La publicité dit : un western métaphysique. Mais non. C'est un grand mot pour vous faire peur. Abel est un western spaghetti, du Sergio Leone en livre, du Ennio Morricone en mots. Les Italiens racontent les westerns comme Homère a raconté le monde avec Ulysse, en le magnifiant et en créant des dieux imaginaires. Et c'est divinement bon.
Abel est un shérif. Si on lui demande ce qu'il fait, il répond: je tire. C'est l'as du pistolet. Il a trois frères, une soeur et une mère, une cavalière réputée, qui les a quittés jeunes. Son amoureuse s'appelle Hallelujah et il ne peut s'empêcher de penser à elle dans tout ce qu'il fait. Abel a un maître, un as du tir aveugle, qui lui parle d'Aristote et de philosophie. Un jour, sa fratrie dispersée se réunit pour aller sauver leur mère qui va se faire pendre. Qu'arrivera-t-il à Abel et à chacun des personnages singuliers de sa fratrie?
Dans les livres de Baricco, il y a toujours au moins un personnage qui prétend avoir vécu une vie de légende. Alors ce personnage fabrique sa propre histoire, et tous ceux qui l'entourent deviennent eux aussi légendaires. Avec Abel, on atteint l'apogée. Ce shérif est un as, il exécute les truands, c'est un amoureux fou, et il vénère son maître. Tous ceux qu'ils croisent sont incroyables. Chacun a une histoire qui s'ajoute à celle d'Abel, qui devient de plus en plus fascinant.
Baricco est un magicien du conte. Ce livre est un hommage aux histoires, aux légendes, à ce qu'on veut croire parce que ça a l'air trop beau pour être vrai. Mais les légendes sont des histoires qui n'existent pas, et Baricco nous le rappele dans un avant dernier chapitre qui, à mon sens, est une pièce de littérature à lui tout seul. Juste à y penser et j'en ai encore des frissons et les larmes aux yeux.
Je suis un fan fini de Baricco et avec Abel, je le retrouve dans toute sa splendeur. Vous avec aimé Baricco? Vous voulez le connaitre? Abel vous attend. Il est sublime, tenez-vous le pour dit.
samedi 31 mai 2025
lundi 19 mai 2025
La beauté de Cléopâtre, de Mustapha Fahmi, éditions La peuplade
Prenez un récit historique, ajoutez-y une bonne dose de philosophie, une généreuse portion d'amour de la littérature, placez le tout dans un format qui essemble à de la poésie, et vous obtenez une oeuvre captivante, réconfortante et originale avec un excellent goût de "revenez-y". Il faudra que je lise encore Mustapha Fahmi.
C'est ma première lecture de ce spécialiste de l'oeuvre de Shakespeare. Il part de sa connaissance fine (je dirais plutôt: son amour) de deux pièces, Antoine et Cléopâtre, et Jules César, pour tirer de leurs thèmes des propos sur les perceptions de soi et des autres, le pouvoir, et aussi et surtout, la place de la beauté dans nos vies.
Avec Mustapha Fahmi, l'histoire d'Antoine et de Cléopâtre est passionnante. Il décrit les passions qui ont déchiré deux personnages plus grands que nature et les situations politiques et personnelles qui ont ont rendus leurs vies épiques et historiques. Raconté par Shakespeare, ce récit devient universel parce qu'il ne raconte pas juste l'histoire de deux personnes, mais celle de nos interactions avec le monde qui nous entoure. Ce récit parle de la force la plus puissante: rester soi-même, vivre sa vie à 100% et croquer dedans à pleines dents. J'ai trouvé ça lumineux.
Réparti en de courts chapîtres qui s'étirent entre une et quatre pages maximum, ce livre se lit comme on le fait d'un recueil de poésie, morceau par morceau, en s'arrêtant pour faire durer une pensée ou une image mentale suggérée par l'auteur.
