Marc Séguin parle au "je" en nous introduisant un essai sur le monde de l'art contemporain par le récit d'un coup de foudre ressenti pour l'oeuvre du peintre Ozias Leduc, décédé en 1955. Qu'un artiste actuel s'intéresse à un autre donc les oeuvres les plus connues ornent des églises a de quoi étonner. C'est cette rencontre qui m'a intrigué. Elle cachait autre chose, qui s'est avéré tout aussi intéressant, sinon plus.
Séguin utilise ce prétexte, qui a tout pour soulever la stupéfaction de ses pairs du milieu artistique, pour justement parler du milieu des arts de notre époque. En fait, l'auteur nous parle de son métier / vocation / art, appelez ça comme vous voudrez. Les techniques, les contraintes, les doutes, les accomplissements: c'est un véritable reportage sur la création. Pour qui, comme moi, s'y connaît peu, c'est vraiment passionnant, d'autant plus qu'il porte un regard très lucide sur tout ce qui entoure sa vie d'artiste.
Là aussi, toutes les émotions sont au rendez-vous. On perçoit une certaine amertume envers des aspects du marché de l'art, des questionnements sur son enseignement, mais aussi une admiration respectueuse envers des professions connexes, comme par exemple pour un historien de l'art ou des conservateurs.
La force de cette oeuvre est sa capacité à vulgariser un sujet qu'on trouve trop souvent hors de notre portée, lorsque des artistes semblent se parler entre eux. Ici, le ton de Séguin est celui du gars qui te raconte sa job et son monde à travers des anecdotes et des bribes de sa vie récente.
Et comme, au bout du compte, cette vie et cet art font de lui ce qu'il est, il nous séduit en nous racontant sa passion pour un autre peintre, et son obsession pour une de ses oeuvres en particulier. C'est alors qu'un autre talent de Marc Séguin, celui de conteur, entre en jeu, et l'histoire nous empreigne juste assez pour qu'on ressente son coup de foudre.
Belle découverte que ce court essai.
samedi 11 janvier 2025
lundi 30 décembre 2024
Je travaille dans le bruit, par Yannick, Marcoux, éditions XYZ
Attention, alerte au coup de foudre. Déjà que le livre commence avec un code QR qui nous mène à une trame sonore proposée pour la lecture du livre, je croyais rêver. Enfin, un auteur avait compris mon penchant pour les accords musique/mots. Je n'étais pas seul!
Puis, très tôt, on sait qu'on est en plein dans la musique, les ambiances sonores, les lieux de rencontre, les exutoires et les plaisirs. Subversif pour notre temps, ce roman est à l'inverse de notre société hyper visuelle. Ici, le décor est minimal, mais l'ambiance est à son maximum. Les descriptions de musiques, de sons et de shows atteignent des hauteurs que j'ai rarement exploré en lisant. Adeptes de sans alcool et de cooconing à la maison devant votre écran pour une série télé, ne manquez pas ce livre, car vous serez totalement dépaysés: c'est l'exact contraire de votre vie.
Yannick Marcoux raconte un barman, sa profession, ses horaires, sa vie sociale, ses interactions, son environnement. Déjà, juste pour ça, c'est pasionnant, parce que le portrait est empreint de respect. Ses descriptions vont au-delà des idées reçues du personnage à la vie dissolue qu'on s'en fait habituellement. Oui, la vie est toute autre. Oui, il y a de l'alcool et, comme on se rapporte à il y a quelques années, il y a de la fumée. On se couche tard, la vie sociale se mèle à la vie professionnelle, mais la beauté de ce livre, ce sont ses portraits d'humains. Des clients habitués aux membres du personnel qui tiennent quasiment de la légende, Marcoux peint une galerie de personnages passionnants et aussi beaux les uns que les autres.
Ici, le méchant, c'est le temps, qui avance inexorablement, tant pour les personnages que pour la société. Dans ce livre, le bar montréalais, personnage central, changera au fil de son voisinage, de ses employés et de ses clients. Certains épisodes sont épiques, qu'il s'agisse d'un hold-up ou d'un spectacle.
