mardi 21 septembre 2021

Nos frères inattendus, par Amin Maalouf, éditions Grasset

Un homme se retire du monde pour aller vivre sur une petite île dans un archipel au large des côtes européennes. Il décide de prendre la plume pour raconter des événements étranges qui surviennent dans son environnement immédiat et qui, apprendra-t-il bientôt, concernent toute la planète.

C'est novembre, il pleut, l'île est battue par les vents, la maison est un refuge, bref, le décor romanesque est parfait, d'autant plus que les événements commencent par une interruption de service de tous les réseaux: électricité, ondes radio, communications, tout est à l'arrêt. Il envisage le pire puisque depuis quelques jours, un obscure dirigeant d'Un petit pays du Caucase menaçait de recourrir à l'arme nucélaire.

Au bout de quelques jours, la radio diffuse un discours du président des USA disant de ne pas s'en faire, qu'il était sur le cas, que rien ne laissait présager un désastre, mais que ça n'allait pas fort. Pendant ce temps, notre homme fait la connaissance de son unique voisine sur l'île, une romancière mysanthrope pas très sympa.

De fil en aiguille, on apprendra que la Terre l'a échappé belle et que le pire n'est pas arrivé grâce à l'intervention d'un groupe de gens jusqu'alors inconnus qui ont mis leurs services au secours de l'humanité en interrompant les communications et en intervenant directement auprès du président américain. Qui sont ces gens? Que nous veulent-ils?

L'auteur nous happe dès le début en racontant cette histoire qu'il situe dans un temps indéterminé mais avec des décors et des personnages de notre temps. Hormis ces curieux intervenants, tous sont "normaux". La vie de l'archipel fait figure de microcosme du reste du monde. Or, apparaît un nouveau personnage, ami d'enfance du narrateur, qui se trouve à être un proche conseiller... du président américain. Cet heureux hasard aidera bien sur notre homme à faire sa chronique des événements internationaux.

Puis, les événements s'accélèrent. On découvre que le groupe de gens intéressé au sort de l'humanité possède des connaissances très avancées en matière de médecine. On en viendra à des interventions qui pourront faire envisager aux humains d'éliminer toute maladie et de retarder la mort. C'est là où j'ai commencé à décrocher un peu.

Entre la fable et la science fiction, Nos frères inattendus a pour but de nous faire réfléchir sur notre avenir, nos relations avec les autres et avec le monde. Vers quoi tendons nous? Contre quoi nous battons-nous? Quel sens donner à la vie sinon de la vivre, tout simplement, le plus longtemps possible, en paix et sans conflit? C'est humaniste tout ça, et c'est fort bien. Seulement, plusieurs morceaux de ce conte ambitieux ne collent pas. La science fiction, aussi légère soit-elle, doit se tenir pour être crédible. Ici, Maalouf a mis l'accent sur le but à atteindre sans se soucier suffisamment de la cohésion de son histoire. Trop souvent, les caractéristiques de certains personnages, l'aboutissement de certaines scènes, les conséquences de certains actes n'ont pas de sens. Il n'y a rien de pire que de lire de la science fiction et de se dire: ça ne se tient pas, parce que s'il arrive ça, il aurait dû prévoir ça, ça et ça. Ce n'est pas le cas ici. Maalouf veut nous raconter une parabole de notre temps mais pour ma part, il n'y est pas arrivé.

Ajoutons à ça une fin assez convenue, quelques clichés sur les relations internationales (despotes caucasiens, diplomatie américaine, etc.) et un peu de machisme dans les réflexions du personnage principal, au final, on reste sur notre faim, en se disant que l'auteur du Premier siècle après Béatrice et du Rocher de Tanios a déjà fait beaucoup mieux.

dimanche 12 septembre 2021

Les cowboys sont fatigués, par Julien Gravelle, éditions Leméac

Un homme vit au fond d'un rang d'un village reculé du Lac Saint-Jean en exploitant un labo clandestin où il fabrique des drogues dures. Le chimiste de formation est d'origine française. C'est en fuyant d'autres crimes commis là-bas qu'il a abouti dans ce décor, en travaillant pour des caïds locaux.

Dans le village où ça se passe, à peu près tout le monde a un lien avec ce milieu. L'atmosphère est assez pourri, le temps aussi, et l'époque de la vie de notre bonhomme n'est pas la meilleure depuis que le meurtre d'un personnage relié au milieu attire trop l'attention sur des gens qui n'en veulent pas. S'en suivent des chasses à l'homme, quelques meurtres et pas beaucoup de possibilités d'avenir.