C'est tout un défi de rendre un livre de réflexion aussi captivant, sans pour autant tomber dans le mièvre ou le new age kitsch. Mustapha Fahmi écrit simplement pour nous partager ses connaissances. Il réussit aussi à nous faire nous rendre compte de plein de choses sur les relations et les personnalités, celles des autres et la nôtre. Un vrai plaisir de lecture.
Bref, il faut rendre à César ce qui appartient à César: La beauté de Cléopâtre est un beau livre qui plaira à une majorité de lecteurs. Il faut vraiment que je lise d'autres oeuvres de Mustapha Fahmi.
C'est ma première lecture de ce spécialiste de l'oeuvre de Shakespeare. Il part de sa connaissance fine (je dirais plutôt: son amour) de deux pièces, Antoine et Cléopâtre, et Jules César, pour tirer de leurs thèmes des propos sur les perceptions de soi et des autres, le pouvoir, et aussi et surtout, la place de la beauté dans nos vies.
Avec Mustapha Fahmi, l'histoire d'Antoine et de Cléopâtre est passionnante. Il décrit les passions qui ont déchiré deux personnages plus grands que nature et les situations politiques et personnelles qui ont ont rendus leurs vies épiques et historiques. Raconté par Shakespeare, ce récit devient universel parce qu'il ne raconte pas juste l'histoire de deux personnes, mais celle de nos interactions avec le monde qui nous entoure. Ce récit parle de la force la plus puissante: rester soi-même, vivre sa vie à 100% et croquer dedans à pleines dents. J'ai trouvé ça lumineux.
Réparti en de courts chapîtres qui s'étirent entre une et quatre pages maximum, ce livre se lit comme on le fait d'un recueil de poésie, morceau par morceau, en s'arrêtant pour faire durer une pensée ou une image mentale suggérée par l'auteur.
C'est tout un défi de rendre un livre de réflexion aussi captivant, sans pour autant tomber dans le mièvre ou le new age kitsch. Mustapha Fahmi écrit simplement pour nous partager ses connaissances. Il réussit aussi à nous faire nous rendre compte de plein de choses sur les relations et les personnalités, celles des autres et la nôtre. Un vrai plaisir de lecture.
Bref, il faut rendre à César ce qui appartient à César: La beauté de Cléopâtre est un beau livre qui plaira à une majorité de lecteurs. Il faut vraiment que je lise d'autres oeuvres de Mustapha Fahmi.
dimanche 11 mai 2025
Le temps des sucres, par Martine Desjardins, éditions Alto
C'est ce qu'on en a dit qui m'a fait me tourner vers ce livre. Plusieurs ont parlé en bien de cette histoire qui vogue entre l'étrange et l'horreur. Ok. J'assume: je serai le badboy.
Mais quand même, il faut commencer par dire que Martine Desjardins écrit fabuleusement bien. L'histoire qu'elle nous raconte coule sans un mot de trop. Ses sectons courtes permettent de reprendre son souffle et sa langue est celle d'une excellente conteuse.
J'ai justement pris ce livre pour un conte, à la limite de la fable. Oui, c'est dans le registre de l'étrange et du glauque. Rien pour faire des cauchemars, mais assez pour ressentir parfois du dégout. Les personnages sont "gros": un urbain, dans tout ce qu'il y a de plus urbain (beaux vêtements, amateur d'épiceries fines, de petits cafés, végé, etc,) s'amène dans un village en plein bois pour y rencontrer une branche inconnue de sa famille. Les personnages sont rustres, dans tout ce qu'il y a de plus rustres: taiseux, antisociaux, violents, chasseurs, braconiers, carnivores, etc. Tous les personnages sont masculins. On est dans un monde de gars où les femmes ne sont rien, l'autrice prend souvent la peine de le rappeler.
Le décor est menaçant pour l'urbain désorienté. Les arbres semblent se liguer contre lui, l'habitation familiale est aussi rustre que ses habitants, et l'alimentation n'a rien de léger. Dans l'érablière familiale, un arbre fait figure de patriarche qui cache un être mi naturel et monstrueux à figure féminine emprisonné sous les racines depuis des centaines d'années.