Il faut redire que Yannick Marcoux parle de musique avec une délicatesse remarquable. J'ai été vraiment ému de sa description de pièces ou d'interprétations, de performances de musiciens sur scène ou sur disque. Ses décors sont faits de notes et d'odeurs. La bière donne soif et le bruit enveloppe, malgré les excès de chacun, que l'auteur décrit avec des mots justes, dans une langue facile à lire, qui coule aussi facilement qu'un fut dans une choppe ou qu'une mélodie d'un instrument.
Lire ce livre est une succession de beaux moments, souvent touchants, jamais ennuyants, d'un monde trop souvent mal aimé, mais tellement nécessaire. Superbe, et très réussi!
Puis, très tôt, on sait qu'on est en plein dans la musique, les ambiances sonores, les lieux de rencontre, les exutoires et les plaisirs. Subversif pour notre temps, ce roman est à l'inverse de notre société hyper visuelle. Ici, le décor est minimal, mais l'ambiance est à son maximum. Les descriptions de musiques, de sons et de shows atteignent des hauteurs que j'ai rarement exploré en lisant. Adeptes de sans alcool et de cooconing à la maison devant votre écran pour une série télé, ne manquez pas ce livre, car vous serez totalement dépaysés: c'est l'exact contraire de votre vie.
Yannick Marcoux raconte un barman, sa profession, ses horaires, sa vie sociale, ses interactions, son environnement. Déjà, juste pour ça, c'est pasionnant, parce que le portrait est empreint de respect. Ses descriptions vont au-delà des idées reçues du personnage à la vie dissolue qu'on s'en fait habituellement. Oui, la vie est toute autre. Oui, il y a de l'alcool et, comme on se rapporte à il y a quelques années, il y a de la fumée. On se couche tard, la vie sociale se mèle à la vie professionnelle, mais la beauté de ce livre, ce sont ses portraits d'humains. Des clients habitués aux membres du personnel qui tiennent quasiment de la légende, Marcoux peint une galerie de personnages passionnants et aussi beaux les uns que les autres.
Ici, le méchant, c'est le temps, qui avance inexorablement, tant pour les personnages que pour la société. Dans ce livre, le bar montréalais, personnage central, changera au fil de son voisinage, de ses employés et de ses clients. Certains épisodes sont épiques, qu'il s'agisse d'un hold-up ou d'un spectacle.
Il faut redire que Yannick Marcoux parle de musique avec une délicatesse remarquable. J'ai été vraiment ému de sa description de pièces ou d'interprétations, de performances de musiciens sur scène ou sur disque. Ses décors sont faits de notes et d'odeurs. La bière donne soif et le bruit enveloppe, malgré les excès de chacun, que l'auteur décrit avec des mots justes, dans une langue facile à lire, qui coule aussi facilement qu'un fut dans une choppe ou qu'une mélodie d'un instrument.
Lire ce livre est une succession de beaux moments, souvent touchants, jamais ennuyants, d'un monde trop souvent mal aimé, mais tellement nécessaire. Superbe, et très réussi!
mardi 17 décembre 2024
La part de l'océan, de Dominique Fortier, éditions Alto
C'est mon premier Dominique Fortier. Les thèmes de ses livres précédents ne m'appelaient pas, mais je reconnaissais la grande autrice par tout ce que je lisais sur elle. Cette fois, le thème m'a plu: Herman Melville est en train d'écrire Moby Dick et il en parle avec son ami, Nathaniel Hawthorne.
Fortier nous emmène rapidement au-delà des simples conversations entre auteurs. Chacun admire l'autre et pour Melville, c'est bien plus que de l'admiration qu'il éprouve pour son ami. On parle d'obsession, d'un besoin, de quelque chose d'aussi malsain que de superbe, de violent et de tendre. Ajoutez le décor du 19e sièce, la Nouvelle-Angleterre, et vous avez un tableau parfait pour... mais c'est pas tout à fait ça.