Dans les remerciement à la fin, l'auteur décrit son livre comme un roman noir. C'est sans doute ça, puisque pour tout dire, c'est pas jojo comme histoire. Mais le scénario est efficace, le décor, on ne peut plus campé, et les personnages, assez, disons... typiques.

Placer une histoire dans un tel coin de pays emmène le décor qui va avec. On est d'avantage en forêt qu'en milieux habités. L'auteur décrit subtilement les intérieurs, les chalets, les maisons mal entretenues, les personnages peu reluisants. C'est certain qu'on ne trouve pas ici de lumineux personnages du terroir. Non. On a plutôt des brutes mal dégrossies. Seul le narrateur est chimiste, les autres... disons qu'on est plutôt dans le diplôme du secondaire pas terminé. Cliché? Pas nécessairement. Ces personnages existent, et pour le bien d'une telle fiction, on comprend qu'ils prennent toute la place.

Le bât blesse un peu plus lorsque l'auteur leur donne la parole.
La langue française possède une richesse assez distincte en ce que la langue parlée diffère beaucoup de la langue écrite. Je ne parle pas ici d'accents, mais bien de discussions, de façons d'identifier les choses. Mon meilleur exemple est celui-ci: d'où qu'on soit dans la francophonie, l'expression "où est-il" se comprend par tout le monde lorsqu'elle est écrite, mais n'est pas dite dans la langue parlée. On dira par exemple "où il est" il est où" yé où" ou "où s'qu'y est". Comme on le voit, la transcription écrite du parlé demande souvent bien des appostrophes (ou des accents circonflèxes) mis aux bons endroits.

Certains écrivains réussissent à bien rendre cette langue parlée par écrit. C'est tout un art, et c'est très rare. Au Québec, Michel Tremblay est bien entendu le premier exemple qui nous vienne à l'esprir, pas seulement pour son théâtre mais aussi pour ses romans. D'autres, comme Benoit Côté ou Geneviève Pettersen ont aussi bien réussi là où un Jean-Paul Dubois s'est cassé la figure, ou, diront d'autres, peté la gueule.

Julien Gravelle donne souvent la parole à ses personnages et le plus souvent à son narrateur. Oui, le gars est Français et vit au Lac depuis une trentaine d'années, alors après quelques pages, on comprend les mélanges, mais à force, on sent que quelque chose se prend pas. Langage parlé et langue écrite se confondent parfois dans la même phrase, qu'elle soit narrative ou descriptive. Ailleurs, on soulève le sourcil. Par exemple, il faut avoir vécu là pour savoir que même aprèes presque 20 ans de fusions minucipales, personne ne parle de Saguenay "la ville" au Lac, pas même les habitants de Saguenay, qui parlent encore de Chicoutimi, de La Baie ou de Jonquière. C'est un exemple qui s'ajoute qux quelques clichés automobiles dont on aurait aussi pu se passer. Ah, on en a vu passer des "vieux Chevy" et des "vieux Ford" sous la plume d'écrivants français situant leur action en Amérique. On en a encore ici... même après tout ce temps.

Bref, de Julien Gravelle, j'espère un roman cadré autour de la psychologie des personnages, chose que j'ai apprécié dans ce livre. Les décors aussi sont dépeints sous leurs justes couleurs. Reste cet environnement à la limite du cliché qui peut peut-être nous faire décrocher, et des dialogues pas assez naturels pour nous faire pleinement y croire.

Bonne histoire, mais avec quelques "mais".

mercredi 8 septembre 2021

Tableau final de l’amour, de Larry Tremblay, éditions La Peuplade

Dans Tableau final de l’amour, Larry Tremblay donne la parole au peintre Francis Bacon, qui raconte sa vie et son oeuvre avec, pour fil conducteur, sa relation avec un homme qui marquera son existence.

En littérature, les histoires de couples gays masculins contiennent le plus souvent les mêmes caractéristiques: des scènes de sexe crues, des amours tordues et l’ostracisme ambiant. Écrits pour provoquer, choquer ou pour servir d’exutoire à des fantasmes, ces oeuvres se distinguent le plus souvent par leur auteur que par leur contenu. C’est ce qu’on a ici, avec un contenu, disons, « habituel » de sexe et de violence. Mais voilà qu’on a aussi une histoire spectaculaire et surtout, un auteur au talent exceptionnel qui, soulignons-le, ne parle pas de lui mais nous raconte l’histoire de la vie d’un autre.