J'ai perçu ce conte comme une collection de métaphores: les hommes qui imposent leur violence à la nature, l'héritage ancestral malsain, la nature vengeresse, l'irrespect de la part féminine. Martine Desjardins n'y va pas par quatre chemins pour nous montrer comment elle perçoit le monde. Disons que c'est pas tellement positif, mais surtout... c'est gros. J'ai parfois eu l'impression d'un conteur qui me racontait quelque chose comme la chasse-galerie ou l'arche de Noé pendant le déluge.
Je n'étais peut-être pas disposé pour cet univers-là, ou je ne possède tout simplement pas les clés pour entrer de plein pied dans un tel univers sans trouver ça exagéré. Bref, vous me voyez dubitatif pour un livre fort bien écrit, mais au scénario pas assez subtil à mon goût.
Mais quand même, il faut commencer par dire que Martine Desjardins écrit fabuleusement bien. L'histoire qu'elle nous raconte coule sans un mot de trop. Ses sectons courtes permettent de reprendre son souffle et sa langue est celle d'une excellente conteuse.
J'ai justement pris ce livre pour un conte, à la limite de la fable. Oui, c'est dans le registre de l'étrange et du glauque. Rien pour faire des cauchemars, mais assez pour ressentir parfois du dégout. Les personnages sont "gros": un urbain, dans tout ce qu'il y a de plus urbain (beaux vêtements, amateur d'épiceries fines, de petits cafés, végé, etc,) s'amène dans un village en plein bois pour y rencontrer une branche inconnue de sa famille. Les personnages sont rustres, dans tout ce qu'il y a de plus rustres: taiseux, antisociaux, violents, chasseurs, braconiers, carnivores, etc. Tous les personnages sont masculins. On est dans un monde de gars où les femmes ne sont rien, l'autrice prend souvent la peine de le rappeler.
Le décor est menaçant pour l'urbain désorienté. Les arbres semblent se liguer contre lui, l'habitation familiale est aussi rustre que ses habitants, et l'alimentation n'a rien de léger. Dans l'érablière familiale, un arbre fait figure de patriarche qui cache un être mi naturel et monstrueux à figure féminine emprisonné sous les racines depuis des centaines d'années.
J'ai perçu ce conte comme une collection de métaphores: les hommes qui imposent leur violence à la nature, l'héritage ancestral malsain, la nature vengeresse, l'irrespect de la part féminine. Martine Desjardins n'y va pas par quatre chemins pour nous montrer comment elle perçoit le monde. Disons que c'est pas tellement positif, mais surtout... c'est gros. J'ai parfois eu l'impression d'un conteur qui me racontait quelque chose comme la chasse-galerie ou l'arche de Noé pendant le déluge.
Je n'étais peut-être pas disposé pour cet univers-là, ou je ne possède tout simplement pas les clés pour entrer de plein pied dans un tel univers sans trouver ça exagéré. Bref, vous me voyez dubitatif pour un livre fort bien écrit, mais au scénario pas assez subtil à mon goût.
dimanche 4 mai 2025
Bristol, par Jean Echenoz, éditions de Minuit
Imaginez une histoire avec juste des personnages secondaires. C'est du genre de Jean Echenoz de nous raconter les choses d'une manière différente. Entoucas, c'est comme ça que j'ai perçu ce Bristol et que je m'en suis délecté, parce qu'une fois encore, Jean Echenoz ne m'a pas déçu, avec peut-être juste un petit "mais"...
Je croyais que c'était la ville, en Angleterre. Mais non. Bristol, c'est un homme. Il vit à Paris et réalise des films qui ont peu de succès. Sa vie est ordinaire, ses projets, les gens qui l'entourent aussi mais... c'est Jean Echenoz, donc, rien ne sera ordinaire. Ça commencera sur un drame vécu dans l'indifférence, on passera par des jours de tournages plus ou moins bâclés au Botswana, et ça se terminera... avec l'air inévitablement dubitatif du lecteur. D'ou mon petit "mais". Mais qu'importe la chute, lire Échenoz, c'est un plaisir qui se vit une page après l'autre.