/br> À cette histoire, l'autrice en mèle une autre, personnelle, avec un personnage, un écrivain, avec qui elle vit le même type d'admiration commune.
Sans avoir rien lu d'elle, je crois être entré dans le monde de Dominique Fortier avec un vent de face. Ce livre m'a demandé du travail. J'étais sur le point de décrocher que je raccrochais avec un instant sublime. Puis, je décrochais encore, et ainsi de suite.
Faut dire que l'autrice nous fait naviguer sur plusieurs eaux en même temps, entre son histoire personnelle, celle, passionnante, des deux auteurs américains, mais aussi de celle de la femme de Melville, solitaire dans un monde de mots et de gens, en plus des humeurs imprévisibles de son mari, et de tout ce qui se passe autour d'eux.
C'est sans doute un livre sur l'écriture, ce qu'est écrire, pourquoi on le fait, mais aussi, surtout, pour qui. Comme une huitre difficile à ouvrir, La part de l'océan contient des perles. Les passions décrites sont fortes, superbes et parfois incompréhensibles. C'est beau, mais comme aimer sans savoir si on est aimé en retour, c'est parfois difficile.
Fortier nous emmène rapidement au-delà des simples conversations entre auteurs. Chacun admire l'autre et pour Melville, c'est bien plus que de l'admiration qu'il éprouve pour son ami. On parle d'obsession, d'un besoin, de quelque chose d'aussi malsain que de superbe, de violent et de tendre. Ajoutez le décor du 19e sièce, la Nouvelle-Angleterre, et vous avez un tableau parfait pour... mais c'est pas tout à fait ça.
/br> À cette histoire, l'autrice en mèle une autre, personnelle, avec un personnage, un écrivain, avec qui elle vit le même type d'admiration commune.
Sans avoir rien lu d'elle, je crois être entré dans le monde de Dominique Fortier avec un vent de face. Ce livre m'a demandé du travail. J'étais sur le point de décrocher que je raccrochais avec un instant sublime. Puis, je décrochais encore, et ainsi de suite.
Faut dire que l'autrice nous fait naviguer sur plusieurs eaux en même temps, entre son histoire personnelle, celle, passionnante, des deux auteurs américains, mais aussi de celle de la femme de Melville, solitaire dans un monde de mots et de gens, en plus des humeurs imprévisibles de son mari, et de tout ce qui se passe autour d'eux.
C'est sans doute un livre sur l'écriture, ce qu'est écrire, pourquoi on le fait, mais aussi, surtout, pour qui. Comme une huitre difficile à ouvrir, La part de l'océan contient des perles. Les passions décrites sont fortes, superbes et parfois incompréhensibles. C'est beau, mais comme aimer sans savoir si on est aimé en retour, c'est parfois difficile.
mardi 26 novembre 2024
Oiseaux de passage, par Fernando Aramburu, éditions Actes Sud
Le gars décide qu'il mourra dans un an, à une date précise. Il lui reste donc un an. Le livre est l'histoire de cette année, mois par mois, entremêlée de flashbacks de la vie du narrateur.
Prof au secondaire avec une vie plus qu'ordinaire, la plupart de ses relations ont été désastreuse. Ce fut l'horreur avec son ex, son frère, son père (classique), mais aussi son fils, avec qui la relation est franchement pathétique. Reste peut-être sa mère, mais aussi, et surtout, un ami qui pend une place importante dans cette dernière année de vie, ainsi qu'une autre ex (avant la mère de son enfant), qui s'immice joliment vers la fin.
Autre personnage important: la ville. Cette histoire se passe à Madrid. On en sort à peine. L'auteur la parcourre en tout sens. Côté dépaysement, c'est parfait et trèes réussi.
