Qu'importe le format, Michel Ragabliati crée le même bon contenu qui nous va droit au coeur. Avec cette histoire de relation entre un père en deuil du sien, de père, et de sa fille, l'auteur nous emmène dans un paysage digne de ses oeuvres: calme et sensationnel, et ça fait un bien fou.
Que le texte soit présenté ailleurs que dans des philactères ne change rien à l'ambiance sympathique. Si on lit plus avec ce roman graphique, peut-être qu'on regarde moins d'images, mais quels dessins! Les images de l'Île verte sont splendides, et les bouilles des personnages sont toujours aussi attachantes.
Il n'y a pas de "méchants" dans les aventures de Paul, juste des confrontations avec lui-même. Ici, la présence de sa fille emmène une énergie nouvelle à son père qui n'en n'avait plus, et la présence de ces deux personage fera qu'au moins deux générations se retrouveront dans Rose à l'île. Bref, on a là une autre réussite pour les fans de Rabagliati, et même pour ceux qui gagneraient à le connaître.
Est-ce à offrir à votre ado en cadeau d'anniversaire? Je sais pas. À votre parent vieillissant et un peu bougon? Peut-être. Mais les autres aussi y trouveront leur compte. Je crois qu'il faudrait encore plus de Rabagiati dans notre monde, pour l'apaiser un peu.
mercredi 13 septembre 2023
mardi 12 septembre 2023
L'invention d'un visage, par Mathieu Laca, éditions Leméac
C'est un livre déroutant à plusieurs égards.
Mathieu Laca est d'abord connu pour sa peinture (superbe, selon mes goûts). Comme auteur, je ne savais que la prémisse de base de son livre: un homme perd la mémoire des visages à la suite d'un accident. Il utilisera l'art pour la retrouver.
Le début du livre est prenant. Le narrateur raconte l'accident, les conséquences. C'est un monde inconnu tant pour lui que pour le lecteur. Le style est sobre, efficace. Au fil des événements, il découvrira par hasard l'autoportrait d'un peintre inconnu ayant vécu au début du 20e siècle. Cette découverte sera prétexte à des recherches tant sur l'auteur de ce portrait que du narrateur sur lui-même. L'auteur nous emmène alors dans le passé, aux environs de 1914, pour nous présenter ce peintre inconnu. Les chapitres entre le temps présent (l'histoire du narrateur) et le passé (celle du peintre) alternent, et c'est toujours intéressant.
Arrive la seconde partie du livre où le narrateur se voit projeté dans le passé, dans ce qu'il découvrira être un épisode de la vie du peintre dont il a découvert une oeuvre. Le procédé et déstabilisant. On est passé dans une histoire à la Lewis Caroll, fantastique, avec des personnages typés et des situations très mises en scène.
On retourne ensuite au rythme du début du livre. Le narrateur poursuit l'expérience de ses recherches sur le passé et sur lui. Comme lui, on est un peu perdus. Pendant ce temps, dans le passé, le peintre vit le drame de l'entrée du monde dans la Grande guerre, d'un amour impossible parce qu'avec un autre homme, et d'une maladie mentale. Là, on se croirait dans l'histoire d'Émile Nelligan : le personnage est jeune, d'une sexualité hors normes pour l'époque, et on voudra l'enfermer. Pendant ce temps, un autre personnage ira à la guerre, sera défiguré, et reviendra au pays avec un visage atrophié: paf!, on est en plein Pierre Lemaitre avec Au revoir là-haut.
La suite du livre a confirmé une impression que l'auteur s'est inspiré de ses fantasmes pour écrire cette histoire. Plusieurs scènes de sexe entre hommes se succèdent. Pas que ce soit choquant, mais autant... je sais pas. Et ce retour dans le passé aussi ressemblait à un désir de franchir le miroir rendu possible grâce à l’écriture. Des dialogues au ton descriptif, sons trop de couleurs, m’ont aussi laissé sur ma faim. Ce livre m’a semblé le reflet de l’intimité d’un auteur que je ne connaissais pas. Le scénario est excellent, mais la facture et le style me laissent dubitatif. Choix risqué de la part de l’éditeur.
Mathieu Laca est d'abord connu pour sa peinture (superbe, selon mes goûts). Comme auteur, je ne savais que la prémisse de base de son livre: un homme perd la mémoire des visages à la suite d'un accident. Il utilisera l'art pour la retrouver.
