurs. Pour ma part, ne me reste qu'une triste et regrettable impression de froid.