Je ne me rappelle pas vraiment avoir versé autant de larmes qu'en lisant ce bouquin. Et là, je ne parle que du premier tiers! Mais quand même, les deux autres tiers ne m'ont pas laissés indifférent pour autant. Ce livre est une grande réussite.
Clara Dupont-Monod raconte la vie d'une fratrie (une fille et deux garçons) qui ont partagé une partie de leur vie avec un quatrième frère lourdement handicapé. En fait non, tous n'ont pas partagé leur vie avec lui parce que le dernier de la famille est né après le décès de celui autour de qui tourne cet incroyable récit. Chacun des protagoniste a donc vécu cette proximité à sa façon, et même sans proximité physique, vivre avec un souvenir qui ne nous appartient pas devient aussi un défi, comme pour les autres. Nous sommes, dit-on, le produit de notre environnement. Ce livre en fait la démonstration.
Au coeur de ces trois vies, il y a eu celle d'une personne différente. Or ces personnes, ce sont des frères et soeurs, dont un posthume. Sans oblitérer les parents, qui sont présents tout au long du livre, mais pas en figures principales, l'autrice dirige la lumière sur ceux qui ont dû, eux aussi, adapter leurs vies à une autre. Et ça, c'est original. Qui a vécu une situation semblable sera stupéfait de constater avec quelle justesse l'autrice raconte comment ces vies seront différentes ce qu'on pourrait appeler "le monde normal". Elle met en scène, avec des mots très simples, une écriture sans flaflas et très efficace, les dommages et les forces qui resteront à chacun.
En fait, ce roman est presque un documentaire tellement il est réaliste. Qui n'a jamais vécu une telle situation en apprendra beaucoup et sera inévitablement touché. Parfois tendre, parfois très dure, cette histoire ne laissera personne indifférent. Bien sur, on y verra une proximité, sur le thème, avec Le petit astronaute de Jean-Paul Eid, mais le ton est différent, et au contraire de la bande-dessinée, qui est axée sur le vécu des parents, on parle ici d'une autre relation, moins directe avec la personne différente, mais tout aussi concernée par l'adaptation qu'elle demande.
Bon, ça peut sembler plutôt triste comme ça, mais même les plus sensibles y trouveront leur compte parce qu'il y a, dans ce livre, plusieurs apprentissages, dont un en particulier qui dit que les joies et les peines nous font, et que si on sait bien s'adapter, allez, on saura bien faire notre vie.
À lire absolument.
mercredi 21 septembre 2022
lundi 12 septembre 2022
Gens du nord, par Perrine Leblanc, éditions Gallimard
J'ai probablement aimé ce roman, mais je crois ne pas l'avoir compris. Malgré que la lecture de mes impressions du précédent ouvrage de Perrine Leblanc me confirment qu'entre elle et moi, la transmission se fait mal. Bref, vous me voyez dubitatif.
Au début des années 90, en Irlande du NOrd, on commence à entrevoir la fin de ce qu'on aura appelé "les Troubles", une époque de conflit entre protestants et catholiques irlandais. Les personnages de Gens du Nord sont bien sur issus, pour la plupart, de ce coin du monde, sauf pour les deux principaux protagonistes, un Français et une Québécoise. Chacun y mène ses enquêtes, lui à titre de journaliste, et elle, de documentariste. Or, pour lui, c'est pas trop certain, parce qu'en plus d'être journaliste, il entretient des liens avec une des factions prenant part au conflit. Ça l'emmène à vivre dangereusement, dans un monde où chacun est pisté, ou suspecté, ou craint par un ou par l'autre. C'est un monde où personne n'est sûr de rien ni de personne, où personne ne se sent vraiment à sa place, bref, où tout ce qui arrive est assez difficile à comprendre.
En ce sens, l'atmosphère est réussie. Parce qu'il faut le dire, Perrine Leblanc écrit superbement bien. Ses descriptions sont précises, concises, belles. À eux seuls, les décors valent le livre. Perrine Leblanc voit tout, pense à tout. Sa force de description est assez rare.
