lundi 12 octobre 2026

Noël à Tokyo, par Yan Hamel, VLB éditeur

C'est un roman captivant qu'on dirait écrit avec une mitraillette qui me laisse avec un grand malaise.

Pourtant, ce qui est raconté se lit sous différentes formes dans quantités de romans quebs des dernières années: une personne raconte son enfance difficile avec des parents qui n'auraient jamais dû l'être, et des conséquences que ça apporte sur sa vie d'adulte. La dernière partie du livre est le récit d'une autre expérience désastreuse vécue par le narrateur. Vécu plus tard dans sa vie, cet épisode devient un réglement de compte de ce qui a été raconté au début. Le protagoniste principal, le père, en prend pour son rhume, mais y'a pas que ça...

Le livre commence par une crise d'angoisse, que le narrateur vit pendant ce qui devrait être une fuite libératrice, qui lui fait remonter d'atroces souvenirs. Il nous les raconte. C'est psychologiquement violent. Yan Hamel enfile les scènes en rafales. On est happé par autant de dérapages. Très habilement, il nous donne quelques poses en nous ramenant au narrateur et à sa crise. C'est comme si on réussissait avec lui à vivre quelques moments de calme, puis de crise, puis de calme encore. L'écriture est fluide, très rythmée.

Puis arrive la dernière partie. Le narrateur, issu d'un milieu où on aurait voulu en faire un homme endurci, ce qui n'est pas survenu, est devenu un cadre dans le milieu culturel. Il utilisera cette notoriété pour assouvir sa vengeance. Le moyen utilisé est discutable mais pour la suite de l'histoire, c'est réussi. Bref, la démarche nous laisse perplexe, et ensuite... Sans rien vous dévoiler, j'expliquerai seulement mon malaise: ça devient un récit de transfuge de classe à la puissance mille. Celui qui raconte s'est libéré de son milieu de looser. Cette histoire qui concerne son père qui montre jusqu'à quel point un tel personnage peut tomber bas. C'est sordide. Infect.

Dans notre société de plus en plus polarisée, j'ai eu l'horrible impression d'écouter une moitié cracher sur l'autre, montrer jusqu'à quel point on peut être colon, sans scrupules, bref, laid. Le livre se termine comme ça, par un grand vidage de coeur, et par beaucoup d'amertume, voir d'acidité, sans excuses ni justification. On en ressort abasourdi, et c'est là la force de Noël à Tokyo: c'est coup de poing, et franchement, ça fait mal. Ne laisse pas indifférent.