J'ai peu lu d'auteurs espagnols, sauf Eduardo Mendoza, dont j'adore les sarcasmes et les situations dérisoires. J'ai reconnu beaucoup de ça avec Aramburu. Son narrateur parle des autres et de lui avec beaucoup d'ironie. Avec son ami, ils critiquent autant la société espagnole que leurs propres vies ordinaires, avec énormément d'autodérision. C'est là toute la saveur de ce livre, qui, fort heureusement, a réussi à passer par dessus son côté plus déplaisant: son machisme. Ce n'est rien de fort ni de violent, mais un genre de constante qui fait passer les personnages féminins pour hyper-sensibles ou folles, et quelques remarques un peu bébêtes. Bien sur, ça contribue souvent à donner un certain ton à l'histoire, mais à force, il y a plusieurs cas, dans ces quelque 600 pages où j'ai trouvé que l'auteur poussait un peu fort.
Culturel? No sé. Peut-être, mais c'est un raccourci qui me semble facile. Reste que le machisme ordinaire crée des situations ou des impressions qui se racontent bien, faut l'admettre. Volontaire ou pas? Je ne sais pas, pour n'avoir rien lu d'autre d'Aramburu.
Au-delà de ça, Oiseaux de passages a été un bon séjour à Madrid, dont la fin touchante ne laisse pas indifférent. C'est une belle diversion de mes lectures habituelles.
Prof au secondaire avec une vie plus qu'ordinaire, la plupart de ses relations ont été désastreuse. Ce fut l'horreur avec son ex, son frère, son père (classique), mais aussi son fils, avec qui la relation est franchement pathétique. Reste peut-être sa mère, mais aussi, et surtout, un ami qui pend une place importante dans cette dernière année de vie, ainsi qu'une autre ex (avant la mère de son enfant), qui s'immice joliment vers la fin.
Autre personnage important: la ville. Cette histoire se passe à Madrid. On en sort à peine. L'auteur la parcourre en tout sens. Côté dépaysement, c'est parfait et trèes réussi.
J'ai peu lu d'auteurs espagnols, sauf Eduardo Mendoza, dont j'adore les sarcasmes et les situations dérisoires. J'ai reconnu beaucoup de ça avec Aramburu. Son narrateur parle des autres et de lui avec beaucoup d'ironie. Avec son ami, ils critiquent autant la société espagnole que leurs propres vies ordinaires, avec énormément d'autodérision. C'est là toute la saveur de ce livre, qui, fort heureusement, a réussi à passer par dessus son côté plus déplaisant: son machisme. Ce n'est rien de fort ni de violent, mais un genre de constante qui fait passer les personnages féminins pour hyper-sensibles ou folles, et quelques remarques un peu bébêtes. Bien sur, ça contribue souvent à donner un certain ton à l'histoire, mais à force, il y a plusieurs cas, dans ces quelque 600 pages où j'ai trouvé que l'auteur poussait un peu fort.
Culturel? No sé. Peut-être, mais c'est un raccourci qui me semble facile. Reste que le machisme ordinaire crée des situations ou des impressions qui se racontent bien, faut l'admettre. Volontaire ou pas? Je ne sais pas, pour n'avoir rien lu d'autre d'Aramburu.
Au-delà de ça, Oiseaux de passages a été un bon séjour à Madrid, dont la fin touchante ne laisse pas indifférent. C'est une belle diversion de mes lectures habituelles.
dimanche 20 octobre 2024
Held, par Anne Michaels, McClelland & Stewart éditeur
J'ai été sur un petit nuage. Je sors de ce livre plein de respect pour une autrice d'une sensibilité exceptionnelle.
À elles seules, les 25 premières pages vous happent. Un homme est étendu dans une tranchée de la Première guerre mondiale. Il ne sait trop s'il est mort ou vivant. Ses pensées voyagent entre des souvenirs du passé et la réalité, où un autre homme est allongé près de lui en le fixant de ses yeux restés ouverts après la mort.