Le début du livre est prenant. Le narrateur raconte l'accident, les conséquences. C'est un monde inconnu tant pour lui que pour le lecteur. Le style est sobre, efficace. Au fil des événements, il découvrira par hasard l'autoportrait d'un peintre inconnu ayant vécu au début du 20e siècle. Cette découverte sera prétexte à des recherches tant sur l'auteur de ce portrait que du narrateur sur lui-même. L'auteur nous emmène alors dans le passé, aux environs de 1914, pour nous présenter ce peintre inconnu. Les chapitres entre le temps présent (l'histoire du narrateur) et le passé (celle du peintre) alternent, et c'est toujours intéressant.
Arrive la seconde partie du livre où le narrateur se voit projeté dans le passé, dans ce qu'il découvrira être un épisode de la vie du peintre dont il a découvert une oeuvre. Le procédé et déstabilisant. On est passé dans une histoire à la Lewis Caroll, fantastique, avec des personnages typés et des situations très mises en scène.
On retourne ensuite au rythme du début du livre. Le narrateur poursuit l'expérience de ses recherches sur le passé et sur lui. Comme lui, on est un peu perdus. Pendant ce temps, dans le passé, le peintre vit le drame de l'entrée du monde dans la Grande guerre, d'un amour impossible parce qu'avec un autre homme, et d'une maladie mentale. Là, on se croirait dans l'histoire d'Émile Nelligan : le personnage est jeune, d'une sexualité hors normes pour l'époque, et on voudra l'enfermer. Pendant ce temps, un autre personnage ira à la guerre, sera défiguré, et reviendra au pays avec un visage atrophié: paf!, on est en plein Pierre Lemaitre avec Au revoir là-haut.
La suite du livre a confirmé une impression que l'auteur s'est inspiré de ses fantasmes pour écrire cette histoire. Plusieurs scènes de sexe entre hommes se succèdent. Pas que ce soit choquant, mais autant... je sais pas. Et ce retour dans le passé aussi ressemblait à un désir de franchir le miroir rendu possible grâce à l’écriture. Des dialogues au ton descriptif, sons trop de couleurs, m’ont aussi laissé sur ma faim. Ce livre m’a semblé le reflet de l’intimité d’un auteur que je ne connaissais pas. Le scénario est excellent, mais la facture et le style me laissent dubitatif. Choix risqué de la part de l’éditeur.
mercredi 23 août 2023
Hotline, par Dimitri Nasrallah, éditions La Peuplade
C'est un livre que j'ai lu avidement et qui m'a laissé perplexe, comme on l'est parfois devant l'inconnu: on est choqué, sans savoir si on a aimé, mais l'impression est forte.
Années 80: une immigrante libanaise arrive à Montréal avec son fils. Elle décrit sa vie, d'où elle vient, famille, pays troublé, conjoint disparu dans un contexte de guerre. Elle s'installe dans un petit appartement d'étudiant dans le ghetto McGill et décrit sa vie. C'est presqu'un journal, par le ton et le rythme, mais ça ne l'est pas. Le ton est simple et le rythme si singulier qu'il nous hypnotise presque. On avance lentement dans le temps, pas à pas. Cette femme se raconte délicatement, avec une franchise fraîche, crédible, mais surtout naïve et déterminée. On la prendrait dans nos bras. Son histoire pourrait être un drame, mais elle avance comme si ça ne l'était pas. Si le personnage est naïf, son optimisme ne l'est pas, et c'est franchement stupéfiant de le découvrir.
Cette femme avance seule, avec son jeune garçon et ses fantômes. Tous les personnages qui l'entourent passent sans toutefois tisser de liens profonds avec elle. Pris individuellement, les personnages peuvent ressembler à des opportunités, des occasions d'ouverture, particulièrement d'autres personnages immigrés, comme elle. Une connivence, prude mais sincère, s'installe, et cette vision des choses est nouvelle pour moi. J'ai vu la vie d'une immigrante d'une perspective que je ne connaissais pas, et j'ai adoré ça. On voit notre société de sa perspective à elle.