Vraiment, Jean Échenoz ne m'a jamais déçu. C'est celui qui vous raconte une histoire comme si son souvenir lui parvenait au fur et a mesure: "Il est arrivé ça... ah mais j'y pense, avant il est arrivé ça aussi... oh mais ça me fait penser à ça". Et ça va ainsi jusqu'à la fin. Ce sont des histoires qu'on lit avec un sourire amusé par ce style débonnaire, familier et tellement sympathique, rempli de personnages qui n'ont l'air de rien, mais qui se retrouvent dans des scènes souvent hilarantes, toujours divertissantes.
Je ne peux m'empêcher de faire un lien avec la façon de raconter de Pierre Lemaitre. Les deux captent mon attenton avec la même magie. Échenoz y va toutefois avec des histoires plus courtes, mais qui ne manquent pas de punch.
Pas que ce soit léger, mais lire Jean Échenoz l'été, c'est fortement recommandé, que ce soit cette fiction, ou un de ses magnifiques et courts récits biographiques, comme Ravel, Courir, (Émile Zatopek) ou Des éclairs (Nicolas Tesla). À découvrir, si ce n'est pas déjà fait!
Je croyais que c'était la ville, en Angleterre. Mais non. Bristol, c'est un homme. Il vit à Paris et réalise des films qui ont peu de succès. Sa vie est ordinaire, ses projets, les gens qui l'entourent aussi mais... c'est Jean Echenoz, donc, rien ne sera ordinaire. Ça commencera sur un drame vécu dans l'indifférence, on passera par des jours de tournages plus ou moins bâclés au Botswana, et ça se terminera... avec l'air inévitablement dubitatif du lecteur. D'ou mon petit "mais". Mais qu'importe la chute, lire Échenoz, c'est un plaisir qui se vit une page après l'autre.
Vraiment, Jean Échenoz ne m'a jamais déçu. C'est celui qui vous raconte une histoire comme si son souvenir lui parvenait au fur et a mesure: "Il est arrivé ça... ah mais j'y pense, avant il est arrivé ça aussi... oh mais ça me fait penser à ça". Et ça va ainsi jusqu'à la fin. Ce sont des histoires qu'on lit avec un sourire amusé par ce style débonnaire, familier et tellement sympathique, rempli de personnages qui n'ont l'air de rien, mais qui se retrouvent dans des scènes souvent hilarantes, toujours divertissantes.
Je ne peux m'empêcher de faire un lien avec la façon de raconter de Pierre Lemaitre. Les deux captent mon attenton avec la même magie. Échenoz y va toutefois avec des histoires plus courtes, mais qui ne manquent pas de punch.
Pas que ce soit léger, mais lire Jean Échenoz l'été, c'est fortement recommandé, que ce soit cette fiction, ou un de ses magnifiques et courts récits biographiques, comme Ravel, Courir, (Émile Zatopek) ou Des éclairs (Nicolas Tesla). À découvrir, si ce n'est pas déjà fait!
mardi 29 avril 2025
Poudre à danser, par Stéphane Lafleur, éditions L'Oie de Cravan
J'ai voulu le lire parce que j'aime les surdoués, comme une Anaïs Barbeau-Lavalette (réalisatrice et autrice) ou un Marc Séguin (peinte, réalisateur et auteur). Pour Stéphane Lafleur, ce sont des films, un groupe de musique dont je suis un fan fini, et maintenant, un auteur et (on le savait), un poète. J'ai donc eu envie de vivre l'univers d'Avec pas d'casque sur papier. C'était ça, oui, mais peut-être pas autant que je l'aurais cru.