Parce qu’il fallait du talent pour entrer dans la tête d’un personnage aussi grand que Francis Bacon sans tomber dans les clichés. Pas besoin d’avoir lu sa biographie pour comprendre, lorsqu’on découvre ses oeuvres, que Bacon était tourmenté. Larry Tremblay exploite ce trait avec une finesse ahurissante. Il donne à Bacon les pires tourments, ceux que l’on se porte à soi-même.

Le peintre se déteste, et ce sentiment tire son origine d’une enfance distordue. Privé d’écucation sentimentale, laissé face à lui-même en matière de relations, il en est sorti un homme blessé, perdu, trouvant son plaisir dans la douleur, sentiment qu’il connait le mieux.

Mais Francis Bacon avait du caractère. Il en fallait pour afficher son homosexualité dans les années 50 et 60. Tremblay exploite aussi ce filon pour en faire un personnage fort, flamboyant à sa manière, mais pas, vraiment pas, fier. N’empêche, l’homme est humain et cherche quand même à être aimé. C’est avec cette psyché blessée et ces besoins communs à tous qu’il entretiendra ses relations, dont celle avec l’homme qui deviendra son modèle principal au cours de sa carrière, racontée de superbe façon.

Création et destruction s’entremêlent, l’auto-sabotage est partout. Là où une vie publique s’élève, deux vies personnelles tombent au plus bas. Ces histoires parallèles et entremêlées sont fascinantes. On se demande pourquoi, mais, au fil des pages, on comprend.

Puis vient la fin, emmenée par une scène si forte qu’elle me bouleverse encore, une scène où quelque chose s’écroule et qu’une autre s’élève. C’est difficile à décrire tellement c’est puissant. Dans les dernières pages, le noir fait place à l’absence de noir, comme on regarde le désastre après la tempête, bien avant que le soleil ne revienne. Et le lecteur se rend compte qu’il est sur le point de terminer un grand livre.

Tableau final de l’amour désarçonne. Il plaira à qui sait faire la différence entre cruauté et victime de cruauté, décevra les misérabilistes, et ne rassurera personne. Toutefois, il rejoindra, j’en suis convaincu, tout lecteur qui a déjà connu, vraiment, l’amour.

Oufffff.

mardi 31 août 2021

Saturne, de Sarah Chiche, éditions du Seuil

Voici un roman époustouflant où l'amour et le deuil dévorent, comme Saturne. Allez, à vos recherches: Saturne, comme Mars et Jupiter, c'est d'abord un personnage. Reste que rarement Éros et Thanatos se sont aussi bien complétés qu'ici.

Dans la première partie de ce livre, la narratrice raconte l'exil d'Algérie de la famille de son père et leur installation en Normandie. Drame précurseur. Propriétaires de cliniques médicales privées, les parents ont fui un pays rendu bouleversé par une guerre sale où leurs efforts pour aider ceux qui avaient besoin de leurs services se sont avérés vains.

Rendus en France, l'empire médical explose. La famille déjà aisée, devient encore plus riche. Second drame: des deux fils, un a des dispositions et des intérêts pour la médecine, l'autre pas. Le premier est le favori, l'autre le mouton noir. C'est lui qui deviendra le père de la narratrice. Il mourra dans la trentaine, elle avait une quinzaine de mois.

L'histoire devient alors celle de souvenirs racontés par d'autres. Ces souvenirs racontent la passion d'un jeune homme de bonne famille qui rencontre une belle jeune femme mystérieuse à l'aura scandaleux. La belle famille la déteste, ils s'aiment, c'est torride, sulphureux, intense. Jusqu'ici, on croit avoir déjà vu ça, mais arrivent ensuite les souvenirs de la narratrice elle-même en seconde partie: elle a vingt-cinq ans et son oncle la rejoint pour lui apprendre qu'elle hérite suite au décès de sa grand-mère. C'est à partir de là que l'orpheline de père vivra le deuil de celui qu'elle n'a jamais connu.