Aussi, lorsqu'il s'est agit de la société prise dans son ensemble, ses allusions deviennent moins belles, grises, négatives. Certaines références au peuple de sa ville d'accueil sont presque politiques. Bien sur, comme ça me concerne, ça me touche, et à cette heure, une fois le livre terminé, je ne sais pas si j'ai perçu le ressenti du personnage ou celui de l'auteur du livre. C'est ça qui me laisse perplexe. Mais je me pose peut-être trop de questions...
Reste que cet auteur a un amour immense pour son personnage, une connaissance fine de sa psychée et de son histoire qu'il nous raconte sans fard et sans artifices. Rien n'est cru ni violent, mais sincère, oui. Des trois récents auteurs que j'ai lus qui sont ancrés dans la communauté libanaise vivant à Montréal (Farah, Chacour, et maintenant Nasrallah) , c'est dans Hotline que j'ai perçu le plus d'amertume. Mais au-delà de ça, j'ai aimé ce livre de Dimitri Nasrallah. La traduction de Daniel Grenier aussi, pour son efficacité, et sa précision. Je questionne toutefois le choix de garder le même titre qu'en anglais, question de sens. Mais bon, là aussi, je me pose peut-être trop de questions...
Années 80: une immigrante libanaise arrive à Montréal avec son fils. Elle décrit sa vie, d'où elle vient, famille, pays troublé, conjoint disparu dans un contexte de guerre. Elle s'installe dans un petit appartement d'étudiant dans le ghetto McGill et décrit sa vie. C'est presqu'un journal, par le ton et le rythme, mais ça ne l'est pas. Le ton est simple et le rythme si singulier qu'il nous hypnotise presque. On avance lentement dans le temps, pas à pas. Cette femme se raconte délicatement, avec une franchise fraîche, crédible, mais surtout naïve et déterminée. On la prendrait dans nos bras. Son histoire pourrait être un drame, mais elle avance comme si ça ne l'était pas. Si le personnage est naïf, son optimisme ne l'est pas, et c'est franchement stupéfiant de le découvrir.
Cette femme avance seule, avec son jeune garçon et ses fantômes. Tous les personnages qui l'entourent passent sans toutefois tisser de liens profonds avec elle. Pris individuellement, les personnages peuvent ressembler à des opportunités, des occasions d'ouverture, particulièrement d'autres personnages immigrés, comme elle. Une connivence, prude mais sincère, s'installe, et cette vision des choses est nouvelle pour moi. J'ai vu la vie d'une immigrante d'une perspective que je ne connaissais pas, et j'ai adoré ça. On voit notre société de sa perspective à elle.
Aussi, lorsqu'il s'est agit de la société prise dans son ensemble, ses allusions deviennent moins belles, grises, négatives. Certaines références au peuple de sa ville d'accueil sont presque politiques. Bien sur, comme ça me concerne, ça me touche, et à cette heure, une fois le livre terminé, je ne sais pas si j'ai perçu le ressenti du personnage ou celui de l'auteur du livre. C'est ça qui me laisse perplexe. Mais je me pose peut-être trop de questions...
Reste que cet auteur a un amour immense pour son personnage, une connaissance fine de sa psychée et de son histoire qu'il nous raconte sans fard et sans artifices. Rien n'est cru ni violent, mais sincère, oui. Des trois récents auteurs que j'ai lus qui sont ancrés dans la communauté libanaise vivant à Montréal (Farah, Chacour, et maintenant Nasrallah) , c'est dans Hotline que j'ai perçu le plus d'amertume. Mais au-delà de ça, j'ai aimé ce livre de Dimitri Nasrallah. La traduction de Daniel Grenier aussi, pour son efficacité, et sa précision. Je questionne toutefois le choix de garder le même titre qu'en anglais, question de sens. Mais bon, là aussi, je me pose peut-être trop de questions...
lundi 7 août 2023
Mon fils ne revint que sept jours, par David Clerson, éditions Héliotrope
Raconter une tristesse d'aussi belle façon mérite qu'on s'y attarde. Ce court livre est franchement superbe.
La narratrice est une mère qui observe, qui accepte de laisser aller, de ne retenir rien ni personne. Si son fils revint, c'est qu'il était parti depuis longtemps. Son conjoint aussi, disparu depuis encore plus longtemps et sa fille, pourtant restée plus près, lui est presque devenue étrangère.