C'est dans le scénario que je me suis perdu. À travers les relations malsaines, les violences sauvages et les haines séculaires qui pourrissent le climat du pays, l'autrice fait ressortir une histoire d'amour entre deux personnes venues d'ailleurs. Tout est inconfortable, insécure, voir même insoutenable. En fait, il y a un climat d'incertitude qui m'a comme tellement atteint que je suis resté sur mes gardes tout au long de ma lecture. Le personnage principal de la Québécoise qui fait son enquête m'a énervé, je sais pas pourquoi, et j'avoue que celui du Français m'a été peu sympathique.
Bref, pourquoi tout ça, je sais pas trop. Les climats de Perrine Leblanc, dirais-je, ne sont pas les miens. C'est dommage.
Au début des années 90, en Irlande du NOrd, on commence à entrevoir la fin de ce qu'on aura appelé "les Troubles", une époque de conflit entre protestants et catholiques irlandais. Les personnages de Gens du Nord sont bien sur issus, pour la plupart, de ce coin du monde, sauf pour les deux principaux protagonistes, un Français et une Québécoise. Chacun y mène ses enquêtes, lui à titre de journaliste, et elle, de documentariste. Or, pour lui, c'est pas trop certain, parce qu'en plus d'être journaliste, il entretient des liens avec une des factions prenant part au conflit. Ça l'emmène à vivre dangereusement, dans un monde où chacun est pisté, ou suspecté, ou craint par un ou par l'autre. C'est un monde où personne n'est sûr de rien ni de personne, où personne ne se sent vraiment à sa place, bref, où tout ce qui arrive est assez difficile à comprendre.
En ce sens, l'atmosphère est réussie. Parce qu'il faut le dire, Perrine Leblanc écrit superbement bien. Ses descriptions sont précises, concises, belles. À eux seuls, les décors valent le livre. Perrine Leblanc voit tout, pense à tout. Sa force de description est assez rare.
C'est dans le scénario que je me suis perdu. À travers les relations malsaines, les violences sauvages et les haines séculaires qui pourrissent le climat du pays, l'autrice fait ressortir une histoire d'amour entre deux personnes venues d'ailleurs. Tout est inconfortable, insécure, voir même insoutenable. En fait, il y a un climat d'incertitude qui m'a comme tellement atteint que je suis resté sur mes gardes tout au long de ma lecture. Le personnage principal de la Québécoise qui fait son enquête m'a énervé, je sais pas pourquoi, et j'avoue que celui du Français m'a été peu sympathique.
Bref, pourquoi tout ça, je sais pas trop. Les climats de Perrine Leblanc, dirais-je, ne sont pas les miens. C'est dommage.
lundi 22 août 2022
Le grand monde, par Pierre Lemaitre, éditions Calmann-Levi
Regardez vos livres en français dans votre bibliothèque et essayez d'en trouver plus que 2 ou 3 dont le nom de l'auteur est plus gros que celui de son titre sur la page couverture. En anglais, c'est la norme. Pas en français. Calmann-Levi est sorti de la norme pour le livre d'un auteur dont la norme, justement, est de rester dans la sienne propre. Pierre Lemaitre reste Pierre Lemaitre. Ses fans y prendront plaisir, mais il y aura les pour et les contre.
On a su haut et fort au sortir du livre qu'il serait le premier d'une nouvelle trilogie. Ça regardait bien, surtout si on avait aimé la trilogie précédente. Alors on entame ce nouvel ouvrage plein d'attentes et on se rend compte que oui, c'est Pierre Lemaitre: les premières pages sont un vrai feu d'artifice. Cette fois il ne s'agit pas d'action, ou si peu. L'auteur décrit plutôt ses personnages: un couple d'entrepreneurs français vivant à Beyrouth à la fin des années 40 et leurs quatre enfants, tous jeunes adultes. Ajoutons la conjointe de l'un deux et le tableau est brossé: ça va barder. Mais voilà qu'au fil des pages, on ressent un malaise, puis un autre. Qu'est-ce qui se passe?
D'abord, on est dans un autre registre. Oui, les personnages sont encore assez "champ gauche". Maladroits, victimes, mais volontaires, comme dans les livres précédents de Lemaitre, ces personnages, pour certains, tombent dans une nouvelle dimension: le sordide. Et là, je parle de gore. Vraiment. D'abord, on n'est pas certain, mais quand un gars est un bon conteur... on se laisse porter mais si on est pas vraiment un fan du genre.
