J'ai voulu le lire parce que j'aime les surdoués, comme une Anaïs Barbeau-Lavalette (réalisatrice et autrice) ou un Marc Séguin (peinte, réalisateur et auteur). Pour Stéphane Lafleur, ce sont des films, un groupe de musique dont je suis un fan fini, et maintenant, un auteur et (on le savait), un poète. J'ai donc eu envie de vivre l'univers d'Avec pas d'casque sur papier. C'était ça, oui, mais peut-être pas autant que je l'aurais cru.
C'est certain que les attentes sont hautes lorsqu'un parolier publie des textes. On s'attend à ressentir le même vibrato en lisant ses mots qu'en écoutant ses chansons. Et pourtant, Poudre à danser (j'aime trop ce titre) ne contient pas des paroles de chansons, mais de simples strophes tirées de son univers, de sa tête, bref, on reconnait Stéphane Lafleur.
C'est parfois piquant et le plus souvent tendre. Une majorité de ces textes sont écrit au "tu". Alors on les imagine sortis de la vie quotidienne, et on se les approprie facilement. Agréables à lire, les poèmes de Lafleur font sourire ou touchent, mais chaque fois, mon dieu que c'est court. Chaque poème est hyper court, 7 ou 8 lignes max, parfois seulement trois, et certaines lignes ne contiennent parfois pas plus de 2 ou 3 mots.
Au final, le petit lecteur de poésie que je suis dû transformer la Poudre à danser en Boîte à bonbons, en les prenant un à la fois et en faisant durer chacun le plus longtemps possible. Puisqu'ils étaient si courts, on aurait dit que les textes ne me donnaient pas assez de temps pour les apprécier. Mes émotions de lecteur étaient là, mais à fleur de peau, en superficie, bref, pas profondément.
Stéphane Lafleur m'a donc fait travailler, je ne m'y attendais pas. Ça n'empêche pas que je l'ai quand même reconnu à travers ses mots, et je confirme que j'aime toujours son univers, sa tête, bref, oui, j'ai reconnu Stéphane Lafleur. Donc, malgré les petites frustrations ici et là, oui, j'ai aimé sa Poudre à danser.
mardi 29 avril 2025
dimanche 20 avril 2025
Sirop de poteau, par Francis Ouellette, VLB éditeur
C'est un type d'écriture spectaculaire qui raconte un milieu populaire, sans subtilité et avec une belle poésie facilement abordable. J'ai ri de grand coeur et j'ai refermé le livre les yeux dans l'eau. Avec de petites ellipses philosophiques dans lesquelles j'ai aimé me perdre par moments, Sirop de poteau a confirmé la place de Francis Ouellette parmi mes nouveaux auteurs préférés.
Dans ce deuxième livre, l'auteur raconte un personnage important de son premier. Il le met ici au centre de son histoire, en faisant graviter autour de lui le petit monde de son quartier montréalais de Centre-Sud. Encore une fois, c'est réussi. Le style est le même que dans Mélasse de fantaisie, la vie y est dure et toutes les émotions sont à fleur de peau. Dépaysement assuré.
Ouellette a un talent indéniable pour écrire la langue parlée. C'est fait avec justesse, sans la condescendance que d'autres peuvent avoir en marquant certaines expressions par de trop gros traits. Ici, les dialogues prennent une tournure imagée lorsqu'il le faut, même dans les mots du narrateur, qu'on associe rapidement à l'auteur lui-même.
Il va sans dire que le succès de Francis OUellette réside aussi dans une nostalgie bien assumée. Pas que la condition difficile des gens décrits est à envier, pas du tout. On pense plutôt à certains lieux mytiques du Montréal des années 60, 70 et 80, comme le Cabaret du Lion d'Or et le fameux Vieux-Munich. Les descriptions de ce dernier lieu valent le livre à elles seules. Je lisais ça dans le bus et les gens me regardaient rire avec des airs intrigués, c'est tout vous dire.
Mais tous n'aimeront pas ce Sirop de poteau, principalement parce que l'auteur ne censure ni ses personnages si l'époque dans laquelle ils évoluent. Ça résulte en de nombreuses situations où les différences entre les sexes créent de l'injustice et de la violence, et où des propos vulgaires font partie du quotidien. Âmes sensibles, s'abstenir. Reste que cette histoire vous raconte le Montréal le plus montréalo-montréalais qui soit. Vous verrez apparaître des personnages malheureusement obscurcis par le temps comme Denis Vanier et surtout, la sublime Josée Yvon et son aura, que Ouellette reconstitue avec brio.