Ce livre sur les relations familiales a tout des autres livres que j'ai récemment lus, mais avec un ton complètement différent. Ceux-là parlaient de relations entre membres de familles où les mères sont souvent prenantes, intenses, dont l'emprise sur la famille est à la vie et à la mort. Ici, c'est le contraire. Cette femme raconte comment tous se sont éloignés sans qu'elle ne les retienne. Elle les a laissé aller, laissés vivre leurs vies. Restent d'eux les souvenirs et l'amour. Son fils vit tous les tourments, sa fille s'affadit. Seuls ses petits enfants, peut-être, la remènent au désir et aux possibilités de partager des petits bonheurs.
Cette voix suscite l'empathie par sa retenue. On comprend ses peines, tout en ressentant aussi bien qu'elle que la vie est aussi ailleurs, autour. Parce que l'environnement immédiat de cette narratrice devient un personnage. La forêt qui entoure son chalet, le lac, de plus en plus peuplé, et le chalet lui-même, qui n'a pas changé de génération en génération. Tout ça, on le sent, devient sa nouvelle raison de vivre. On aime parcourir la forêt avec elle. Les descriptions en sont fantastiques.
L'auteur décrit fort bien une solitude confortable. Il en parle avec un respect quand même assez rare. C'est ce qui fait que ce livre, qui pourrait vous laisser triste, a quelque chose d'apaisant. Cette histoire se passe doucement, comme la vie de la narratrice qui acceptera, elle aussi, que sa vie passe et la quitte.
C'est le ton de ce livre qui m'a plu, le calme de la forêt qui étouffe les cris dans la tête du fils. L'écriture de David Clerson est efficace, belle et invitante. J'ai bien envie de lire autre chose de lui. C'est à lire, tant sous la pluie que le soleil.
La narratrice est une mère qui observe, qui accepte de laisser aller, de ne retenir rien ni personne. Si son fils revint, c'est qu'il était parti depuis longtemps. Son conjoint aussi, disparu depuis encore plus longtemps et sa fille, pourtant restée plus près, lui est presque devenue étrangère.
Ce livre sur les relations familiales a tout des autres livres que j'ai récemment lus, mais avec un ton complètement différent. Ceux-là parlaient de relations entre membres de familles où les mères sont souvent prenantes, intenses, dont l'emprise sur la famille est à la vie et à la mort. Ici, c'est le contraire. Cette femme raconte comment tous se sont éloignés sans qu'elle ne les retienne. Elle les a laissé aller, laissés vivre leurs vies. Restent d'eux les souvenirs et l'amour. Son fils vit tous les tourments, sa fille s'affadit. Seuls ses petits enfants, peut-être, la remènent au désir et aux possibilités de partager des petits bonheurs.
Cette voix suscite l'empathie par sa retenue. On comprend ses peines, tout en ressentant aussi bien qu'elle que la vie est aussi ailleurs, autour. Parce que l'environnement immédiat de cette narratrice devient un personnage. La forêt qui entoure son chalet, le lac, de plus en plus peuplé, et le chalet lui-même, qui n'a pas changé de génération en génération. Tout ça, on le sent, devient sa nouvelle raison de vivre. On aime parcourir la forêt avec elle. Les descriptions en sont fantastiques.
L'auteur décrit fort bien une solitude confortable. Il en parle avec un respect quand même assez rare. C'est ce qui fait que ce livre, qui pourrait vous laisser triste, a quelque chose d'apaisant. Cette histoire se passe doucement, comme la vie de la narratrice qui acceptera, elle aussi, que sa vie passe et la quitte.
C'est le ton de ce livre qui m'a plu, le calme de la forêt qui étouffe les cris dans la tête du fils. L'écriture de David Clerson est efficace, belle et invitante. J'ai bien envie de lire autre chose de lui. C'est à lire, tant sous la pluie que le soleil.
jeudi 3 août 2023
Grandeur nature, par Erri De Luca, éditions Gallimard
Ce recueil de nouvelles m'a attiré par son thème: les relations père-fils, mais aussi père fille, et d'autant plus que l'auteur dit que puisqu'il n'a jamais eu d'enfants, il est donc toujours resté un fils. Le un point de vue du "vieux" fils m'a semblé intéressant.