On retrouve ensuite cet homme et ses pensées qui le poursuivent quelque deux années plus tard. Cette proximité de la mort le hante. Il passe maintenant sa vie en sachant la mort tout près, partout. Cette obsession le suivra jusqu'à sa mort inéluctable, et comme la vie des disparus qu'il mélangeait avec la sienne, comme si des morts poursuivaient des moments de vie par son intermédiaire, son obsession se transmettra à travers celles et ceux qui le suivront.
On retrouvera plus loin sa fille, puis sa petite fille qui, elles aussi, auront un fort désir de vivre, toujours en étant en proximité avec la mort, quelque soit l'époque.
Ça peut paraître morbide, mais c'est d'une luminosité incroyable. Anne Michaels nous dit, dans ses mots vraiment superbes, que la vie se poursuit de toutes sortes de façons, par le souvenir, par nos actions, et par nos amours. Cette autrice décrit l'amour, celui entre deux êtres et celui de la vie, d'une façon splendide. On parlera de poésie pour décrire son écriture. Je n'en suis pas certain. L'autrice utilise des images tellement claires et belles pour décrire des sentiments, des situations, que ça va de soit.
Ses personnages sont tendres, vulnérables et sensibles. Personne ne crie dans ce livre, et si ça arrive, on le devine à travers un chagrin, une stupeur, ou un départ trop rapide. Held est vraiment écrit finement, tout en nous gardant captivé avec ses personnages pleins de volonté, de désir d'agir, d'intervenir, de mordre dans la vie, et de ceux qui les attendent ou qui les voient partir. C'est touchant sans bon sens, beau, délicat, bref...
Ouf.
Held vient de sortir en version française par la traduction de Dominique Fortier sous le titre Étreintes, aux éditions Alto. Anne Michaels est une autrice canadienne que je ne connaissais pas et que je suis trop heureux d'avoir découvert.
À elles seules, les 25 premières pages vous happent. Un homme est étendu dans une tranchée de la Première guerre mondiale. Il ne sait trop s'il est mort ou vivant. Ses pensées voyagent entre des souvenirs du passé et la réalité, où un autre homme est allongé près de lui en le fixant de ses yeux restés ouverts après la mort.
On retrouve ensuite cet homme et ses pensées qui le poursuivent quelque deux années plus tard. Cette proximité de la mort le hante. Il passe maintenant sa vie en sachant la mort tout près, partout. Cette obsession le suivra jusqu'à sa mort inéluctable, et comme la vie des disparus qu'il mélangeait avec la sienne, comme si des morts poursuivaient des moments de vie par son intermédiaire, son obsession se transmettra à travers celles et ceux qui le suivront.
On retrouvera plus loin sa fille, puis sa petite fille qui, elles aussi, auront un fort désir de vivre, toujours en étant en proximité avec la mort, quelque soit l'époque.
Ça peut paraître morbide, mais c'est d'une luminosité incroyable. Anne Michaels nous dit, dans ses mots vraiment superbes, que la vie se poursuit de toutes sortes de façons, par le souvenir, par nos actions, et par nos amours. Cette autrice décrit l'amour, celui entre deux êtres et celui de la vie, d'une façon splendide. On parlera de poésie pour décrire son écriture. Je n'en suis pas certain. L'autrice utilise des images tellement claires et belles pour décrire des sentiments, des situations, que ça va de soit.
Ses personnages sont tendres, vulnérables et sensibles. Personne ne crie dans ce livre, et si ça arrive, on le devine à travers un chagrin, une stupeur, ou un départ trop rapide. Held est vraiment écrit finement, tout en nous gardant captivé avec ses personnages pleins de volonté, de désir d'agir, d'intervenir, de mordre dans la vie, et de ceux qui les attendent ou qui les voient partir. C'est touchant sans bon sens, beau, délicat, bref...
Ouf.
Held vient de sortir en version française par la traduction de Dominique Fortier sous le titre Étreintes, aux éditions Alto. Anne Michaels est une autrice canadienne que je ne connaissais pas et que je suis trop heureux d'avoir découvert.
dimanche 13 octobre 2024
Dents de fortune, par Fanie Demeule, éditions Hamac
Belle découverte d'un roman dont le caractère historique se retrouve dans la finesse de la langue et du quotidien, plutôt que dans la Grande Histoire.