Un Sirop de poteau de grand crû!
Dans ce deuxième livre, l'auteur raconte un personnage important de son premier. Il le met ici au centre de son histoire, en faisant graviter autour de lui le petit monde de son quartier montréalais de Centre-Sud. Encore une fois, c'est réussi. Le style est le même que dans Mélasse de fantaisie, la vie y est dure et toutes les émotions sont à fleur de peau. Dépaysement assuré.
Ouellette a un talent indéniable pour écrire la langue parlée. C'est fait avec justesse, sans la condescendance que d'autres peuvent avoir en marquant certaines expressions par de trop gros traits. Ici, les dialogues prennent une tournure imagée lorsqu'il le faut, même dans les mots du narrateur, qu'on associe rapidement à l'auteur lui-même.
Il va sans dire que le succès de Francis OUellette réside aussi dans une nostalgie bien assumée. Pas que la condition difficile des gens décrits est à envier, pas du tout. On pense plutôt à certains lieux mytiques du Montréal des années 60, 70 et 80, comme le Cabaret du Lion d'Or et le fameux Vieux-Munich. Les descriptions de ce dernier lieu valent le livre à elles seules. Je lisais ça dans le bus et les gens me regardaient rire avec des airs intrigués, c'est tout vous dire.
Mais tous n'aimeront pas ce Sirop de poteau, principalement parce que l'auteur ne censure ni ses personnages si l'époque dans laquelle ils évoluent. Ça résulte en de nombreuses situations où les différences entre les sexes créent de l'injustice et de la violence, et où des propos vulgaires font partie du quotidien. Âmes sensibles, s'abstenir. Reste que cette histoire vous raconte le Montréal le plus montréalo-montréalais qui soit. Vous verrez apparaître des personnages malheureusement obscurcis par le temps comme Denis Vanier et surtout, la sublime Josée Yvon et son aura, que Ouellette reconstitue avec brio.
Un Sirop de poteau de grand crû!
jeudi 3 avril 2025
Un avenir radieux, par Pierre Lemaitre, éditions Calmann Levy
Entre un début étonnant d'une violence qui laisse dubitatif et une fin en feux d'artifice qui nous met sur le bout de notre siège, Pierre Lemaitre déploie sa galerie de personnages aussi ahurissants les uns que les autres dans une histoire de famille de fous et une autre d'espionnage en parralèle. Franchement, depuis Aurevoir là-haut, c'est un de ses meilleurs.
Ce gars-là écrit du cinéma. Des scènes d'actions succèdent à d'autres où on est tout retourné parce que touché. Ses décors sont diverssifiés. Ici, on est en 1959, entre les Paris et Prague d'alors, et ses personnages sont incroyables. Les trois enfants de la famille Pelletier tournent autour de leurs parents, leurs conjoint(e)s ajoutent leurs couleurs, et les petits enfants prennent leur place. Tous sont les victimes d'un autre, leurs immenses faiblesses et leurs forces insoupçonnées les rendent tous divertissants, sans exeption. Mention spéciale pour un couple, celui de l'ainé, Jean, et sa femme Geneviève, un personnage qui fera l'histoire de la littérature tant on aime trop la détester, et quant à ses enfants... ouf! Mention spéciale aux personnages féminins qui, à mon sens, sont les plus porteurs. Quel brio de l'auteur d'avoir inventé ces gens-là.
Il est certain que Lemaitre traine ses personnages, ou à tout le moins certains d'entre eux, depuis maintenant 6 livres. Y'a quelque chose de Balzac, c'est bien certain, mais pas que. Ceci dit, comme pour Balzac, c'est facile de se plonger dans son oeuvre à partir de n'importe quel livre de cette rocambolesque saga à travers le 20e siècle. Avec Un avenir radieux, les amateurs d'enquête seront ravis. Pour ma part, cette portion du livre n'a pas été ma préférée... jusqu'à ce que vienne les dénouements de la fin. Je lève mon chapeau à l'auteur de polars qu'est aussi Lemaitre. J'ai adhéré, j'ai ri, et jai été ému aux larmes.
À la fin du livre, l'auteur cite ses sources et ses inspirations, parmi lesquelles figure John Le Carré. C'est tout dire.