C'est certain que les attentes sont hautes lorsqu'un parolier publie des textes. On s'attend à ressentir le même vibrato en lisant ses mots qu'en écoutant ses chansons. Et pourtant, Poudre à danser (j'aime trop ce titre) ne contient pas des paroles de chansons, mais de simples strophes tirées de son univers, de sa tête, bref, on reconnait Stéphane Lafleur.
C'est parfois piquant et le plus souvent tendre. Une majorité de ces textes sont écrit au "tu". Alors on les imagine sortis de la vie quotidienne, et on se les approprie facilement. Agréables à lire, les poèmes de Lafleur font sourire ou touchent, mais chaque fois, mon dieu que c'est court. Chaque poème est hyper court, 7 ou 8 lignes max, parfois seulement trois, et certaines lignes ne contiennent parfois pas plus de 2 ou 3 mots.
Au final, le petit lecteur de poésie que je suis dû transformer la Poudre à danser en Boîte à bonbons, en les prenant un à la fois et en faisant durer chacun le plus longtemps possible. Puisqu'ils étaient si courts, on aurait dit que les textes ne me donnaient pas assez de temps pour les apprécier. Mes émotions de lecteur étaient là, mais à fleur de peau, en superficie, bref, pas profondément.
Stéphane Lafleur m'a donc fait travailler, je ne m'y attendais pas. Ça n'empêche pas que je l'ai quand même reconnu à travers ses mots, et je confirme que j'aime toujours son univers, sa tête, bref, oui, j'ai reconnu Stéphane Lafleur. Donc, malgré les petites frustrations ici et là, oui, j'ai aimé sa Poudre à danser.
C'est certain que les attentes sont hautes lorsqu'un parolier publie des textes. On s'attend à ressentir le même vibrato en lisant ses mots qu'en écoutant ses chansons. Et pourtant, Poudre à danser (j'aime trop ce titre) ne contient pas des paroles de chansons, mais de simples strophes tirées de son univers, de sa tête, bref, on reconnait Stéphane Lafleur.
C'est parfois piquant et le plus souvent tendre. Une majorité de ces textes sont écrit au "tu". Alors on les imagine sortis de la vie quotidienne, et on se les approprie facilement. Agréables à lire, les poèmes de Lafleur font sourire ou touchent, mais chaque fois, mon dieu que c'est court. Chaque poème est hyper court, 7 ou 8 lignes max, parfois seulement trois, et certaines lignes ne contiennent parfois pas plus de 2 ou 3 mots.
Au final, le petit lecteur de poésie que je suis dû transformer la Poudre à danser en Boîte à bonbons, en les prenant un à la fois et en faisant durer chacun le plus longtemps possible. Puisqu'ils étaient si courts, on aurait dit que les textes ne me donnaient pas assez de temps pour les apprécier. Mes émotions de lecteur étaient là, mais à fleur de peau, en superficie, bref, pas profondément.
Stéphane Lafleur m'a donc fait travailler, je ne m'y attendais pas. Ça n'empêche pas que je l'ai quand même reconnu à travers ses mots, et je confirme que j'aime toujours son univers, sa tête, bref, oui, j'ai reconnu Stéphane Lafleur. Donc, malgré les petites frustrations ici et là, oui, j'ai aimé sa Poudre à danser.
dimanche 20 avril 2025
Sirop de poteau, par Francis Ouellette, VLB éditeur
C'est un type d'écriture spectaculaire qui raconte un milieu populaire, sans subtilité et avec une belle poésie facilement abordable. J'ai ri de grand coeur et j'ai refermé le livre les yeux dans l'eau. Avec de petites ellipses philosophiques dans lesquelles j'ai aimé me perdre par moments, Sirop de poteau a confirmé la place de Francis Ouellette parmi mes nouveaux auteurs préférés.