L'autrice raconte une jeune habitante des Îles-de-la-Madeleine qui quittera ses terres et sa famille pour aller vivre à Montréal. Situé il y a une centaine d'années, le récit décrit d'abord magnifiquement la vie extrèmement difficile des Madelinots de l'époque. Bien sur, il y a la mer omniprésente et tout ce qu'elle représente pour les insulaires, mais aussi l'isolement, la crise économique, et surtout, le sentiment d'étouffement que des jeunes, comme l'héroïne, pouvaient ressentir.
On se transporte ensuite en train avec elle jusqu'à Montréal où là aussi, la vie de ces nouveaux habitants arrivés avec rien et prêts à tout pour gagner un peu d'argent, est raconté finement.
La recherche historique se sent tout au long du livre. Elle est saupoudrée avec doigté dans la description d'un paysage, d'une habitude ou d'un métier, ce qui rend le livre aussi intéressant que captivant. Gros coup de coeur pour l'utilisation de mots et expressions tirés de la langue des Madelinots. Il faut souligner avec quelle habileté Fanie Demeule insère ces mots. Ça se fait sans clichés, sans italiques ni guillemets ni incises, comme si ces mots appartenaient autant au lecteur qu'aux personnages. C'est très bien amené, il faut le souligner.
Le dernier quart du livre commence avec un grand drame qui donne un autre ton à la dernière partie du livre, où les événements se bousculent en peu par rapport aux trois premiers quarts. À mon sens, quelques pages supplémentaires n'auraient pas été superflues pour nous permettre d'atterir un peu moins abruptement.
Reste que Dents de fortune est une belle réussite, sobre, hyper bien documentée, teinté d'une belle poésie et d'un amour certain des personnages par son autrice.
L'autrice raconte une jeune habitante des Îles-de-la-Madeleine qui quittera ses terres et sa famille pour aller vivre à Montréal. Situé il y a une centaine d'années, le récit décrit d'abord magnifiquement la vie extrèmement difficile des Madelinots de l'époque. Bien sur, il y a la mer omniprésente et tout ce qu'elle représente pour les insulaires, mais aussi l'isolement, la crise économique, et surtout, le sentiment d'étouffement que des jeunes, comme l'héroïne, pouvaient ressentir.
On se transporte ensuite en train avec elle jusqu'à Montréal où là aussi, la vie de ces nouveaux habitants arrivés avec rien et prêts à tout pour gagner un peu d'argent, est raconté finement.
La recherche historique se sent tout au long du livre. Elle est saupoudrée avec doigté dans la description d'un paysage, d'une habitude ou d'un métier, ce qui rend le livre aussi intéressant que captivant. Gros coup de coeur pour l'utilisation de mots et expressions tirés de la langue des Madelinots. Il faut souligner avec quelle habileté Fanie Demeule insère ces mots. Ça se fait sans clichés, sans italiques ni guillemets ni incises, comme si ces mots appartenaient autant au lecteur qu'aux personnages. C'est très bien amené, il faut le souligner.
Le dernier quart du livre commence avec un grand drame qui donne un autre ton à la dernière partie du livre, où les événements se bousculent en peu par rapport aux trois premiers quarts. À mon sens, quelques pages supplémentaires n'auraient pas été superflues pour nous permettre d'atterir un peu moins abruptement.
Reste que Dents de fortune est une belle réussite, sobre, hyper bien documentée, teinté d'une belle poésie et d'un amour certain des personnages par son autrice.
mardi 1 octobre 2024
Amiante, de Sébastien Dulude, éditions La Peuplade
J'y suis entré de travers, mais j'en suis sorti bien droit. C'est un livre beau et lent, étrange et exigeant, qui mérite son succès, mais qui me fait me poser encore beaucoup de questions.