Puis il y a le décor. Le contexte historique est toujours bien présent, mais une partie de l'histoire se déplace dans un décor inconnu et flou, tant historiquement que... imaginativement: l'Indochine occupée par les Français. Un des personnages s'y retrouvera. La description qu'en fera l'auteur crée un drôle d'impression: c'est pas très joli, c'est à peu près invivable et la plupart des gens qui y sont sont plutôt malsains. Les Vietnamiens n'ont pas le plus beau rôle, souvent secondaire, voir accessoire. Malaise. Les Français ne sont pas plus nets non plus, mais sortis de l'imaginaire de Pierre Lemaitre, on est moins surpris de leurs comportements à eux.
Mais oui, c'est bon, et ça tient principalement à un personnage en particulier, un genre de monstre de méchanceté, de mauvaise foi et de courage comme on en a vu dans l'oeuvre antérieure de l'auteur. On aime détester ce personnage et on se surprend à nous en ennuyer dans les pages où il est question des autres.
Bref, c'est enlevant, surtout pour le côté enquête. Ajoutez à ça un gros coup de tonnerre un peu avant la fin, un genre de beau gros cadeau pour ses lecteurs fidèles et vous avez l'assurance que si vous en êtes à votre quatrième livre de Pierre Lemaitre, vous enlirez sans doute encore au moins deux autres.
On a su haut et fort au sortir du livre qu'il serait le premier d'une nouvelle trilogie. Ça regardait bien, surtout si on avait aimé la trilogie précédente. Alors on entame ce nouvel ouvrage plein d'attentes et on se rend compte que oui, c'est Pierre Lemaitre: les premières pages sont un vrai feu d'artifice. Cette fois il ne s'agit pas d'action, ou si peu. L'auteur décrit plutôt ses personnages: un couple d'entrepreneurs français vivant à Beyrouth à la fin des années 40 et leurs quatre enfants, tous jeunes adultes. Ajoutons la conjointe de l'un deux et le tableau est brossé: ça va barder. Mais voilà qu'au fil des pages, on ressent un malaise, puis un autre. Qu'est-ce qui se passe?
D'abord, on est dans un autre registre. Oui, les personnages sont encore assez "champ gauche". Maladroits, victimes, mais volontaires, comme dans les livres précédents de Lemaitre, ces personnages, pour certains, tombent dans une nouvelle dimension: le sordide. Et là, je parle de gore. Vraiment. D'abord, on n'est pas certain, mais quand un gars est un bon conteur... on se laisse porter mais si on est pas vraiment un fan du genre.
Puis il y a le décor. Le contexte historique est toujours bien présent, mais une partie de l'histoire se déplace dans un décor inconnu et flou, tant historiquement que... imaginativement: l'Indochine occupée par les Français. Un des personnages s'y retrouvera. La description qu'en fera l'auteur crée un drôle d'impression: c'est pas très joli, c'est à peu près invivable et la plupart des gens qui y sont sont plutôt malsains. Les Vietnamiens n'ont pas le plus beau rôle, souvent secondaire, voir accessoire. Malaise. Les Français ne sont pas plus nets non plus, mais sortis de l'imaginaire de Pierre Lemaitre, on est moins surpris de leurs comportements à eux.
Mais oui, c'est bon, et ça tient principalement à un personnage en particulier, un genre de monstre de méchanceté, de mauvaise foi et de courage comme on en a vu dans l'oeuvre antérieure de l'auteur. On aime détester ce personnage et on se surprend à nous en ennuyer dans les pages où il est question des autres.
Bref, c'est enlevant, surtout pour le côté enquête. Ajoutez à ça un gros coup de tonnerre un peu avant la fin, un genre de beau gros cadeau pour ses lecteurs fidèles et vous avez l'assurance que si vous en êtes à votre quatrième livre de Pierre Lemaitre, vous enlirez sans doute encore au moins deux autres.
lundi 25 juillet 2022
Ton absence n'est que ténèbres, par Jon Kalman Stefansson, éditions Grasset
J'ai d'abord cru que je lirais mon ¨moins bon Jon Kalman Stefansson". Je me perdais entre les personnages et les époques, tout s'entremêlait, chacun racontait son histoire, bref, mon auteur préféré me faisait travailler, je m'apprêtais à être déçu. Mais ce qu'il y a avec un auteur préféré, c'est qu'il puise son encre et ses mots directement dans votre cerveau. Ou dans vos veines, c'est selon, que vous soyez cérébral ou sanguin, et vous finissez par être embarqués.