Dans ce deuxième livre, l'auteur raconte un personnage important de son premier. Il le met ici au centre de son histoire, en faisant graviter autour de lui le petit monde de son quartier montréalais de Centre-Sud. Encore une fois, c'est réussi. Le style est le même que dans Mélasse de fantaisie, la vie y est dure et toutes les émotions sont à fleur de peau. Dépaysement assuré.
Ouellette a un talent indéniable pour écrire la langue parlée. C'est fait avec justesse, sans la condescendance que d'autres peuvent avoir en marquant certaines expressions par de trop gros traits. Ici, les dialogues prennent une tournure imagée lorsqu'il le faut, même dans les mots du narrateur, qu'on associe rapidement à l'auteur lui-même.
Il va sans dire que le succès de Francis OUellette réside aussi dans une nostalgie bien assumée. Pas que la condition difficile des gens décrits est à envier, pas du tout. On pense plutôt à certains lieux mytiques du Montréal des années 60, 70 et 80, comme le Cabaret du Lion d'Or et le fameux Vieux-Munich. Les descriptions de ce dernier lieu valent le livre à elles seules. Je lisais ça dans le bus et les gens me regardaient rire avec des airs intrigués, c'est tout vous dire.
Mais tous n'aimeront pas ce Sirop de poteau, principalement parce que l'auteur ne censure ni ses personnages si l'époque dans laquelle ils évoluent. Ça résulte en de nombreuses situations où les différences entre les sexes créent de l'injustice et de la violence, et où des propos vulgaires font partie du quotidien. Âmes sensibles, s'abstenir. Reste que cette histoire vous raconte le Montréal le plus montréalo-montréalais qui soit. Vous verrez apparaître des personnages malheureusement obscurcis par le temps comme Denis Vanier et surtout, la sublime Josée Yvon et son aura, que Ouellette reconstitue avec brio.
Un Sirop de poteau de grand crû!
Dans ce deuxième livre, l'auteur raconte un personnage important de son premier. Il le met ici au centre de son histoire, en faisant graviter autour de lui le petit monde de son quartier montréalais de Centre-Sud. Encore une fois, c'est réussi. Le style est le même que dans Mélasse de fantaisie, la vie y est dure et toutes les émotions sont à fleur de peau. Dépaysement assuré.
Ouellette a un talent indéniable pour écrire la langue parlée. C'est fait avec justesse, sans la condescendance que d'autres peuvent avoir en marquant certaines expressions par de trop gros traits. Ici, les dialogues prennent une tournure imagée lorsqu'il le faut, même dans les mots du narrateur, qu'on associe rapidement à l'auteur lui-même.
Il va sans dire que le succès de Francis OUellette réside aussi dans une nostalgie bien assumée. Pas que la condition difficile des gens décrits est à envier, pas du tout. On pense plutôt à certains lieux mytiques du Montréal des années 60, 70 et 80, comme le Cabaret du Lion d'Or et le fameux Vieux-Munich. Les descriptions de ce dernier lieu valent le livre à elles seules. Je lisais ça dans le bus et les gens me regardaient rire avec des airs intrigués, c'est tout vous dire.
Mais tous n'aimeront pas ce Sirop de poteau, principalement parce que l'auteur ne censure ni ses personnages si l'époque dans laquelle ils évoluent. Ça résulte en de nombreuses situations où les différences entre les sexes créent de l'injustice et de la violence, et où des propos vulgaires font partie du quotidien. Âmes sensibles, s'abstenir. Reste que cette histoire vous raconte le Montréal le plus montréalo-montréalais qui soit. Vous verrez apparaître des personnages malheureusement obscurcis par le temps comme Denis Vanier et surtout, la sublime Josée Yvon et son aura, que Ouellette reconstitue avec brio.
Un Sirop de poteau de grand crû!
jeudi 3 avril 2025
Un avenir radieux, par Pierre Lemaitre, éditions Calmann Levy
Entre un début étonnant d'une violence qui laisse dubitatif et une fin en feux d'artifice qui nous met sur le bout de notre siège, Pierre Lemaitre déploie sa galerie de personnages aussi ahurissants les uns que les autres dans une histoire de famille de fous et une autre d'espionnage en parralèle. Franchement, depuis Aurevoir là-haut, c'est un de ses meilleurs.