Bref, Un avenir radieux est tout un divertissement. Vous me voyez ravi, et je vous le recommande fortement.
Ce gars-là écrit du cinéma. Des scènes d'actions succèdent à d'autres où on est tout retourné parce que touché. Ses décors sont diverssifiés. Ici, on est en 1959, entre les Paris et Prague d'alors, et ses personnages sont incroyables. Les trois enfants de la famille Pelletier tournent autour de leurs parents, leurs conjoint(e)s ajoutent leurs couleurs, et les petits enfants prennent leur place. Tous sont les victimes d'un autre, leurs immenses faiblesses et leurs forces insoupçonnées les rendent tous divertissants, sans exeption. Mention spéciale pour un couple, celui de l'ainé, Jean, et sa femme Geneviève, un personnage qui fera l'histoire de la littérature tant on aime trop la détester, et quant à ses enfants... ouf! Mention spéciale aux personnages féminins qui, à mon sens, sont les plus porteurs. Quel brio de l'auteur d'avoir inventé ces gens-là.
Il est certain que Lemaitre traine ses personnages, ou à tout le moins certains d'entre eux, depuis maintenant 6 livres. Y'a quelque chose de Balzac, c'est bien certain, mais pas que. Ceci dit, comme pour Balzac, c'est facile de se plonger dans son oeuvre à partir de n'importe quel livre de cette rocambolesque saga à travers le 20e siècle. Avec Un avenir radieux, les amateurs d'enquête seront ravis. Pour ma part, cette portion du livre n'a pas été ma préférée... jusqu'à ce que vienne les dénouements de la fin. Je lève mon chapeau à l'auteur de polars qu'est aussi Lemaitre. J'ai adhéré, j'ai ri, et jai été ému aux larmes.
À la fin du livre, l'auteur cite ses sources et ses inspirations, parmi lesquelles figure John Le Carré. C'est tout dire.
Bref, Un avenir radieux est tout un divertissement. Vous me voyez ravi, et je vous le recommande fortement.
mardi 11 mars 2025
Quand je ne dis rien je pense encore, par Camille Readman Prud'homme, éditions L'Oie de Cravan
L'avenir nous le dira, mais à mon sens, c'est une pépite. J'ai hâte de voir comment ce livre, ou à tout le moins l'impression qu'il m'a faite, me restera en tête. En tout cas, le bien que j'en ai lu est justifié.
C'est de la poésie qui rassemble des pensées bien concrètes et qui tournent autour de la perception de ce qui nous entoure et de comment ceux qui nous entourent nous perçoivent. Les réflexions de l'autrice sont si justes qu'il me semble que ce recueil tient autant de la philosophie que de la poésie. Ses pages parlent des trop et des silences des autres, de ce qui nous emporte, et de ce qu'on garde pour soi. On se joint à ses réflexions, on se met à sa place. Pour ma part, cette lecture m'a fait me regarder dans le monde, voir quand et pourquoi je fais parfois trop de bruit, ou lorsque je devrais parler plutôt que de me taire.
Car il est beaucoup question de la parole, celle qu'on échange, qu'on entend et qu'on suppose. Cet univers plus près du son que de la lumière m'a sans doute beaucoup rejoint. Et pourtant, l'autrice parle souvent de "rejoindre le noir", qui apparaît souvent comme un refuge, et pas nécessairement négatif.
La force de cette posée est aussi son accessibilité. Je le recommanderais à plusieurs qui, comme moi, lisent (trop?) peu de poésie, ne serait-ce que pour les réflexions et le bien qu'elles procurent.
J'avais besoin d'une pause, j'ai pensé à un livre de poésie et celui-là m'est arrivé avec beaucoup d'à propos. Pas besoin de vous dire que je le recommande vivement.
Maintenant, je me permets de souhaiter lire une histoire racontée par Camille Readman Prud'homme, avec la même sensibilité et le même regard porté sur des personnages que celui qu'elle pose sur elle et le monde qui l'entoure. Ce serait assurément hyper agréable à lire.
C'est de la poésie qui rassemble des pensées bien concrètes et qui tournent autour de la perception de ce qui nous entoure et de comment ceux qui nous entourent nous perçoivent. Les réflexions de l'autrice sont si justes qu'il me semble que ce recueil tient autant de la philosophie que de la poésie. Ses pages parlent des trop et des silences des autres, de ce qui nous emporte, et de ce qu'on garde pour soi. On se joint à ses réflexions, on se met à sa place. Pour ma part, cette lecture m'a fait me regarder dans le monde, voir quand et pourquoi je fais parfois trop de bruit, ou lorsque je devrais parler plutôt que de me taire.