Cette descente aux enfers vous bouscule comme un vent d'ouragan. La jeune femme est seule et sa famille plus disfonctionnelle que jamais. On entre dans le récit d'un délire lucide renversant, écrit avec une justesse telle que ce livre a réussi à être court alors que comme tant d'autre, il aurait pu se répandre sur des centaines de pages. L'écriture de Sarah Chiche est d'une clarté rare, déstabilisante. Ce récit pourrait nous attirer vers le bas comme un vortex et on en ressort troublé, saisi, mais curieusement bien. Parce que ce récit parle du deuil comme de quelque chose de nécessaire, tellement que ce personnage de la narratrice le vit a posteriori, de son plein gré, par elle-même. Son deuil est libérateur et même si on a mal avec elle, on comprend, et si on comprend, c'est que ce livre est vraiment très bien écrit.

Saturne montre combien il est parfois difficile de se trouver, de se libérer, tant de soi que des autres et de son passé, de ses souveirs. C'est un récit héroïque, mais sans l'habituelle tapage qui accompagne habituellement de genre d'ouvrage. C'est franchement réussi.

dimanche 15 août 2021

Le petit astronaute, par Jean-Paul Eid, éditions la Pastèque

Attention de vous faire avoir par Le petit astronaute. C'est le genre de livre qui peut sournoisement vous emmener là où vous ne vouliez pas nécessairement aller. Vous en serez avertis.

Pour ma part, je l'avais apporté dans un parc un beau dimanche après-midi où la lecture d'une bd promettait de belles heures langoureuses. Rendu environ aux deux-tiers du livre, j'ai dû rebrousser chemin à la maison. J'ai peut-être eu l'air d'être terrassé par une allergie. C'est, en tout cas, ce que je me plais à croire.

Je me sais sensible, mais ne suis pas de ceux qui ont le sanglot facile. Or m'en voilà terrassé par Jean-Paul Eid, incapable de me sortir de ce livre et sentant bien que j'allais bientôt attirer l'attention. Je dois donc me faire violence et refermer le livre sur ses superbes images pour aller le terminer à l'abri dans mon salon.

Pourtant, Le petit astronaute n'ai rien de misérabiliste, de pleurnichard ou de vaguement romantique. C'est l'histoire, simple, d'une famille dont un membre, le petit frère, sera à jamais différent des autres. Racontée par sa grande soeur, l'histoire est touchante parce que pas prétentieuse, humaine, et saupoudrée de juste assez d'onirisme pour mettre du beau, du superbement beau, dans une histoire qui aurait pourtant toutes les raisons d'être dure et difficile à vivre.
Regarder la société à travers les yeux d'un enfant, oui, on a vu ça souvent, mais la regarder à travers un personnage qui retourne dans son enfance est original. Sensible, le scénario reste lucide et ne tombe pas dans le "trop". C'est sans doute ce pourquoi j'ai tant été chaviré: les mots sont bien choisis. Quand aux dessins, les couleurs sont aussi tendres que les esprits, les rues et ruelles de Montréal sont belles, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Les personnages sont justes, clairs, les décors parlent presqu'autant qu'eux tellement ils sont beaux.

Bref, tout est limpide dans cette oeuvre superbe, réussie et touchante comme rarement j'en ai lue. Une bd pour tous, même les gros durs. Vivement une autre de Jean-Paul Eid, qui, soit dit en passant, a basé cette histoire sur la sienne. On en est d'autant plus touché.

dimanche 8 août 2021

Apeirogon, par Colum McCann, éditions Harper Perennial

Roman, essai, chronique, encyclopédie: voici un livre inclassable sur un sujet casse-gueule par exellence: Israël et la Palestine aujourd'hui. J'ai hésité longtemps. Ce confilt dure depuis si longtemps et retient si souvent l'attention des médias qu'il semble bien loin le jour où on en fera un divertissement. C'est en tout cas l'appréhension que j'avais en le commençant, comme si je connaissais déjà l'histoire et sa fin. Mais le défi est relevé avec brio par un écrivain au sommet de son art. Ce livre est intéressant à plusieurs égards.

L'auteur prend tous les moyens qu'un livre puisse offrir pour capter notre attention. Il raconte d'abord deux histoires, celle d'un Israélien, et celle d'un Palestinien. Les deux se connaissent. Ils parcourent le monde ensemble pour témoigner de leurs histoires respectives, différentes mais semblables: tous deux ont perdu une enfant dans un attentat. Chacun à des époques différentes. Leurs témoignages constituent une bonne partie de ce livre et c'est totalement captivant.