Quatre époques sont racontées dans ce livre, avec pour fil conducteur un narrateur dont on ne sait pas trop qui il est. Or voilà, il ne sait pas qui il est lui-même, et on découvre que les gens dont il raconte les histoires se découvrent eux aussi à travers les histoires des autres ou de celles dans les quelles ils se retrouvent. Et tout ce joli fatras se lisse au fil des pages et au bout du compte, on fait le lien.
Peu d'auteurs décrivent aussi bien l'être humain que Jon Kalman, et la façon dont il s'y prend relève presque de l'acrobatie. Oui, on parle beaucoup de poésie dans ses oeuvres, parce qu'il raconte comme d'autres composent des chansons, avec des refrains et des couplets, mais aussi des images, et cette fois, plus que toute autre fois dans ses autres livres, beaucoup de musique.
Cet auteur maitrise l'art de faire des liens entre les choses et les êtres les plus incongrus et de Nick Cave à Morrissey, vous passez de Zola à Piaf, au rap, des vers de terre, vous vous vous retrouvez ensuite à une table bourgeoise aux fumets délicats.
Ton absence n'est que ténèbres est sans doute le livre le plus triste et beau de l'oeuvre de son auteur. Il y a plusieurs morts, et des amours aussi puissants que furtifs. La puissance de cette écriture, ce sont aussi des scènes d'une demie page, environ, où quelqu'un meurt dans un accident dans les bras d'un autre en lui disant: ne me laisse jamais tomber, une mère abandonne son bébé de 3 mois en le passant à quelqu'un au dessus d'une table, un enfant est livré par un facteur, et j'en passe. Ce n'est pas tragique, mais puissant, comme les moments forts d'une symphonie où chaque musiciens participe à une montée dramatique, avant de faire place au piano solo, qui vous parle ensuite tout bas.
Bon, ben voilà, c'est comme ça que je réussis de parler de Jon Kalman Stefansson, cet Islandais qui nous raconte son pays comme s'il contenait toute l'Histoire de la la Terre, et qui nous fait, cette fois-ci, le plaisir de publier la playlist de son récit à la fin du livre. Pour ma part, on parle ici de quelque chose de parfait, en ajoutant à tout ça l'irréprochable traduction d'Éric Boury. Chaque mot est poli, frotté, luisant, bien choisi.
Si vous n'avez jamais lu cet auteur, ne commencez pas avec ce livre-ci. Commencez plutôt avec Entre ciel et terre ou Et pourtant les poissons n'ont pas de pieds. Puis vous viendrez à celui-ci, et vous en aurez, j'en suis certain, la même impression que moi.
Quatre époques sont racontées dans ce livre, avec pour fil conducteur un narrateur dont on ne sait pas trop qui il est. Or voilà, il ne sait pas qui il est lui-même, et on découvre que les gens dont il raconte les histoires se découvrent eux aussi à travers les histoires des autres ou de celles dans les quelles ils se retrouvent. Et tout ce joli fatras se lisse au fil des pages et au bout du compte, on fait le lien.
Peu d'auteurs décrivent aussi bien l'être humain que Jon Kalman, et la façon dont il s'y prend relève presque de l'acrobatie. Oui, on parle beaucoup de poésie dans ses oeuvres, parce qu'il raconte comme d'autres composent des chansons, avec des refrains et des couplets, mais aussi des images, et cette fois, plus que toute autre fois dans ses autres livres, beaucoup de musique.
Cet auteur maitrise l'art de faire des liens entre les choses et les êtres les plus incongrus et de Nick Cave à Morrissey, vous passez de Zola à Piaf, au rap, des vers de terre, vous vous vous retrouvez ensuite à une table bourgeoise aux fumets délicats.
Ton absence n'est que ténèbres est sans doute le livre le plus triste et beau de l'oeuvre de son auteur. Il y a plusieurs morts, et des amours aussi puissants que furtifs. La puissance de cette écriture, ce sont aussi des scènes d'une demie page, environ, où quelqu'un meurt dans un accident dans les bras d'un autre en lui disant: ne me laisse jamais tomber, une mère abandonne son bébé de 3 mois en le passant à quelqu'un au dessus d'une table, un enfant est livré par un facteur, et j'en passe. Ce n'est pas tragique, mais puissant, comme les moments forts d'une symphonie où chaque musiciens participe à une montée dramatique, avant de faire place au piano solo, qui vous parle ensuite tout bas.