Car il est beaucoup question de la parole, celle qu'on échange, qu'on entend et qu'on suppose. Cet univers plus près du son que de la lumière m'a sans doute beaucoup rejoint. Et pourtant, l'autrice parle souvent de "rejoindre le noir", qui apparaît souvent comme un refuge, et pas nécessairement négatif.
La force de cette posée est aussi son accessibilité. Je le recommanderais à plusieurs qui, comme moi, lisent (trop?) peu de poésie, ne serait-ce que pour les réflexions et le bien qu'elles procurent.
J'avais besoin d'une pause, j'ai pensé à un livre de poésie et celui-là m'est arrivé avec beaucoup d'à propos. Pas besoin de vous dire que je le recommande vivement.
Maintenant, je me permets de souhaiter lire une histoire racontée par Camille Readman Prud'homme, avec la même sensibilité et le même regard porté sur des personnages que celui qu'elle pose sur elle et le monde qui l'entoure. Ce serait assurément hyper agréable à lire.
samedi 8 mars 2025
Jour de ressac, par Maylis de Kerangal, éditions Verticales
Gros coup de coeur pour une autrice que je ne connaissais pas. Une enquête est prétexte à une femme de retourner sur son enfance et son adolescence mais surtout, dans sa ville d'origine. Du coup, ce livre devient un hommage à la ville en question, qui devient le personnage principal, et c'est superbe.
La ville, c'est Le Havre, un grand port sur la Manche qui a la particularité d'avoir été détruit pendant la Deuxième guerre mondiale. Sa reconstruction en a fait une ville avec une réputation peu enviable d'être moche, bétonnée, industrielle, et qui plus est, battue par le vent et la pluie. Perso, rien qu'avec ça, c'était bien parti. Assez des grandes capitales.
Sachant que le livre était bâti autour d'une enquête, le pas-vraiment-fan de polars que je suis avait ses appréhensions. Mais celle enquête m'a parue douce, originale, et son dénouement m'a beaucoup touché.
Tout ça est porté par une écriture hyper sensible aux autres et à ce qui les entoure. Maylis de Kerangal a un don incroyable pour décrire des lieux. Ici, les décors créent les personnages. C'est comme si les personnages vivaient un résultat de leur environnement. On a donc du gris, de la rudesse, mais celle des éléments, pas des gens. Et comme ces éléments sont naturels, les personnages le sont aussi. Ce naturel se sent partout, de la patience résiliente d'un policier jusqu'à l'accueil empathique d'une tenancière de bar pourtant réservée. Quels beaux personnages.
Mais là encore, d'une marche sur un quai battu par les vagues, la pluie et le vent, jusqu'à une conversation dans une auto qui traverse une autoroute pendant que le jour se couche sous la pluie (encore), les décors m'ont complètement emportés. L'autrice nous prend par la main pour redécouvrir la ville de son enfance avec nous, et c'est un réel plaisir.
Bon, ceci dit, de Kerangal est de celles qui se laissent aller parfois avec des phrases qui s'étendent sur presque deux pages. Au début, on manque un peu de souffle, mais à force, une fois qu'on a trouvé son rythme, ça se lit bien.
Vous aurez de belles heures de lecture pendant ce Jour de ressac.
La ville, c'est Le Havre, un grand port sur la Manche qui a la particularité d'avoir été détruit pendant la Deuxième guerre mondiale. Sa reconstruction en a fait une ville avec une réputation peu enviable d'être moche, bétonnée, industrielle, et qui plus est, battue par le vent et la pluie. Perso, rien qu'avec ça, c'était bien parti. Assez des grandes capitales.
Sachant que le livre était bâti autour d'une enquête, le pas-vraiment-fan de polars que je suis avait ses appréhensions. Mais celle enquête m'a parue douce, originale, et son dénouement m'a beaucoup touché.