Mais autour de ces deux histoires, McCann raconte ce coin de Terre, pas tant son histoire que ce qu'il est maintenant. On en apprend alors sur ce carrefour de routes d'oiseaux migrateurs, des propriétés de l'eau de la Mer morte, de l'assèchement du fleuve Jourdain, des checkpoints autour de Jérusalem, de la gestion de l'eau dans les villes Palestiniennes et les colonies israéliennes, des minbärs, de la guerre de 6 jours... et sur chacun de ces sujets, et plusieurs autres, c'est passionnant. Au fur et à mesure qu'on avance, on veut en apprendre plus et le livre devient un genre de Wikipédia sur un univers qu'on croyait connaître et dont on ne soupçonnait même pas la réalité.

Le livre est séparé en courts chapîtres/paragraphes numérotés qui montent jusqu'à 1000 pour reescendre à zéro. Un paragraphe peut parfois être une phrase. Cet effet de style est assez spectaculaire et, à mon sens inutile. La force du récit donne à Apeirogon une force incomparable, un genre d'apparence de livre idéal qu'on n'aurait pas eu besoin de séparer ainsi.

Au centre du livre, résident les témoignages tels que les 2 premiers personnages les livrent lors de leurs conférences. C'est extrèmement touchant. Ces réquisitoires parlent de paix, bien entendu, et c'est à partir de là où on voit de quel côté penche la balance, tant celle du parti que prend l'auteur que de celui qu'est en train de prendre l'Histoire. Je vous laisse deviner qui, des parties israéienne ou palestienne, prend le blâme, mais qu'importe, ce livre/chronique sur ce coin troublant du monde vous aidera à vous en faire une opinion.

Les pères de jeunes filles tuées, leurs mères, l'histoire récente de leurs familles, leur environnement, leur école, leurs idoles, leur pays, tout y est. Écrit par un écrivain plutôt qu'un journaliste rend sans doute la chronique plus poignante, plus émotive, et c'Est tant mieux.

Je n'ai pas tout aimé de Colum McCann, mais Apeirogon est au moins l'équivalent de Let the great world spin (Et que le vaste monde poursuive sa course folle), le premier livre que j'ai lu de lui et que j'ai tant aimé. En vous le procurant, découvrez ce qu'est un apeirogon, ce qu'est Israêl, la Palestine et ce que la littérature contemporaine a de meilleur à donner. Quels bons moments il vous fera passer.

Apeirogon est traduit en français et est publié chez Belfond éditeur.

samedi 31 juillet 2021

Moi, ce que j'aime, c'est les monstres, par Emil Ferris, éditions Monsieur Toussaint Louverture

Pour une fois je pourrais ne parler que de dessins. Parce que chaque page est unique. Chaque fois qu'on en tourne une, on se demande ce qu'on va voir. Quel travail incroyable il y a là-dedans.

Cette brique de dessins est montée comme s'il s'agissait du cahier de croquis de la narratrice, une jeune pré-ado qui raconte un épisode de sa vie dans un quartier populaire et plutôt mal fâmé de Chicago en 1967.

Pas vraiment accrochée à l'époque, ni trop à la ville où ça se passe, l'histoire se rattache plutôt aux personnages. La narratrice vit avec sa mère et son grand frère. Leurs voisins prennent beaucoup de place et c'est de ce côté que l'intrigue se développe le plus. Parallèlement, la narratrice parle d'elle, de son apprentissage de la vie et de ce qu'elle est. C'est surtout dans cet aspect que le scénario m'a le plus touché. C'est vrai que l'histoire tourne principalement autour d'une histoire de mort non-élucidée, ce qui est prétexte à toutes sortes de scènes, antérieures et actuelles, concernant les protagonistes de cet événement. C'est bon, mais c'est gros. Toutefois, l'histoire de la vie de la narratrice, elle, est chavirante parce que les dessins y décrivent de façon extraordinaire ce qui, finalement, aurait bien pu être ordinaire.

Beau, glauque, touchant, donc, mais aussi déstabilisant, cette bande dessinée hors normes n'est pas, à mon avis, pour tous les publics. Son atmosphère est rempli de références à des films d'horreurs ou de la littérature fantastique, voire gore. On y ressent inévitablement un malaise. Mais la force de cette oeuvre est la fascination qu'elle suscite. Certaines planches nous forcent à nous arrêter tellement elles sont belles. Quant au scénario, il fait la part belle aux exclus et montre le pouvoir avilissant des préjugés. On dirait que tout le monde, dans cette histoire, est le rejet de qu'un d'autre, sinon de soi-même.

C'est un livre dur, mais fort, visuellement, on dirait bien un chef-d'oeuvre.