Bon, ben voilà, c'est comme ça que je réussis de parler de Jon Kalman Stefansson, cet Islandais qui nous raconte son pays comme s'il contenait toute l'Histoire de la la Terre, et qui nous fait, cette fois-ci, le plaisir de publier la playlist de son récit à la fin du livre. Pour ma part, on parle ici de quelque chose de parfait, en ajoutant à tout ça l'irréprochable traduction d'Éric Boury. Chaque mot est poli, frotté, luisant, bien choisi.
Si vous n'avez jamais lu cet auteur, ne commencez pas avec ce livre-ci. Commencez plutôt avec Entre ciel et terre ou Et pourtant les poissons n'ont pas de pieds. Puis vous viendrez à celui-ci, et vous en aurez, j'en suis certain, la même impression que moi.
dimanche 17 juillet 2022
En automne, par Karl Ove Knausgaard, éditions Denoël
C'est difficile de décrire l'ennui. On commence un livre, on le dépose, on le recommence, on fait "ah, bon", on arrête puis on l'oublie un peu. Ça a été ça avec En automne. Pourtant, Karl Ove Knausgaard avait capté mon atention comme nul autrea avec sa série "Mon combat". J'ai aimé le détester et aimé lire ses histoires où il ne parlait que de lui, il m'a fait aimer et lire un nouveau genre. Mais là, rien de tout ça, juste de l'ennui. Mais pourquoi?
Avec En automne, l'auteur s'assieds à table avec nous avec un café et un cigarette et nous parle des petites choses qui lui passent par la tête. Le livre est fait d'une succession de courts chapites de 2 à 4 pages, pas plus, sur différents sujets: la bouche, le thermos, les oiseaux de proie, le silence, le vomi, etc: tout y passe. Knaussgard part d'une définition terre à terre de l'objet ou du concept pour en tirer une métaphore, une parralèle ou une réflexion de son cru. Parfois, on se dit " Ah tiens, c'est bon ça, Y'a un lien à faire entre ça et ça" et d'autres fois on se dit "Mais pourquoi il me raconte ça" et le plus souvent, on termine un des courts chapitres en levant les yeux au ciel ou en poussant un grand soupir de découragement. C'est même pas ironique, c'est juste ennuyant.
Et c'est Knausgaard, donc, oui, souvent, mais pas toujours, il nous parle de lui et des siens. En fait, il assume qu'on les connait, sa famille et lui. Je pousse même la réflexion jusqu'à me dire que son éditeur s'est dit que, bon, comme c'est lui et qu'on le connaît, "ben vas-y mon vieux, écrit ce que tu veux, du moment que tu parles de toi de temps en temps". C'était pas l'idée du siècle.
Bref, c'est ni bon ni mauvais, mais pas transcendant et je donnerais une note en bas de la moyenne pour une raison précise: ce livre (et sans doute la série de 4 livres, je vous laisse deviner les titres des 3 autres...) a pour prétexte son quatrièeme enfant qui va naître. Il commence le livre en lui disant quelque chose comme: je vais te raconter la vie. Eh ben non, ça marche pas comme prétexte, c'est poussif. Que l'auteur veuille nous passer des réflexions personnelles, ok. Mais qu'il prenne pour prétexte l'enfant qui va naître, non. C'est pas très gentil pour l'enfant en question, et faut pas nous prendre pour des valises. Le succès de ce livre se mesurera sans doute à la force du nom de son auteur, mais pas à sa capacité à écrire quelque chose de nouveau d'aussi bon que "Mon combat".
Bref, je me suis ennuyé, et c'est triste. Je l'aimais bien, moi Karl Ove.
Avec En automne, l'auteur s'assieds à table avec nous avec un café et un cigarette et nous parle des petites choses qui lui passent par la tête. Le livre est fait d'une succession de courts chapites de 2 à 4 pages, pas plus, sur différents sujets: la bouche, le thermos, les oiseaux de proie, le silence, le vomi, etc: tout y passe. Knaussgard part d'une définition terre à terre de l'objet ou du concept pour en tirer une métaphore, une parralèle ou une réflexion de son cru. Parfois, on se dit " Ah tiens, c'est bon ça, Y'a un lien à faire entre ça et ça" et d'autres fois on se dit "Mais pourquoi il me raconte ça" et le plus souvent, on termine un des courts chapitres en levant les yeux au ciel ou en poussant un grand soupir de découragement. C'est même pas ironique, c'est juste ennuyant.