Tout ça est porté par une écriture hyper sensible aux autres et à ce qui les entoure. Maylis de Kerangal a un don incroyable pour décrire des lieux. Ici, les décors créent les personnages. C'est comme si les personnages vivaient un résultat de leur environnement. On a donc du gris, de la rudesse, mais celle des éléments, pas des gens. Et comme ces éléments sont naturels, les personnages le sont aussi. Ce naturel se sent partout, de la patience résiliente d'un policier jusqu'à l'accueil empathique d'une tenancière de bar pourtant réservée. Quels beaux personnages.
Mais là encore, d'une marche sur un quai battu par les vagues, la pluie et le vent, jusqu'à une conversation dans une auto qui traverse une autoroute pendant que le jour se couche sous la pluie (encore), les décors m'ont complètement emportés. L'autrice nous prend par la main pour redécouvrir la ville de son enfance avec nous, et c'est un réel plaisir.
Bon, ceci dit, de Kerangal est de celles qui se laissent aller parfois avec des phrases qui s'étendent sur presque deux pages. Au début, on manque un peu de souffle, mais à force, une fois qu'on a trouvé son rythme, ça se lit bien.
Vous aurez de belles heures de lecture pendant ce Jour de ressac.
dimanche 16 février 2025
Une histoire silencieuse, par Alexandra Boilard-Lefebvre, éditions la peuplade
Belle réussite d'un livre d'une remarquable orginalité. Enquête, essai, roman: tout va à cette histoire familiale qui m'a touché par sa sensibilité et le respect qu'elle porte aux personnages.
L'histoire d'une femme décédée à 29 ans dans les années 1970 est recréée par l'enquête menée tout récemment par sa petite-fille. On découvrira un décès dont la cause a été camouflée. La cause de ce camouflage fait partie de l'enquête. Quant à la cause de la mort, c'est au lecteur d'en tirer ses conclusions.
Pour mener son enquête, l'autrice est allée à la rencontre de ceux qui ont connue sa grand-mère. On comprend qu'après autant d'années, les souvenirs sont flous, les impressions aussi. Pour raconter son histoire, elle enregistre des conversations et nous décrit des photos. Le traiment de ces deux procédés fait toute l'originalité du livre.
Les conversations sont retranscrites presque mot pour mot, et le difficile exercice d'écrire la langue parlée est réussi avec brio. Les conversations sont écrites comme on le fait de poèmes, en phrases courtes où les idées alternent parfois sans transition, comme dans notre tête, comme lorsqu'on raconte quelque chose et qu'on ajoute des incises, lorsque parler nous fait nous rappeler de choses qui nous reviennent soudainement. Ces retranscriptions auraient pu être lourdes ou caricaturales, mais pas du tout. Il y a dans ce procédé beaucoup de sensibilité et de respect des témoins qui prennent la parole. L'autrice a interrogé son papa, ses tantes, des amies de la défunte, et c'est passionnant.
Quant aux photos, Boilard-Lefebvre les décrit tant par le contenu que par le contenant. Comme pour les souvenirs racontés, le passage du temps efface aussi des détails qu'il nous faut deviner et là encore, pour le lecteur, c'est tout à fait prenant.
Cette histoire est un portrait hyper-réaliste d'une société et d'une époque. Aux environs des années 1960, au Québec, on se cherchait beaucoup. Un lourd passé commençait à s'estomper, mais tout n'était pas encore terminé. Les pressions sociales étaient encore fortes, et avec elles les non-dits, les jugements. La femme racontée en aura été victime, mais d'autres aussi, dans sa famille, à commencer par sa propre mère.
Passionnant, touchant et d'une sincérité désarmante, cette Histoire silencieuse est chaudement recommandée.
L'histoire d'une femme décédée à 29 ans dans les années 1970 est recréée par l'enquête menée tout récemment par sa petite-fille. On découvrira un décès dont la cause a été camouflée. La cause de ce camouflage fait partie de l'enquête. Quant à la cause de la mort, c'est au lecteur d'en tirer ses conclusions.
Pour mener son enquête, l'autrice est allée à la rencontre de ceux qui ont connue sa grand-mère. On comprend qu'après autant d'années, les souvenirs sont flous, les impressions aussi. Pour raconter son histoire, elle enregistre des conversations et nous décrit des photos. Le traiment de ces deux procédés fait toute l'originalité du livre.
