Gros plaisir ultra-confortable pour le lecteur de ce côté de l'Atlantique que je suis. Épinette s'inscrit dans la lignée de livres mi-romans mi-récits parus ces dernières années au Québec, qui racontent des coins de pays et des gens ordinaires à travers les souvenirs de l'auteur. Je pense au quartier montréalais de Francis Ouellette avec Mélasse de fantaisie, au Lac-St-Jean de Joël Martel avec Comme un long accident de char, et au Thetford Mines de Sébastien Dulude avec Amiante. Isabelle Lapointe, elle, raconte un village de la Côte-Nord dont elle taira le nom en lui en donnant un fictif, ainsi qu'à la ville voisine. Bon, pour cette dernière,les pas trop cancres en géo québécoise réussiront à mettre un nom, c'est assez facile.
Amateurs de fleuve, de galets et de baleines s'abstenir. Ici, le décor est forestier, quoi que le village prend beaucoup de place avec son son dep, son arcade, ses écoles et la 138, la route régionale qui le traverse. Loin des clichés touristiques, Isabelle Lapointe nous emmène plutôt dans le microcosme d'un monde replié sur lui-même rendu quasiment hollywoodien par sa narration. Excellente conteuse, elle rend extraordinaires des personnages qui se perçoivent comme les plus ordinaires des ordinaires. C'est pourquoi on rit souvent et on ne s'ennuie jamais.
Bien sur, raconter des maisons mal entretenues, des jeunes qui se désennuient avec une violence tout aussi ordinaire qu'eux et des adultes sans aucune confiance en eux, ça peut sembler déprimant. On pourrait aussi tomber dans le syndrôme de l'autrice sortie de son trou qui raconte son monde d'origine, rempli de "gros colons". On perçoit plutôt un regard porté avec tendresse sur un monde tout en faiblesse. Isabelle Lapointe ne s'attendrit pas, je dirais plutôt qu'elle nous montre qu'elle les comprends. On est beaucoup dans le "ils ont fait avec ce qu'ils avaient".
En tout cas, c'est réussi. Le divertissement est pur, crédible, pas exagéré ni trop vulgaire pour nous faire rouler des yeux. Au contraire, on sort d'Épinette en souriant, en se disant que "C'est ben pour dire, quand même, hein, mais malgré tout, c'était ben beau".
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