Et c'est Knausgaard, donc, oui, souvent, mais pas toujours, il nous parle de lui et des siens. En fait, il assume qu'on les connait, sa famille et lui. Je pousse même la réflexion jusqu'à me dire que son éditeur s'est dit que, bon, comme c'est lui et qu'on le connaît, "ben vas-y mon vieux, écrit ce que tu veux, du moment que tu parles de toi de temps en temps". C'était pas l'idée du siècle.
Bref, c'est ni bon ni mauvais, mais pas transcendant et je donnerais une note en bas de la moyenne pour une raison précise: ce livre (et sans doute la série de 4 livres, je vous laisse deviner les titres des 3 autres...) a pour prétexte son quatrièeme enfant qui va naître. Il commence le livre en lui disant quelque chose comme: je vais te raconter la vie. Eh ben non, ça marche pas comme prétexte, c'est poussif. Que l'auteur veuille nous passer des réflexions personnelles, ok. Mais qu'il prenne pour prétexte l'enfant qui va naître, non. C'est pas très gentil pour l'enfant en question, et faut pas nous prendre pour des valises. Le succès de ce livre se mesurera sans doute à la force du nom de son auteur, mais pas à sa capacité à écrire quelque chose de nouveau d'aussi bon que "Mon combat".
Bref, je me suis ennuyé, et c'est triste. Je l'aimais bien, moi Karl Ove.
lundi 6 juin 2022
La vérité sur la lumière, par Audur Ava Olafsdottir, éditions Zulma
Ça a toujours été une joie de lire cette autrice islandaise, mais pour la première fois, j'ai été peu touché. Ça devait sans doute arriver, et c'est un peu triste.
Le livre repose sur le personnage principal, une sage-femme islandaise qui se retrouve entourée, par procuration, par la vie passée et les pensées d'une grande-tante, maintenant décédée, qui a exercé la même professions qu'elle. À la mort de la vieille dame, sa descendante, qui habite maintenant son appartement, met la main sur des écrits laissés par son aïeule. Le métier exercé par les deux les emmène à se poser toutes sortes de question sur la vie, pas seulement celle des humains, mais bien de tout ce qui vit.
Plus qu'une histoire, La vérité sur la lumière est un prétexte pour philosopher, se poser des questions et y répondre, constater. C'est en tout cas l'impression que ça donne. Audur Ava s'est fort probablement incarnée dans son personnage pour porter un regard sur le monde.
L'idée d'utiliser une sage-femme est lumineuse pour parler de la vie. Or, cette femme, tout comme son aïeule dont elle suit les pas, n'a pas d'enfant. Elle nous parle peu d'elle, juste assez, et observe avec attention les vies des autres, des couples qu'elle a rencontrés, de membres de son entourage, et bien sur de celle qui lui a légué des réflexions assez disparates, mais inspirantes.
Oui, c'est inspirant, car il y a le ton d'Audur Ava, sympathique, apaisant, avec ses personnages simples, qui vivent des choses simples, et qui ressentent des sentiments qu'on a l'impression d'avoir vécu exactement de la même manièere qu'eux. C'est la force de cette autrice que de créer des personnages qui nous semblent familiers. Cette fois, cependant, un de ces personnages a trop pris de place à mon goût, jusqu'à me taper un peu sur les nerfs. Cette ancienne sage-femme disparue est sympathique elle aussi, mais entre elle et moi, le courant n'a pas passé. Est-ce un certain détachement, une hyperactivité cervicale, je ne sais pas trop en quoi ce personnage m'a exaspéré, mais c'est arrivé.
Pourtant, j'avais tout pour aimer ce livre: le ton, l'autrice, l'environnement, le sujet. Mais lire est, en bonne partie, une question de timing. Que ce soit l'époque de l'année ou de la vie du lecteur, il y a toujours une bonne part de concommitances temporelles qui font qu'un livre nous transporte... ou pas. Je ne crois pas que ce phénomène s'observe à chaque lecture, mais lorsque ça marche pas, on dirait qu'il n'y a rien à faire.