Les conversations sont retranscrites presque mot pour mot, et le difficile exercice d'écrire la langue parlée est réussi avec brio. Les conversations sont écrites comme on le fait de poèmes, en phrases courtes où les idées alternent parfois sans transition, comme dans notre tête, comme lorsqu'on raconte quelque chose et qu'on ajoute des incises, lorsque parler nous fait nous rappeler de choses qui nous reviennent soudainement. Ces retranscriptions auraient pu être lourdes ou caricaturales, mais pas du tout. Il y a dans ce procédé beaucoup de sensibilité et de respect des témoins qui prennent la parole. L'autrice a interrogé son papa, ses tantes, des amies de la défunte, et c'est passionnant.
Quant aux photos, Boilard-Lefebvre les décrit tant par le contenu que par le contenant. Comme pour les souvenirs racontés, le passage du temps efface aussi des détails qu'il nous faut deviner et là encore, pour le lecteur, c'est tout à fait prenant.
Cette histoire est un portrait hyper-réaliste d'une société et d'une époque. Aux environs des années 1960, au Québec, on se cherchait beaucoup. Un lourd passé commençait à s'estomper, mais tout n'était pas encore terminé. Les pressions sociales étaient encore fortes, et avec elles les non-dits, les jugements. La femme racontée en aura été victime, mais d'autres aussi, dans sa famille, à commencer par sa propre mère.
Passionnant, touchant et d'une sincérité désarmante, cette Histoire silencieuse est chaudement recommandée.
lundi 10 février 2025
L’irréparable, par Pierre Samson, éditions Héliotrope
Parcours ordinaire et difficile qui se termine mal. Ceci résume ce livre et ma lecture de ce livre.
L’homme qui se raconte achève une carrière de chargé de cours universitaire. Ce spécialiste des manuscrits anciens a la soixante amère. Le monde entier lui tappe sur les nerfs. Professionnellement, c’est l’horreur. C’est guère mieux personnellement. Gay et célibataire, il crache son venin sur son tout ce qui bouge.
Les personnages gays atypiques pullulent en littérature et celui-là est du lot, mais je le mettrais au-dessus de la pile. L’auteur lui donne une parole d’une condescendance hallucinante, avec des phrases interminables et des mots choisis d’un lyrisme assommant. Au début, on se dit que la figure de style fera son temps, mais non. Tout le livre est écrit dans ce genre pédant et amer. Parfois, on sourit. Tant d’aigreur donne souvent de drôles d’images. Mais bon…
Ce gars qui se voit flétrir porte autant d’attention à l’allure des autres qu’à la sienne. Jamais n’aie-je lu autant de descriptions physiques aussi détaillées. Un gars au gym ser décrit sur 2 pages, une collègue de travail passera au tordeur sur plus encore, et le malaise est immense.
Aux trois-quart du livre, une situation fera espérer une enquête, mais la fin tragique en accéléré laisse pantois. J’ai terminé L’irréparable, dans un état désagréable de « tout ça pour ça ».
Attentes non rencontrées. Décevant.
#editions_heliotrope #litteraturequebecoise #livrequebecois #jelisquebecois #instalivres #bookstagramqc
L’homme qui se raconte achève une carrière de chargé de cours universitaire. Ce spécialiste des manuscrits anciens a la soixante amère. Le monde entier lui tappe sur les nerfs. Professionnellement, c’est l’horreur. C’est guère mieux personnellement. Gay et célibataire, il crache son venin sur son tout ce qui bouge.
Les personnages gays atypiques pullulent en littérature et celui-là est du lot, mais je le mettrais au-dessus de la pile. L’auteur lui donne une parole d’une condescendance hallucinante, avec des phrases interminables et des mots choisis d’un lyrisme assommant. Au début, on se dit que la figure de style fera son temps, mais non. Tout le livre est écrit dans ce genre pédant et amer. Parfois, on sourit. Tant d’aigreur donne souvent de drôles d’images. Mais bon…
Ce gars qui se voit flétrir porte autant d’attention à l’allure des autres qu’à la sienne. Jamais n’aie-je lu autant de descriptions physiques aussi détaillées. Un gars au gym ser décrit sur 2 pages, une collègue de travail passera au tordeur sur plus encore, et le malaise est immense.
Aux trois-quart du livre, une situation fera espérer une enquête, mais la fin tragique en accéléré laisse pantois. J’ai terminé L’irréparable, dans un état désagréable de « tout ça pour ça ».
Attentes non rencontrées. Décevant.
#editions_heliotrope #litteraturequebecoise #livrequebecois #jelisquebecois #instalivres #bookstagramqc
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