Ce gars-là écrit du cinéma. Des scènes d'actions succèdent à d'autres où on est tout retourné parce que touché. Ses décors sont diverssifiés. Ici, on est en 1959, entre les Paris et Prague d'alors, et ses personnages sont incroyables. Les trois enfants de la famille Pelletier tournent autour de leurs parents, leurs conjoint(e)s ajoutent leurs couleurs, et les petits enfants prennent leur place. Tous sont les victimes d'un autre, leurs immenses faiblesses et leurs forces insoupçonnées les rendent tous divertissants, sans exeption. Mention spéciale pour un couple, celui de l'ainé, Jean, et sa femme Geneviève, un personnage qui fera l'histoire de la littérature tant on aime trop la détester, et quant à ses enfants... ouf! Mention spéciale aux personnages féminins qui, à mon sens, sont les plus porteurs. Quel brio de l'auteur d'avoir inventé ces gens-là.
Il est certain que Lemaitre traine ses personnages, ou à tout le moins certains d'entre eux, depuis maintenant 6 livres. Y'a quelque chose de Balzac, c'est bien certain, mais pas que. Ceci dit, comme pour Balzac, c'est facile de se plonger dans son oeuvre à partir de n'importe quel livre de cette rocambolesque saga à travers le 20e siècle. Avec Un avenir radieux, les amateurs d'enquête seront ravis. Pour ma part, cette portion du livre n'a pas été ma préférée... jusqu'à ce que vienne les dénouements de la fin. Je lève mon chapeau à l'auteur de polars qu'est aussi Lemaitre. J'ai adhéré, j'ai ri, et jai été ému aux larmes.
À la fin du livre, l'auteur cite ses sources et ses inspirations, parmi lesquelles figure John Le Carré. C'est tout dire.
Bref, Un avenir radieux est tout un divertissement. Vous me voyez ravi, et je vous le recommande fortement.
Ce gars-là écrit du cinéma. Des scènes d'actions succèdent à d'autres où on est tout retourné parce que touché. Ses décors sont diverssifiés. Ici, on est en 1959, entre les Paris et Prague d'alors, et ses personnages sont incroyables. Les trois enfants de la famille Pelletier tournent autour de leurs parents, leurs conjoint(e)s ajoutent leurs couleurs, et les petits enfants prennent leur place. Tous sont les victimes d'un autre, leurs immenses faiblesses et leurs forces insoupçonnées les rendent tous divertissants, sans exeption. Mention spéciale pour un couple, celui de l'ainé, Jean, et sa femme Geneviève, un personnage qui fera l'histoire de la littérature tant on aime trop la détester, et quant à ses enfants... ouf! Mention spéciale aux personnages féminins qui, à mon sens, sont les plus porteurs. Quel brio de l'auteur d'avoir inventé ces gens-là.
Il est certain que Lemaitre traine ses personnages, ou à tout le moins certains d'entre eux, depuis maintenant 6 livres. Y'a quelque chose de Balzac, c'est bien certain, mais pas que. Ceci dit, comme pour Balzac, c'est facile de se plonger dans son oeuvre à partir de n'importe quel livre de cette rocambolesque saga à travers le 20e siècle. Avec Un avenir radieux, les amateurs d'enquête seront ravis. Pour ma part, cette portion du livre n'a pas été ma préférée... jusqu'à ce que vienne les dénouements de la fin. Je lève mon chapeau à l'auteur de polars qu'est aussi Lemaitre. J'ai adhéré, j'ai ri, et jai été ému aux larmes.
À la fin du livre, l'auteur cite ses sources et ses inspirations, parmi lesquelles figure John Le Carré. C'est tout dire.
Bref, Un avenir radieux est tout un divertissement. Vous me voyez ravi, et je vous le recommande fortement.
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