La force de ce livre, c'est son ambiance. C'est comme si une brûme ou une fine pellicule de poussière enveloppait tout. Dulude raconte un personnage dont l'enfance et l'adolescence sont marqués chacun par un drame. En trame de fond, une cité minière où la beauté est rare, tant chez les gens que dans ce qui les entoure. On dirait que tout y est lent, comme les gros camions, et dur, comme la pierre qui explose à la mine. Dulude raconte ça sans cris, sans flafla, souvent avec des images très belles et d'autres parfois un peu alambiquées, avec tellement de flou qu'on se frotte un peu les yeux (c'est-à-dire: on relit une deuxième fois) pour bien être certain de ce qu'on a compris. Ou on relit parce que c'est tout simplement beau.
Les années 80 et 90, où les deux épisodes de la vie du personnage se passe, ajoutent une touche nostalgique de cette époque, ce qui nous permet de mettre un peu plus de couleurs dans les décors intérieurs que ceux, plus durs, de l'extérieur, qu'ils soient industriels ou forestiers.
Amiante, c'est de la dureté racontée avec douceur, et c'est là, à mon sens, où réside l'exploit. Il mérite son succès, c'est certain, mais...
J'y suis entré de travers à cause du bruit: on a beaucoup moussé son succès critique européen avant même sa sortie. Bon, on peut pas être contre le succès, surtout s'il est mérité, mais était-ce un gage de succès populaire? Puis, en le terminant, j'ai pensé à des auteurs comme Sophie Bienvenu, Jean-Christophe Réhel, ou Larry Tremblay, par exemple et je me suis demandé pourquoi ils n'avaient pas eu le même succès critique européen avant leurs sorties respectives, eux aussi.
Bref, c'est l'industrie, je sais, mais y'a un risque. Tant mieux si Amiante fait son chemin de par le monde après un départ canon. Le risque en valait la chandelle. Mais j'aimerais bien que d'autres paroles du même côté du monde que le mien puissent prendre le même chemin, en bénéficiant de la même lumière.
La force de ce livre, c'est son ambiance. C'est comme si une brûme ou une fine pellicule de poussière enveloppait tout. Dulude raconte un personnage dont l'enfance et l'adolescence sont marqués chacun par un drame. En trame de fond, une cité minière où la beauté est rare, tant chez les gens que dans ce qui les entoure. On dirait que tout y est lent, comme les gros camions, et dur, comme la pierre qui explose à la mine. Dulude raconte ça sans cris, sans flafla, souvent avec des images très belles et d'autres parfois un peu alambiquées, avec tellement de flou qu'on se frotte un peu les yeux (c'est-à-dire: on relit une deuxième fois) pour bien être certain de ce qu'on a compris. Ou on relit parce que c'est tout simplement beau.
Les années 80 et 90, où les deux épisodes de la vie du personnage se passe, ajoutent une touche nostalgique de cette époque, ce qui nous permet de mettre un peu plus de couleurs dans les décors intérieurs que ceux, plus durs, de l'extérieur, qu'ils soient industriels ou forestiers.
Amiante, c'est de la dureté racontée avec douceur, et c'est là, à mon sens, où réside l'exploit. Il mérite son succès, c'est certain, mais...
J'y suis entré de travers à cause du bruit: on a beaucoup moussé son succès critique européen avant même sa sortie. Bon, on peut pas être contre le succès, surtout s'il est mérité, mais était-ce un gage de succès populaire? Puis, en le terminant, j'ai pensé à des auteurs comme Sophie Bienvenu, Jean-Christophe Réhel, ou Larry Tremblay, par exemple et je me suis demandé pourquoi ils n'avaient pas eu le même succès critique européen avant leurs sorties respectives, eux aussi.
Bref, c'est l'industrie, je sais, mais y'a un risque. Tant mieux si Amiante fait son chemin de par le monde après un départ canon. Le risque en valait la chandelle. Mais j'aimerais bien que d'autres paroles du même côté du monde que le mien puissent prendre le même chemin, en bénéficiant de la même lumière.
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