Alors je n'ai pas insisté, j'ai fini de lire La vérité sur la lumière jusqu'à la fin, sans souffrir pour autant, en me disant que le prochain d'Audur Ava sera meilleur que celui-là... pour moi, en tout cas.
Ceci dit, les fans de l'autrice devraient le lire. Il y a de fortes chances que vous l'appréciez plus que moi.
Le livre repose sur le personnage principal, une sage-femme islandaise qui se retrouve entourée, par procuration, par la vie passée et les pensées d'une grande-tante, maintenant décédée, qui a exercé la même professions qu'elle. À la mort de la vieille dame, sa descendante, qui habite maintenant son appartement, met la main sur des écrits laissés par son aïeule. Le métier exercé par les deux les emmène à se poser toutes sortes de question sur la vie, pas seulement celle des humains, mais bien de tout ce qui vit.
Plus qu'une histoire, La vérité sur la lumière est un prétexte pour philosopher, se poser des questions et y répondre, constater. C'est en tout cas l'impression que ça donne. Audur Ava s'est fort probablement incarnée dans son personnage pour porter un regard sur le monde.
L'idée d'utiliser une sage-femme est lumineuse pour parler de la vie. Or, cette femme, tout comme son aïeule dont elle suit les pas, n'a pas d'enfant. Elle nous parle peu d'elle, juste assez, et observe avec attention les vies des autres, des couples qu'elle a rencontrés, de membres de son entourage, et bien sur de celle qui lui a légué des réflexions assez disparates, mais inspirantes.
Oui, c'est inspirant, car il y a le ton d'Audur Ava, sympathique, apaisant, avec ses personnages simples, qui vivent des choses simples, et qui ressentent des sentiments qu'on a l'impression d'avoir vécu exactement de la même manièere qu'eux. C'est la force de cette autrice que de créer des personnages qui nous semblent familiers. Cette fois, cependant, un de ces personnages a trop pris de place à mon goût, jusqu'à me taper un peu sur les nerfs. Cette ancienne sage-femme disparue est sympathique elle aussi, mais entre elle et moi, le courant n'a pas passé. Est-ce un certain détachement, une hyperactivité cervicale, je ne sais pas trop en quoi ce personnage m'a exaspéré, mais c'est arrivé.
Pourtant, j'avais tout pour aimer ce livre: le ton, l'autrice, l'environnement, le sujet. Mais lire est, en bonne partie, une question de timing. Que ce soit l'époque de l'année ou de la vie du lecteur, il y a toujours une bonne part de concommitances temporelles qui font qu'un livre nous transporte... ou pas. Je ne crois pas que ce phénomène s'observe à chaque lecture, mais lorsque ça marche pas, on dirait qu'il n'y a rien à faire.
Alors je n'ai pas insisté, j'ai fini de lire La vérité sur la lumière jusqu'à la fin, sans souffrir pour autant, en me disant que le prochain d'Audur Ava sera meilleur que celui-là... pour moi, en tout cas.
Ceci dit, les fans de l'autrice devraient le lire. Il y a de fortes chances que vous l'appréciez plus que moi.
samedi 21 mai 2022
Anéantir, par Michel Houellebecq, éditions Flammarion
Ceux qui se laissent rebuter par le titre ne méritent pas ce livre. On est loin de la vision heavy metal d'un monde balayé par un armaggedon. Tellement pas. Anéantir contient plusieurs livres, une histoire, des occasions pour rire, des provocations exaspérantes et un talent rare de raconteur.
Parce qu'il s'agit de fiction. On aura beau tout dire et penser de Houellebecq, on ne pourra pas lui reprocher de nous enguirlander avec de l'auto-fiction qui parle de lui. Pas du tout. Ici encore, il prend un petit pas d'avance sur le temps pour nous montrer notre époque. Et ça marche.
On est en 2027. Paul est le proche conseiller d'un ministre important du gouvernement français. Malgré sa position enviable, Paul, qui est quand même tiré de la tête de Michel Houellebecq, se trouve donc minable, ordinaire, sans envergure. Il admire les forts, juge les plus faibles, bref, c'est un anti-héros.
La première moitié du livre est formidable. Ça parle de Paul, de son couple qui s'étiole, de son job qui ne le motive que peu, et de sa famille qui, tiens, revient dans sa vie. Son père a un ACV, que faire avec lui?