Les nouvelles sont courtes, sauf une, plus longue. Comme toujours dans les recueils, on aime chaque histoire différemment. La première m'a particulièrement plu, où il est question du peintre Chagall, juif bielorusse exilé à Paris, qui hésite à faire le portrait de son père. Faire ce portrait de mémoire ressucite justement des souvenirs confondants. C' une très belle expérience, d'autant plus que l'auteur interrelie cette histoire avec celle d'Abraham à qui son dieu lui demande d'immoler son propre fils, Isaac. Ces deux portraits apportent un regard original sur les relations entre un fils et son père. C'est érudit, mais facile à lire, et tendre, malré les apparences.
Les autres nouvelles vont dans différentes directions, d'une expérience personnelle de l'auteur au récit de Moïse qui entend une voix, qu'il identifiera à son père, puis à son dieu. Celle là est particulièrement belle. Ce n'est pas tant le contexte religieux que le symbole de la voix intérieure, de l'obligation d'être ou de faire on ne sait quoi sous l'influence d'une force qu'on ne sait où. Mais si un appel ou une voie est tracée par son père, ça rend tout plus évident. Mais est-ce pour autant plus simple?
Erri De Luca est un grand auteur, d'une grande expérience, et ça se sent. Ces histoires sont profondes, belles et portent à réflexion. C'est peut-être moi, mais il m'a semblé que la traduction était parfois ardue. Mais c'est peut-être la langue de l'auteur qui m'a forcé à travailler. Allez savoir. Mais rien de pénible. Juste un ou deux accrochages.
Bref, pour qui le thème est d'actualité, pour une raison ou une autre, ce livre plaira, ou sera à propos. Ce n'est pas un livre "de vacances", mais il ne contient rien de lourd non plus. Il offre une belle occasion de réfléchir un peu sur ce qui a bien porté la nôtre, de relation avec son père.
Les nouvelles sont courtes, sauf une, plus longue. Comme toujours dans les recueils, on aime chaque histoire différemment. La première m'a particulièrement plu, où il est question du peintre Chagall, juif bielorusse exilé à Paris, qui hésite à faire le portrait de son père. Faire ce portrait de mémoire ressucite justement des souvenirs confondants. C' une très belle expérience, d'autant plus que l'auteur interrelie cette histoire avec celle d'Abraham à qui son dieu lui demande d'immoler son propre fils, Isaac. Ces deux portraits apportent un regard original sur les relations entre un fils et son père. C'est érudit, mais facile à lire, et tendre, malré les apparences.
Les autres nouvelles vont dans différentes directions, d'une expérience personnelle de l'auteur au récit de Moïse qui entend une voix, qu'il identifiera à son père, puis à son dieu. Celle là est particulièrement belle. Ce n'est pas tant le contexte religieux que le symbole de la voix intérieure, de l'obligation d'être ou de faire on ne sait quoi sous l'influence d'une force qu'on ne sait où. Mais si un appel ou une voie est tracée par son père, ça rend tout plus évident. Mais est-ce pour autant plus simple?
Erri De Luca est un grand auteur, d'une grande expérience, et ça se sent. Ces histoires sont profondes, belles et portent à réflexion. C'est peut-être moi, mais il m'a semblé que la traduction était parfois ardue. Mais c'est peut-être la langue de l'auteur qui m'a forcé à travailler. Allez savoir. Mais rien de pénible. Juste un ou deux accrochages.
Bref, pour qui le thème est d'actualité, pour une raison ou une autre, ce livre plaira, ou sera à propos. Ce n'est pas un livre "de vacances", mais il ne contient rien de lourd non plus. Il offre une belle occasion de réfléchir un peu sur ce qui a bien porté la nôtre, de relation avec son père.
dimanche 16 juillet 2023
Ce que je sais de toi, par Éric Chacour, éditions Alto
C'est certainement une grande oeuvre, de celles qui méritent des prix et beaucoup de reconnaissance. Ce sera un titre dont on se souviendra, chacun à sa façon, et c'est là toute sa force.
