dimanche 30 août 2026

Les belles promesses, par Pierre Lemaitre, éditions Calmann-Lévy

Mission accomplie! J'aurai lu tous les tômes de la fabuleuse traversée du 20e siècle de Pierre Lemaitre. C'est certain que si vous n'avez rien lu de lui avant, Les belles promesses vous paraîtra peut-être étrange. Et si vous avez passé à travers les aventures de la famille Pelletier précédemment, vous en verrez ici l'aboutissement.

Fabuleux conteur, Lemaitre, c'est d'abord un rythme. Zéro longueurs avec lui. Aucun temps mort, et exit la poésie. Cet auteur vous fait lire rapidement. On perçoit le spécialiste du polar sans que ça en soit un. Les rebondissements se succèdent, on éclate de rire, on est totalement exaspéré et on vit quelques frayeurs.

Avc cette série, Lemaitre aura créé des personnages incroyables. Que dire de l'inégalable Geneviève et de son tout aussi singulier époux, Jean. Dans ce dernier tôme, ils prennent toute la place, même qu'on regrette un peu que les autres soient plutôt mis de côté, hormis François, le frère de Jean.

Et il y a aussi l'époque. On est dans les années 1960 à Paris, au moment de la constrution du boulevard périphérique. La ville est un chantier de construction, tout va vite... comme Pierre Lemaitre. Le bitume mais aussi le paysage agricole constitueont les décors les plus fréquents. Ici, les décors sont secondaires. Toute la place est prise par les personnages, aussi puissants (dans le sens d'incroyables) les uns que les autres.

Bon, Peut-être que ça se termine un peu rapidement, aussi. C'est comme si on sentait que l'auteur regrettait de mettre fin à tout ça. C'est un genre de fin classique, oui, mais qui a quand même le mérite de contenir sa part de rocambolesque. On termine le livre avec le sourire en se disant "ah ben oui, c'est bien ça. Ça devait arriver".

Amateurs de l'auteur, ne boudez pas votre plaisir et allez jusqu'au bout. Et pour ceux qui ne connaîtraient pas Pierre Lemaitre et qui auraient le gout d'une bonne série bourrée d'action et de rebondissements, commencez par Au revoir là-haut. Vous ne vous ennuirez pas.

dimanche 16 août 2026

Blancheur, de Jon Fosse, éditions Christian Bourgois

Il faut un auteur hors du commun pour vous emmener aussi loin en seulement 70 pages.

Jon Fosse ouvre la grande porte, la dernière, l'ultime, pour son personnage complètement perdu. Le gars a pris son char, a zigzagué d'un chemin à l'autre jusqu'à s'embourber dans un sentier forestier. Il sort, marche, et se perd.

Ce qui l'a rendu là est supposé par l'auteur. Comme à son habitude, il nous fait entrer dans la tête d'une personne confuse, tourmentée, dont les quelques instants de lucidité sont autant de tremplins pour plonger encore plus profondément dans une obscurité typique des personnages de Fosse. Le soir tombe, mais voilà qu'il se met à neiger, et tout devient blanc, de plus en plus blanc. La confusion se transforme alors en quelque chose d'autre, et quelle que soit la définition qu'on en fasse, c'est très touchant.

Lire Jon Fosse est une expérience dont je ne me lasse pas. Mon seul regret à propos de Blancheur est de ne pas l'avoir lu dans les meilleures dispositions. J'envie qui le lira d'une traite dans un lieu à l'écart, propice à sentir le soir tomber, puis la neige, puis le reste.

Jon Fosse est l'un des meilleurs pour nous traduire dans la réalité le genre de quatrième dimension dans laquelle se retrouvent des personnes que la vie rend fragile. Son ton, qui me fait de plus en plus penser à celui des pièces de Beckett, est d'abord difficile à cerner, mais une fois qu'on a pris le tempo, on est fascinés. Le gars crée des personnages extra-lucides. Ce court livre en est la preuve. Le gars en vient à voir et à ressentir des choses. Et si c'était comme ça que ça se passait, ce fameux moment?

Si vous n'avez jamais lu Jon Fosse, je recommande Blancheur pour vous y initier. Le ton, l'environnement, le personnage: tout y est. Si vous aimez ça, poursuivez votre découverte avec Matin et soir ou Melancholia II. Tiens, faudra que je relise ça un jour, moi.

dimanche 2 août 2026

Le spleen d'Oulan-Bator, par Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, Les Presses de l'Université de Montréal éditeur

Ah les récits de voyage, ces exercices le plus souvent égocentriques, toujours trop longs, qui n'intéressent le plus souvent que l'auteur lui-même. Légaré-Tremblay transforme habilement ce qui aurait pu en être un en un récit qui prend la forme d'un aveu: par sa faute, un voyage peut sombrer dans l'ennui. Pas l'ennui de la maison ou de quelqu'un, non, mais celui qu'on pourrait confondre avec le désoeuvrement. Dans la langue de mon côté du monde on pourrait dire: trouver ça plate.

Pourtant la Mongolie, c'est pas rien. Légaré-Tremblay nous le démontre sur quelques pages où il raconte un voyage précédent au même endroit. Mais c'était l'été, et cette fois, il y est en plein hiver, avec un froid lttéralement sibérien et une pollution presqu'invivable à cause des chauffauges au charbon qu'utilisent les habitants de cette grande ville du nord.

On a souvent décrit l'expérience de la solitude, mais rarement celui de l'ennui. L'intérêt dans l'ennui, c'est d'abord de voir comment on est tombé dedans, et ensuite d'observer comment on fait pour s'en sortir. Qu'on le veuille ou non, ça finit souvent par quelques grands auto-coups de pied au cul. Mais quand t'es dans une ville hyper polluée eet qu'il fait en bas de -30C, t'as un peu moins de volonté à partir à l'aventure.

Et pourtant, l'auteur est quand même en Mongolie, un pays méconnu qu'il nous décrit socialement et historiquement à travers ses non-pérégrinations. Le récit de voyage devient une initiation à une partie inconnue du monde, et c'est fort intéressant. Comme quoi raconter un voyage qui n'a pas été ce qu'on s'en attendait crée sans doute le meilleur récit. Jean-Frédéric Légaré-Tremblay le fait habilement, comme on raconte une avarie qui nous est arrivée, en mettant l'accent sur les bons éléments, avec sincérité, et en sachant nous captiver.

C'est peut-être à lire pendant que vous êtes en voyage, justement pur vous faire apprécier le vôtre.