Puis vient la deuxième partie du livre où de personnelle, l'histoire prend une tournure socio-politique. Il y a des élections présidentielles et mondialement, ça brasse. Plusieurs personnages passent, aucun ne vous laissent indifférents, chacun fait sa marque, et Paul poursuit sa vie jusqu'à ce qu'arrivent les 100 dernières pages.
Ces dernières pages sont sublimes. Ce livre se termine en effet par un hommage au désir dans une tendresse indéfinissable, et c'est ici où Houellebecq surprendra le plus grand nombre. Eros et Thanatos se chevauchent de la plus belle façon qui soit. Parce que de sexe, il est question, et aussi de la mort, mais tous deux sont abordés finement, sans malaise, avec une lumière crue mais douce. C'est là où on reconnait un grand auteur.
Avec Anéantir, j'ai ri des descriptions de situations et de personnages, j'ai levé les yeux au ciel devant la description de rêves de Paul, à mon sens complètement exaspérantes, mais mises là pour me pincer, pour se moquer un peu de moi. Alors j'ai persévéré parce que si une page de Houellebecq vous énerve, 10-20 autres ensuite vous captivent. L'homme sait écrire, çca c'est indéniable.
Pour ma part, je m'incline. À elles seules, les 100 dernières pages valent tout le livre, mais l'ensemble est une peinture fictive et éclairée de notre époque. Qu'on soit d'accord ou pas avec sa vision du monde, Michel Houellebecq sait nous divertir. Il ne m'a pas choqué, juste brassé, et ma foi, ça m'a fait le plus grand bien. Vous ne l'avez jamais lu? Commencez avec ce livre-ci, et oubliez toutes les critiques. Ça vaut la peine.
Anéantir est une réussite totale.
Parce qu'il s'agit de fiction. On aura beau tout dire et penser de Houellebecq, on ne pourra pas lui reprocher de nous enguirlander avec de l'auto-fiction qui parle de lui. Pas du tout. Ici encore, il prend un petit pas d'avance sur le temps pour nous montrer notre époque. Et ça marche.
On est en 2027. Paul est le proche conseiller d'un ministre important du gouvernement français. Malgré sa position enviable, Paul, qui est quand même tiré de la tête de Michel Houellebecq, se trouve donc minable, ordinaire, sans envergure. Il admire les forts, juge les plus faibles, bref, c'est un anti-héros.
La première moitié du livre est formidable. Ça parle de Paul, de son couple qui s'étiole, de son job qui ne le motive que peu, et de sa famille qui, tiens, revient dans sa vie. Son père a un ACV, que faire avec lui?
Puis vient la deuxième partie du livre où de personnelle, l'histoire prend une tournure socio-politique. Il y a des élections présidentielles et mondialement, ça brasse. Plusieurs personnages passent, aucun ne vous laissent indifférents, chacun fait sa marque, et Paul poursuit sa vie jusqu'à ce qu'arrivent les 100 dernières pages.
Ces dernières pages sont sublimes. Ce livre se termine en effet par un hommage au désir dans une tendresse indéfinissable, et c'est ici où Houellebecq surprendra le plus grand nombre. Eros et Thanatos se chevauchent de la plus belle façon qui soit. Parce que de sexe, il est question, et aussi de la mort, mais tous deux sont abordés finement, sans malaise, avec une lumière crue mais douce. C'est là où on reconnait un grand auteur.
Avec Anéantir, j'ai ri des descriptions de situations et de personnages, j'ai levé les yeux au ciel devant la description de rêves de Paul, à mon sens complètement exaspérantes, mais mises là pour me pincer, pour se moquer un peu de moi. Alors j'ai persévéré parce que si une page de Houellebecq vous énerve, 10-20 autres ensuite vous captivent. L'homme sait écrire, çca c'est indéniable.
Pour ma part, je m'incline. À elles seules, les 100 dernières pages valent tout le livre, mais l'ensemble est une peinture fictive et éclairée de notre époque. Qu'on soit d'accord ou pas avec sa vision du monde, Michel Houellebecq sait nous divertir. Il ne m'a pas choqué, juste brassé, et ma foi, ça m'a fait le plus grand bien. Vous ne l'avez jamais lu? Commencez avec ce livre-ci, et oubliez toutes les critiques. Ça vaut la peine.
Anéantir est une réussite totale.
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