C'est quand même étonnant que nous arrive, en assez peu de temps, une 2e histoire issue de la communauté libanaise d'Égypte émigrée à Montréal. Avec Alain Farah, on était à Montréal tout du long, avec une envolée vers La Caire à la fin. Avec Chacour, on est surtout au Caire, et ne serait-ce que pour ça, c'est un voyage totalement réussi tellement on ressent la ville. Avec Farah, encore, on était dans le total psychodrame, le mélodrame, l'anxiété extrême, les crises. Pas avec Chacour, où des scènes importantes se jouent derrière des portes closes et où ce qui n'est pas dit prend plus d'importance que ce qui se dit.
Dans l'un comme dans l'autre, aussi, les liens familiaux sont autant des bouées de sauvetage que des étaux qui broient leurs membres. Ici, Éric Chacour fait la démonstrration que l'honneur et la respectabilité ne sont pas des sentiments sur lesquels on bâtit toute une vie. Alors on veut bien croire que l'amour sera ce ciment, cette base, et on le croit longtemps, tout au long du livre, alors qu'on bascule entre amour filial et amour charnel. Mais par une fin habile, en une seule formule, l'auteur nous brosse un tableau de ce que peut être l'amour s'il n'est vécu que dans un seul sens.
Un autre exploit de ce livre, c'est de changer non seulement les atmosphères, mais aussi les tons. On commence par une histoire racontée au "tu", qui bascule ensuite au "il" pour se terminer, superbement, au "nous". C'est vraiment très beau.
Avec ce livre où chaque personnage vit avec une blessure, on ne voit pas comment tout ça pourra bien se finir. Il y aura des morts, on ressentira souvent des sanglots nous monter à la gorge pour toutes sortes de raisons, mais on tournera la dernière page avec un sentiment de paix, dernier exploit, et pas le moindre, d'un scénario 'une redoutable efficacité.
Ce que je sais de toi est écrit finement, avec des mots justes, beaucoup de philosophie, mais surtout beaucoup d'amour, soi-t-il destiné à une ville, un amant, une soeur ou un père. Ce livre décrit délicatement des orages dont on ne réussit pas toujours à s'habriter, de maladresses blessantes, et du désir commun de vouloir être aimé. C'est vraiment trs beau.
C'est quand même étonnant que nous arrive, en assez peu de temps, une 2e histoire issue de la communauté libanaise d'Égypte émigrée à Montréal. Avec Alain Farah, on était à Montréal tout du long, avec une envolée vers La Caire à la fin. Avec Chacour, on est surtout au Caire, et ne serait-ce que pour ça, c'est un voyage totalement réussi tellement on ressent la ville. Avec Farah, encore, on était dans le total psychodrame, le mélodrame, l'anxiété extrême, les crises. Pas avec Chacour, où des scènes importantes se jouent derrière des portes closes et où ce qui n'est pas dit prend plus d'importance que ce qui se dit.
Dans l'un comme dans l'autre, aussi, les liens familiaux sont autant des bouées de sauvetage que des étaux qui broient leurs membres. Ici, Éric Chacour fait la démonstrration que l'honneur et la respectabilité ne sont pas des sentiments sur lesquels on bâtit toute une vie. Alors on veut bien croire que l'amour sera ce ciment, cette base, et on le croit longtemps, tout au long du livre, alors qu'on bascule entre amour filial et amour charnel. Mais par une fin habile, en une seule formule, l'auteur nous brosse un tableau de ce que peut être l'amour s'il n'est vécu que dans un seul sens.
Un autre exploit de ce livre, c'est de changer non seulement les atmosphères, mais aussi les tons. On commence par une histoire racontée au "tu", qui bascule ensuite au "il" pour se terminer, superbement, au "nous". C'est vraiment très beau.
Avec ce livre où chaque personnage vit avec une blessure, on ne voit pas comment tout ça pourra bien se finir. Il y aura des morts, on ressentira souvent des sanglots nous monter à la gorge pour toutes sortes de raisons, mais on tournera la dernière page avec un sentiment de paix, dernier exploit, et pas le moindre, d'un scénario 'une redoutable efficacité.
Ce que je sais de toi est écrit finement, avec des mots justes, beaucoup de philosophie, mais surtout beaucoup d'amour, soi-t-il destiné à une ville, un amant, une soeur ou un père. Ce livre décrit délicatement des orages dont on ne réussit pas toujours à s'habriter, de maladresses blessantes, et du désir commun de vouloir être aimé. C'est vraiment trs beau.
mercredi 5 juillet 2023
Le silence et la colère, par Pierre Lemaitre, éditions Calmann-Levy
Si ce titre ne révolutionne rien, ce livre confirme la décision de Pierre Lemaitre de nous offrir une deuxième trilogie de suite. En tout cas, ceux qui l'ont aimé ne seront pas déçus: c'est aussi bon qu'avant eet c'est loin d'être ennuyant.
Lire le cinquième livre d'un auteur, c'est sans doute comme vivre une cinquième année avec une personne. On a fait le tour de ses défauts et de ses qualités, et l'ensemble nous va. Lemaitre écrit toujours avec autant de vivacité, de fougue, et ses personnages sont toujours aussi vifs, leurs aventures toujours aussi hyperactives.
On dit de cette trilogie que l'auteur veut en faire un portrait d'une époque: les fameuses trente glorieuses. Pour moi, ce n'est pas tant l'évolution du temps que celle de personnages qui font les histoires de Lemaitre. Il y a défivitivement quelque chose d'un Balzac chez-lui. Les relations de chacun comptent, et les conséquences de chacune de ces relations aussi. Ici, c'est de l'amour, difficile, mais naturel, là, c'est de la soumission la plus malsaine qui soit et là encore, c'est une vengeance qui se déguste étape par étape.
Et quels personnages! Tout tourne encore autour d'une fratrie dont les parents tirent leur origine de la première trilogie de l'auteur. Parmi eux, Lemaitre a donné naissance au personnage féminin le plus immonde qu'on puisse imaginer, dont les intentions nous choquent, mais dont les réparties uniques nous font souvent pouffer de rire. Et les autres sont loins d'être banals. En fait, je sais pas pour vous, mais il me semble assez nettement que les personnages féminins ont une envergure particulière, soient-elles ignobles, acharnées ou aidantes, et ça ajoute beaucoup de piment à tout ce qui arrive.
Enfin, qu'il soit dit qu'avec Le silence et la colère, l'auteur a déplacé du début vers la fin l'habituel ouragan d'événements qui nous font nous tenir sur le bout de notre siège. Ici, ça commence plus paisiblement, mais ça se termine en un feu d'artifice de scènes qui nous confirment que justement, l'histoire n'est pas terminée. Il en reste encore un... et je ne bouderai certainement pas mon plaisir cette sixième fois!
Lire le cinquième livre d'un auteur, c'est sans doute comme vivre une cinquième année avec une personne. On a fait le tour de ses défauts et de ses qualités, et l'ensemble nous va. Lemaitre écrit toujours avec autant de vivacité, de fougue, et ses personnages sont toujours aussi vifs, leurs aventures toujours aussi hyperactives.
On dit de cette trilogie que l'auteur veut en faire un portrait d'une époque: les fameuses trente glorieuses. Pour moi, ce n'est pas tant l'évolution du temps que celle de personnages qui font les histoires de Lemaitre. Il y a défivitivement quelque chose d'un Balzac chez-lui. Les relations de chacun comptent, et les conséquences de chacune de ces relations aussi. Ici, c'est de l'amour, difficile, mais naturel, là, c'est de la soumission la plus malsaine qui soit et là encore, c'est une vengeance qui se déguste étape par étape.
Et quels personnages! Tout tourne encore autour d'une fratrie dont les parents tirent leur origine de la première trilogie de l'auteur. Parmi eux, Lemaitre a donné naissance au personnage féminin le plus immonde qu'on puisse imaginer, dont les intentions nous choquent, mais dont les réparties uniques nous font souvent pouffer de rire. Et les autres sont loins d'être banals. En fait, je sais pas pour vous, mais il me semble assez nettement que les personnages féminins ont une envergure particulière, soient-elles ignobles, acharnées ou aidantes, et ça ajoute beaucoup de piment à tout ce qui arrive.
Enfin, qu'il soit dit qu'avec Le silence et la colère, l'auteur a déplacé du début vers la fin l'habituel ouragan d'événements qui nous font nous tenir sur le bout de notre siège. Ici, ça commence plus paisiblement, mais ça se termine en un feu d'artifice de scènes qui nous confirment que justement, l'histoire n'est pas terminée. Il en reste encore un... et je ne bouderai certainement pas mon plaisir cette sixième fois!
Inscription à :
Articles (Atom)











